Home Technologie et science“C’est comme l’immobilier, l’investissement peut être perdant” : à Rodez, le “Maître” des paris sportifs rattrapé par la justice ?

“C’est comme l’immobilier, l’investissement peut être perdant” : à Rodez, le “Maître” des paris sportifs rattrapé par la justice ?

by Thomas Caron

Un habitant de Rodez est jugé pour avoir escroqué plus de 10 000 € à de jeunes parieurs, séduits par la promesse de gains faciles sur les paris sportifs. Se présentant comme un expert, l’homme a vu ses conseils se transformer en cauchemar financier pour ses disciples.

Plus d’une dizaine de jeunes se sont retrouvés lésés par un homme de près de 40 ans, originaire de Rodez, qui se faisait appeler « Maître » sur les réseaux sociaux. Intermittent du spectacle, il pariait depuis son adolescence pour compléter ses revenus et affichait un succès apparent en ligne.

Après la pandémie de Covid-19, il a décidé de monétiser son expertise en proposant ses services de conseil à d’autres parieurs, principalement des jeunes attirés par la perspective de gains rapides. Ses publications sur Facebook, Snapchat et Instagram promettaient des combinaisons gagnantes à tous les coups.

L’affaire a commencé à s’effondrer en février dernier, lorsque plusieurs victimes se sont présentées à la gendarmerie. L’un d’eux a raconté avoir rencontré le parieur dans un bar lors d’un match du Paris Saint-Germain. Ce dernier lui aurait promis « des revenus sûrs au bout d’un an » en échange d’un investissement qu’il gérerait pour son compte. L’idée a séduit une dizaine de jeunes, qui ont confié des sommes allant de 200 € à 3 760 €, pour un total de 10 837 €.

Le « Maître » avait invité ses clients à rejoindre un groupe Telegram pour suivre l’évolution de leurs comptes sur les plateformes de paris en ligne. « Chaque mois, ça grimpait, il nous montrait les paris gagnants », témoigne l’une des victimes.

La situation a basculé lorsque l’un des jeunes a demandé à récupérer ses gains après douze mois. Il devait s’acquitter de 15 % de frais, une condition acceptée initialement. Cependant, le « Maître » est devenu injoignable et sa page Facebook a été supprimée. « Il faisait le mort, on a réussi à trouver son adresse à Rodez, on est allé sonner chez lui mais même là, on n’a pas réussi à le voir », explique une victime.

Une rencontre a finalement été organisée sur un parking à Lioujas. L’homme a reconnu ne pas disposer de l’argent. « Hélas, l’investissement dans les paris, c’est comme dans l’immobilier, ça peut s’avérer perdant. Je ne leur ai jamais promis monts et merveilles. Je suis peiné que ça n’ait pas marché pour eux », a-t-il déclaré devant la juge.

Les victimes contredisent cette version et affirment détenir un enregistrement dans lequel l’homme les aurait insultées. Il nie en bloc. « C’est faux », a-t-il répondu.

Lors de l’interrogatoire, la juge a soulevé des contradictions : « Ce qui interroge, c’est que vous perdez tout leur argent à chaque fois quand on vous le réclame alors que vous n’avez que des paris gagnants ? » L’homme a répondu qu’il pariait généralement de grosses sommes et que des pertes étaient possibles. Il a également contesté avoir profité de la naïveté des jeunes, affirmant qu’ils étaient conscients des risques et qu’ils l’avaient contacté de leur propre initiative.

Les enquêteurs ont découvert des virements allant jusqu’à 23 000 € provenant de plateformes de paris en ligne vers son compte. Interrogé sur l’utilisation de ces fonds, il a déclaré qu’il ne gagnait pas d’argent et qu’il avait des difficultés financières : « J’ai une voiture qui arrive aux 200 000 kilomètres, je suis locataire, tout ce que je porte en vêtements je l’ai payé en quatre fois sans frais. Je ne suis pas un vendeur de rêves, ni un escroc ».

Son avocat, Maître Chris Baptiste, a plaidé pour la non-culpabilité de son client, soulignant qu’il ne s’agissait pas d’une affaire de morale. « Ces jeunes lui ont donné de l’argent en connaissance de cause. Et hélas, combien de gens voit-on surendettés, au bout du rouleau après avoir tout joué dans les casinos ? Lorsqu’on perd, on cherche un coupable. Ici, c’est la même chose. Mon client conseillait 89 personnes, seulement 9 ont déposé plainte ».

Le parquet de l’Aveyron requiert une amende de 5 000 € avec sursis et la saisie de 8 500 € pour indemniser les plaignants. Le verdict sera rendu le 21 janvier, ce qui constituera probablement le pari le plus risqué du « Maître ».

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