Home AffairesCatastrophe Bond Les investisseurs paris sur les catastrophes aident à rendre l’assurance abordable

Catastrophe Bond Les investisseurs paris sur les catastrophes aident à rendre l’assurance abordable

by Amélie Bernard

Publié le 26 octobre 2024. Face à la montée des catastrophes naturelles et à la flambée des primes d’assurance, un outil financier innovant émerge aux États-Unis : les obligations de catastrophe, qui permettent de mutualiser les risques entre compagnies d’assurance et investisseurs.

  • Les pertes liées aux catastrophes naturelles ont plus que triplé entre 2015 et 2024, atteignant plus de 110 milliards de dollars (chiffre ajusté pour l’inflation).
  • Les obligations de catastrophe transfèrent une partie du risque des assureurs vers des investisseurs institutionnels, en échange d’un rendement potentiellement élevé.
  • Un nouveau fonds négocié en bourse (FNB) permet désormais au grand public d’investir dans ce type d’obligations.

Dans des communautés particulièrement vulnérables comme Oak Island, en Caroline du Nord, régulièrement menacée par les ouragans, les habitants sont confrontés de manière aiguë à l’augmentation des coûts de l’assurance. Les obligations de catastrophe pourraient offrir une solution pour stabiliser le marché et faciliter l’accès à une couverture adéquate.

Le principe est simple : les compagnies d’assurance émettent des obligations que les investisseurs achètent. Si aucune catastrophe majeure ne survient, les investisseurs reçoivent des intérêts. En cas de catastrophe dépassant un certain seuil (intensité d’un ouragan, hauteur d’une inondation, etc.), l’argent est versé aux assureurs pour indemniser leurs clients, et les investisseurs perdent une partie ou la totalité de leur capital. Ce mécanisme permet aux assureurs de disposer de fonds importants pour faire face aux sinistres, tandis que les investisseurs sont attirés par le potentiel de rendement élevé, lié à la faible probabilité de survenance de catastrophes de grande ampleur.

Les obligations de catastrophe couvrent un large éventail de risques, des tremblements de terre aux pandémies, en passant par les incendies de forêt et les tornades. Cependant, chaque obligation est spécifiquement conçue et ne se déclenche que si des critères précis sont remplis. Par exemple, un ouragan doit atteindre une certaine catégorie sur l’échelle de Saffir-Simpson, ou une inondation doit dépasser un certain niveau.

En Caroline du Nord, la North Carolina Insurance Underwriting Association (NCIUA), assureur de dernier recours de l’État, utilise ce type d’obligations depuis 2009. Une obligation récente parrainée par la NCIUA finance des projets de résilience aux ouragans, comme l’installation de toitures renforcées chez des particuliers. Paige Morgan, une habitante d’Oak Island, a ainsi pu bénéficier d’un tel aménagement.

« Si vous n’êtes pas préparé à ce genre d’événement, vous prenez un risque énorme. J’ai vu des familles perdre toute leur maison, tout ce qu’elle contient, lors des dernières tempêtes. »

Paige Morgan, résidente d’Oak Island

Gina Hardy, PDG de la NCIUA, a même intégré une clause innovante à ses obligations : une partie des bénéfices réalisés par les investisseurs est réinvestie dans des projets d’amélioration de la résilience météorologique.

« L’installation d’une toiture renforcée réduit de 62 % votre probabilité de subir des pertes. Plus nous pouvons installer de toitures résistantes, moins nous aurons de sinistres à indemniser. »

Gina Hardy, PDG de la NCIUA

Pour la NCIUA, les obligations de catastrophe sont devenues un outil essentiel pour maintenir l’assurance abordable pour ses clients. L’organisation estime qu’elle doit disposer de suffisamment de fonds pour faire face à des événements majeurs comme l’ouragan Katrina ou un ouragan de catégorie 5 frappant la Caroline du Nord.

« Les obligations de catastrophe sont un moyen d’attirer des investisseurs pour fournir une protection supplémentaire aux citoyens de Caroline du Nord. »

Gina Hardy, PDG de la NCIUA

L’investissement dans les obligations de catastrophe est devenu une discipline scientifique. King Ridge Capital Advisors a récemment lancé un fonds négocié en bourse (FNB) dédié à ce type d’obligations, ouvrant ainsi l’accès à un public plus large. Vijay Manghnani, associé directeur de King Ridge Capital Advisors, titulaire d’un doctorat en océanographie et en météorologie, utilise ses connaissances scientifiques pour évaluer les risques et sélectionner les obligations les plus appropriées.

« Lorsque nous analysons le risque d’ouragan, nous étudions en fait les données sur les ouragans remontant à 150 ans. Nous utilisons des modèles qui tiennent compte de tous ces éléments, et nous intégrons même le risque lié au changement climatique. »

Vijay Manghnani, associé directeur chez King Ridge Capital Advisors

Les obligations de catastrophe ont affiché de bonnes performances ces dernières années, avec un rendement de 17 % en 2024, selon Swiss Re. Elles offrent aux investisseurs un avantage supplémentaire : leurs rendements ne sont pas corrélés aux fluctuations des marchés financiers, ce qui en fait un placement potentiellement intéressant en période d’incertitude économique. Le lancement du FNB de King Ridge Capital Advisors en avril dernier, juste avant une hausse des taux d’intérêt, a d’ailleurs permis de réaliser des bénéfices, contrairement à de nombreux autres titres financiers.

Institut d’information sur l’assurance

Témoignage devant le Sénat américain

CBS News – Compagnies d’assurance quittant les marchés à haut risque

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