Le premier ministre canadien Justin Trudeau est en Malaisie pour participer au sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), alors que les relations commerciales avec les États-Unis connaissent des tensions. Cette visite intervient après une annonce du gouvernement canadien visant à diversifier ses marchés et à doubler ses exportations hors des États-Unis d’ici la prochaine décennie.
La rupture abrupte des négociations commerciales par le président américain Donald Trump, survenue moins de 24 heures après les déclarations de M. Trudeau, a jeté une ombre sur ce sommet. M. Trump justifie cette décision par une campagne publicitaire lancée par le gouvernement ontarien sur les réseaux américains, dénonçant le protectionnisme.
Aucune rencontre n’est prévue entre les deux dirigeants, selon le cabinet du premier ministre canadien. Le président Trump a d’ailleurs affirmé vendredi qu’il ne comptait pas engager de discussions avec M. Trudeau.
Malgré ce contexte difficile, le changement de ton du gouvernement canadien est perçu positivement dans la région. Wayne Farmer, président du Conseil d’affaires Canada-ANASE, souligne que la nouvelle loi sur les projets importants suscite l’espoir d’une simplification des investissements au Canada, notamment pour des pays comme Singapour.
« Les pays de l’ANASE sont très désireux de renforcer leurs liens avec le Canada. Ils nous considèrent comme un partenaire fiable et stable avec lequel ils souhaitent collaborer », a déclaré M. Farmer.
Le Canada considère depuis longtemps l’ANASE, un bloc de dix pays, comme un partenaire commercial stratégique. Les échanges commerciaux avec cette région sont déjà significatifs et en croissance.
Lors de son séjour à Kuala Lumpur, M. Trudeau rencontrera le premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, actuel président de l’ANASE, ce lundi. Les discussions porteront notamment sur l’énergie verte et les minéraux critiques. Au programme également, des rencontres avec une société pétrolière et la banque centrale de Malaisie, ainsi qu’une visite d’installations aérospatiales.
M. Farmer insiste sur l’importance de la loi sur les projets importants, qui vise à accélérer l’approbation des infrastructures jugées essentielles à l’intérêt national. « Il était devenu extrêmement complexe d’investir au Canada, en particulier dans les grands projets d’infrastructure », explique-t-il. « Cette nouvelle approche est bien accueillie, mais il faudra maintenant démontrer notre capacité à mettre en œuvre ces changements rapidement et efficacement. »
Les pays de l’ANASE cherchent à améliorer leur sécurité énergétique et alimentaire, et Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie Pacifique du Canada, estime que le Canada peut apporter une expertise précieuse dans des domaines tels que l’agriculture et la recherche.
« Le monde a changé. Tous les pays cherchent à diversifier leurs sources, à réduire leur vulnérabilité et à renforcer la résilience de leurs économies », a-t-elle souligné.
L’énergie nucléaire est une priorité pour plusieurs pays de la région, notamment le Vietnam et la Malaisie, et le Canada possède à la fois les compétences et l’expérience nécessaires dans ce domaine.
Kai Ostwald, directeur de l’Institut des recherches asiatiques de l’Université de la Colombie-Britannique, met en avant les similitudes entre le Canada et les pays d’Asie du Sud-Est en matière d’approche des enjeux de sécurité. « Le Canada, comme la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, n’a pas la puissance ou les ressources nécessaires pour influencer la géopolitique de manière significative. Il doit donc privilégier la coopération et la recherche de solutions collectives », avait-il déclaré lors d’une conférence organisée par la Fondation Asie-Pacifique Canada en septembre.
Le Canada et l’ANASE sont actuellement en négociations pour un accord commercial, qui pourrait être conclu début 2026. Les deux parties s’efforcent également de finaliser la prochaine étape d’un plan d’action quinquennal qui arrive à échéance à la fin de cette année.
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