Publié le 17 octobre 2025 à 09h24. Une mutation génétique associée à l’obésité pourrait paradoxalement offrir une protection inattendue contre les maladies cardiovasculaires, révèlent de nouvelles recherches. Cette découverte ouvre des perspectives prometteuses pour le développement de traitements innovants.
- Des personnes porteuses de mutations du gène MC4R présentent des taux de cholestérol LDL significativement inférieurs et un risque réduit de maladies cardiaques.
- L’étude, menée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, suggère que ce gène joue un rôle clé dans la régulation non seulement de l’appétit, mais aussi du métabolisme des graisses.
- Ces résultats pourraient conduire à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant le système nerveux central pour moduler le métabolisme lipidique.
Des variations du gène MC4R sont depuis longtemps connues pour être liées à une prise de poids importante. Cependant, une analyse génétique approfondie, publiée dans la revue Nature Medicine, a révélé un effet secondaire surprenant : les porteurs de ces mutations semblent bénéficier d’un bouclier contre l’hypercholestérolémie et les maladies cardiovasculaires.
L’étude a porté sur deux vastes cohortes de participants : la Genetics of Obesity Study et la UK Biobank. Les chercheurs ont identifié 144 adultes présentant des mutations inactivatrices du gène MC4R dans le premier groupe. Malgré leur obésité, ces individus affichaient une tension artérielle plus basse et des taux de cholestérol total, de cholestérol LDL (le « mauvais cholestérol ») et de triglycérides inférieurs à ceux des personnes possédant une version fonctionnelle du gène.
L’analyse des données de la UK Biobank a confirmé cette tendance : les porteurs de mutations nocives du MC4R présentaient des profils lipidiques plus sains et un risque cardiaque plus faible, même en ayant un poids similaire au reste de la population. Ce phénomène, aussi paradoxal qu’encourageant, suggère que le lien entre le cerveau et le métabolisme des lipides est plus complexe qu’on ne le pensait.
Le gène MC4R code pour une protéine cérébrale essentielle qui agit comme un frein à l’appétit. Lorsque cette protéine est défectueuse, le corps perd son contrôle de la faim, ce qui conduit à l’obésité. Environ 1 % des adultes obèses et jusqu’à 5 % des enfants atteints de cette maladie sont porteurs de mutations dans ce gène, ce qui représente environ une personne sur 300 au Royaume-Uni.
Pour comprendre ce mécanisme inhabituel, l’équipe de recherche, dirigée par Sadaf Farooqui de l’Université de Cambridge, a étudié la façon dont les personnes atteintes de cette mutation métabolisent les graisses après un repas riche en lipides. Les résultats ont montré que les personnes atteintes de MC4R défectueux réagissaient différemment à l’apport de graisses, ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle le gène influence directement la manière dont le corps gère les lipides.
« Bien que l’obésité chez les porteurs de ces mutations soit assez grave, le risque de souffrir de complications supplémentaires est réduit. »
Anke Hinney, généticien à l’Université de Duisburg-Essen
Selon Anke Hinney, ces résultats sont une bonne nouvelle : « bien que l’obésité chez les porteurs de ces mutations soit assez grave, le risque de souffrir de complications supplémentaires est réduit. » Ce qui apparaissait initialement comme un désavantage génétique pourrait en réalité être une forme de résistance interne, un mécanisme compensatoire caché au sein de l’ADN.
Ces découvertes pourraient ouvrir la voie au développement de nouveaux médicaments capables de contrôler non seulement le poids, mais aussi de moduler le métabolisme des graisses au niveau du système nerveux central. Sadaf Farooqui souligne que « la protection contre les maladies cardiovasculaires est vraiment impressionnante ».
Les chercheurs envisagent également d’étudier l’impact différentiel de ces mutations entre les hommes et les femmes, une étude précédente ayant révélé que les femmes d’âge moyen étaient plus sensibles aux effets du gène MC4R sur l’indice de masse corporelle. La question de savoir si ce schéma s’applique également à la protection cardiovasculaire reste à explorer.
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