Le voyage officiel d’Emmanuel Macron en Chine, achevé le 5 décembre, a laissé entrevoir des avancées limitées sur les dossiers cruciaux de l’Ukraine et du commerce, malgré un accueil fastueux à Pékin. Si la coopération dans des domaines comme l’énergie nucléaire et les échanges culturels a été renforcée, les déséquilibres économiques et le soutien continu de la Chine à la Russie persistent.
La guerre en Ukraine a occupé une place centrale dans les discussions. Le président français a affirmé avoir perçu chez son homologue chinois Xi Jinping une « volonté de contribuer à la stabilité et à la paix », mais aucune percée concrète n’a été enregistrée. La Chine, l’un des principaux partenaires commerciaux de Moscou, continue d’importer des hydrocarbures russes et n’a pas condamné l’invasion de l’Ukraine. Pékin se défend de soutenir l’effort de guerre, tout en préservant ses intérêts stratégiques.
Un dialogue diplomatique « renforcé » entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays est prévu dans les prochaines semaines et les prochains mois, en vue de l’élaboration d’un document conjoint. Cependant, selon Marie Holzman, sinologue et présidente de Solidarité Chine, il ne faut pas s’attendre à des changements majeurs : « On ne peut pas avoir de grands espoirs : Xi Jinping a très clairement dit qu’il ne peut pas grand-chose sur Poutine. Il n’a pas dit non plus qu’il allait cesser de lui acheter du pétrole et ainsi cesser d’encourager l’effort militaire. »
Sur le plan économique, la visite n’a pas abouti à d’accords commerciaux significatifs. La commande attendue de 500 avions d’Airbus n’a pas été validée par Xi Jinping, ce qui pourrait affaiblir la position de Pékin dans ses négociations commerciales avec les États-Unis, qui insistent pour obtenir de nouveaux engagements d’achats de Boeing. Emmanuel Macron a souligné la nécessité d’un « rééquilibrage » des relations économiques, alors que le déficit commercial français avec la Chine s’élève à 47 milliards d’euros en 2024, représentant près de la moitié (46 %) du déficit commercial global de la France, selon les chiffres du Trésor public.
Marie Holzman estime que la France aborde ces négociations dans une position délicate : « Nous demandons aux Chinois d’exporter un peu moins de produits et d’importer davantage de produits français, mais nous ne sommes plus du tout en position de force. » Laure Pallez, directrice associée du cabinet Mascaret, a également souligné sur France 24 que les enquêtes chinoises sur les exportations françaises de cognac, de produits laitiers et de viande porcine s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions sur les droits de douane européens. « La France agit dans un cadre européen où d’autres enjeux, notamment celui des véhicules électriques fabriqués en Chine, dominent. Il y a un gros déséquilibre. »
Un autre point soulevé par les experts est l’absence d’une approche européenne unifiée. L’Allemagne et le Royaume-Uni prévoient également d’envoyer leurs ministres des Affaires étrangères en Chine dans les jours et les semaines à venir, chacun avec sa propre stratégie. « Une visite commune aurait été beaucoup plus spectaculaire », a déclaré Marie Holzman. « L’Europe n’a jamais su se présenter unie dans la négociation de ses contrats avec Pékin. C’est pour cette raison que l’Europe ne fait pas peur à Xi Jinping. »
Douze accords ont néanmoins été signés entre Emmanuel Macron et Xi Jinping, portant sur des domaines tels que le vieillissement de la population, les investissements bilatéraux, l’énergie nucléaire et la protection des pandas. Le directeur du zoo de Beauval, Rodolphe Delord, a annoncé que la France pourrait recevoir de nouveaux pandas « au plus tard début 2027 ».
La visite a également permis de renforcer les coopérations universitaires, notamment à l’Université du Sichuan. La France souhaite attirer davantage d’étudiants chinois, une opportunité dans un contexte où les États-Unis, sous l’administration Trump, se montrent moins accueillants envers les étudiants étrangers. Toutefois, Marie Holzman doute que cette ouverture suffise à influencer la position de Pékin : « Les Chinois attachent une grande importance à l’éducation de leurs enfants, mais cela m’étonnerait que cela suffise à pousser Xi Jinping à faire des concessions à la France. »
À retenir
- Malgré un accueil chaleureux, la visite d’Emmanuel Macron en Chine n’a pas permis de résoudre les divergences majeures sur l’Ukraine et le commerce.
- Le déficit commercial français avec la Chine reste élevé, et la France se sent en position de faiblesse pour négocier un rééquilibrage.
- L’absence d’une stratégie européenne unifiée affaiblit la position de l’Union européenne face à la Chine.
Contexte
Cette visite s’inscrit dans une tentative plus large de la France et de l’Europe de renouer le dialogue avec la Chine, tout en maintenant une position ferme sur les questions de droits de l’homme et de respect du droit international. Les relations sino-européennes sont marquées par une concurrence économique croissante et des divergences stratégiques sur des questions telles que la guerre en Ukraine et la situation en mer de Chine méridionale.
Ce qui change
À court terme, les discussions diplomatiques entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays pourraient permettre de maintenir un canal de communication ouvert sur la crise ukrainienne. À plus long terme, la France espère renforcer sa coopération avec la Chine dans des domaines tels que l’énergie nucléaire et les échanges culturels, tout en cherchant à réduire son déficit commercial.
Prochaines étapes
Il faudra surveiller l’évolution des relations entre la Chine et la Russie, ainsi que les prochaines visites des ministres des Affaires étrangères allemand et britannique en Chine. L’Union européenne devra également définir une stratégie plus cohérente à l’égard de Pékin.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Déficit commercial français avec la Chine (2024) | 47 milliards d’euros |
| Part du déficit commercial français avec la Chine dans le déficit total de la France (2024) | 46 % |
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