Home Affaires“Ce ne sont pas des passe-temps, c’est un moteur économique”: une défense de la culture … avec les chiffres en main

“Ce ne sont pas des passe-temps, c’est un moteur économique”: une défense de la culture … avec les chiffres en main

by Amélie Bernard

Publié le 27 septembre 2025 à 23h24. Un nouveau livre explore le rôle souvent méconnu de la culture comme outil de pouvoir et d’influence sur la scène internationale, analysant son impact sur la diplomatie et les relations entre les nations.

  • Le livre, intitulé Le pouvoir de la culture, examine comment la culture façonne les perceptions et les interactions entre les pays.
  • Les auteurs, Nathalie Peter Irigoin et Facundo de Almeida, mettent en lumière le concept de « soft power » et son importance croissante dans un monde globalisé.
  • Ils soulignent le potentiel des pays périphériques à influencer le monde grâce à leur culture, malgré des ressources limitées.

La culture, bien plus qu’un simple ensemble de traditions et d’arts, est un instrument de pouvoir à part entière. C’est le postulat de base de Le pouvoir de la culture, une nouvelle étude signée Nathalie Peter Irigoin et Facundo de Almeida. L’ouvrage décrypte les mécanismes par lesquels la culture s’immisce dans les relations internationales, de la diplomatie officielle à l’influence des célébrités.

Les auteurs ouvrent leur analyse en affirmant :

« Le pouvoir de la culture est l’un des arcanes de l’activité diplomatique. Des dons des émissaires des rois à l’influence mondiale des célébrités, la culture est présente dans notre conception du monde et de l’altérité. »

Nathalie Peter Irigoin et Facundo de Almeida

Facundo de Almeida, l’un des co-auteurs, apporte une perspective unique à cette étude. Argentin de formation, il a occupé des fonctions au sein des sections culturelles des ministères des Affaires étrangères et de la Culture de son pays. En 2011, il a pris la direction du musée de l’art précolombien et indigène à Montevideo, en Uruguay, où il réside toujours et où il conseille également le ministère uruguayen des Affaires étrangères.

Le concept central exploré dans le livre est celui de « soft power », popularisé par le politologue américain Joseph Nye à la fin du XXe siècle. Il s’agit de la capacité d’un État à influencer les autres non par la force ou la coercition – le « hard power » – mais par l’attraction et la persuasion. Comme l’explique Facundo de Almeida :

« Le “Soft Power” est un concept central de la théorie contemporaine des relations internationales. Il consiste à influencer les préférences et les comportements d’autres acteurs internationaux par la crédibilité, la réputation et l’attraction de la culture, les valeurs politiques et les politiques externes d’un pays. »

Facundo de Almeida

En d’autres termes, il s’agit d’amener les autres à agir conformément à nos intérêts non par la contrainte, mais par le désir. Ce changement de paradigme est d’autant plus pertinent dans un monde marqué par l’interdépendance économique, les réseaux numériques et l’importance de l’opinion publique mondiale.

Les auteurs soulignent que, dans un contexte mondial où l’usage de la force est de plus en plus limité, le « soft power » représente souvent la seule option pour les pays disposant de ressources économiques et militaires relativement modestes. Treize nations concentrent l’essentiel du « hard power » mondial, laissant aux autres la nécessité de s’appuyer sur la culture pour exercer une influence sur la scène internationale.

Nathalie Peter Irigoin insiste sur le potentiel des pays périphériques :

« Oui, absolument. S’il est vrai que les pays périphériques sont confrontés à des défis importants […] il est également vrai que de nombreux phénomènes culturels ayant l’impact mondial de ces lieux ont émergé. Et aujourd’hui, avec Internet et les plateformes numériques, ces possibilités sont beaucoup plus grandes. »

Nathalie Peter Irigoin

Elle prend l’exemple d’un créateur uruguayen qui, grâce aux outils numériques, peut désormais atteindre un public mondial sans passer par les canaux traditionnels des centres culturels dominants. Des musiciens, des écrivains et des cinéastes uruguayens se font entendre et voir dans le monde entier.

L’ouvrage aborde également la question du financement de la culture, en particulier dans les pays en crise. Nathalie Peter Irigoin est catégorique : l’économie créative n’est pas un luxe, mais un secteur stratégique avec un impact économique réel. Selon un rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID), ce secteur génère plus de 2 250 milliards de dollars de revenus à l’échelle mondiale, représente 3 % du PIB mondial et emploie plus de 30 millions de personnes. En Amérique latine et dans les Caraïbes, ces chiffres s’élèvent respectivement à 124 milliards de dollars, 2,2 % du PIB régional et 2 millions d’emplois.

L’étude met en avant des exemples concrets, comme le succès de la K-pop en Corée du Sud, où une politique publique volontariste a permis de transformer l’image du pays et de stimuler d’autres secteurs économiques, tels que le tourisme, l’alimentation et la technologie. Les auteurs soulignent également l’importance de soutenir les artistes et les industries culturelles locales, en créant un écosystème favorable à la créativité et à l’innovation.

Enfin, le livre revient sur le phénomène du trap, un genre musical populaire en Amérique latine, et s’interroge sur son impact sur l’image des pays concernés. Si le trap connaît un succès commercial indéniable, son influence sur la diplomatie culturelle semble moins évidente, soulignent les auteurs.

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