Les établissements de santé sont confrontés à une menace croissante et insidieuse : les rançongiciels, qui exploitent la confiance et la bienveillance inhérentes au secteur médical. Des premières attaques sur disquettes dans les années 1980 à l’utilisation sophistiquée de l’intelligence artificielle aujourd’hui, les cybercriminels adaptent constamment leurs tactiques pour compromettre les systèmes et mettre en péril les soins aux patients.
La vulnérabilité du secteur de la santé remonte à ses origines. En 1989, une des premières attaques de rançongiciel connues s’est propagée via une disquette infectée envoyée à des chercheurs travaillant sur le sida. L’expéditeur était un collègue, ce qui a empêché les destinataires de suspecter quoi que ce soit.
La protection des infrastructures informatiques est essentielle, mais les experts soulignent que la véritable menace réside dans la capacité des attaquants à contourner les défenses traditionnelles. Les menaces persistantes avancées (APT) sont particulièrement préoccupantes car elles s’infiltrent discrètement dans les systèmes, sans déclencher d’alertes.
La formation du personnel est un enjeu majeur, mais elle se heurte à un paradoxe : le secteur de la santé repose sur la confiance et la coopération. Il est difficile de sensibiliser les professionnels à la cybersécurité sans les rendre méfiants ou les empêcher d’exercer leur métier avec empathie. Une approche basée sur les rôles pourrait être une solution, en formant par exemple les équipes de support à identifier les demandes inhabituelles, comme un oncologue demandant un changement de mot de passe depuis les urgences.
L’intelligence artificielle générative représente un nouveau défi, car elle permet aux cybercriminels de créer des outils d’attaque plus sophistiqués et de les diffuser largement.
Plusieurs tendances se dessinent pour renforcer la cybersécurité dans le secteur de la santé. Les organisations se concentrent sur les fondamentaux, en mettant en place des programmes de sécurité de base et en renforçant leurs défenses périmétriques. On observe également une prise de conscience croissante de l’importance de la cyber-résilience : les équipes sont encouragées à simuler des compromissions pour identifier les faiblesses et améliorer les procédures de récupération.
La formation continue est indispensable pour les professionnels de la sécurité, notamment grâce à l’automatisation des tâches répétitives, qui leur permet de se consacrer à l’apprentissage et à la veille. La capacité à basculer rapidement vers des plateformes de communication alternatives en cas d’attaque est également cruciale. Une interruption des soins, par exemple pour un patient victime d’un accident vasculaire cérébral, pourrait avoir des conséquences graves.
La sécurité des dispositifs médicaux connectés est une autre source d’inquiétude. Ces appareils, souvent considérés comme des « boîtes noires » en raison des secrets commerciaux des fabricants, peuvent se connecter aux réseaux sans que leur état de sécurité soit entièrement connu. Il est donc essentiel d’améliorer la visibilité et d’isoler ces dispositifs.
Enfin, le partage d’informations entre les établissements de santé est primordial. En partageant leurs expériences, les organisations peuvent mieux identifier les APT, les indicateurs de compromission et les vulnérabilités, et ainsi renforcer collectivement leur protection. « Si nous voulons nous améliorer en tant qu’industrie, nous devons partager nos expériences afin de mieux identifier les APT, les indicateurs de compromission et d’autres éléments d’exposition afin que tous les fournisseurs sachent comment identifier, prévenir et se protéger contre ces cyberattaques ciblées à long terme », soulignent les experts.
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