Home SantéC’est le projet ambitieux qui cherche à décrypter le « sixième sens caché » du corps humain

C’est le projet ambitieux qui cherche à décrypter le « sixième sens caché » du corps humain

by Sophie Martin

Publié le 25 octobre 2025 à 21h23. Des scientifiques américains lancent un projet ambitieux pour cartographier l’intéroception, ce « sixième sens » qui permet au cerveau de surveiller en permanence l’état interne du corps, ouvrant potentiellement de nouvelles voies pour comprendre et traiter un large éventail de maladies.

  • Un consortium de chercheurs américains s’est lancé dans la création du premier atlas détaillé de l’intéroception.
  • Le projet, doté d’un budget de 14,2 millions de dollars américains (environ 13,5 millions d’euros), vise à comprendre comment le cerveau reçoit et interprète les signaux vitaux du corps.
  • Cette initiative pourrait avoir des implications majeures pour la compréhension et le traitement des maladies auto-immunes, des douleurs chroniques et des troubles neurodégénératifs.

Un groupe de scientifiques aux États-Unis a entamé un projet sans précédent visant à décrypter les mécanismes de l’intéroception, souvent qualifiée de « sixième sens caché » du corps humain. Cette capacité, essentielle à la survie, permet au cerveau de surveiller en permanence l’état interne de l’organisme – respiration, tension artérielle, réponse immunitaire – et d’ajuster les fonctions physiologiques en conséquence.

Le projet, qui s’étalera sur cinq ans, est porté par le prix Nobel Ardem Patapoutian, en collaboration avec Li Ye, Bosiljka Tasic et Xin Jin. Il bénéficie d’un financement de 14,2 millions de dollars américains (environ 13,5 millions d’euros) octroyé par le National Institute of Health (NIH). L’objectif est de créer une carte complète des voies sensorielles internes reliant les principaux organes au système nerveux.

Selon les informations publiées par Science Quotidienne, l’intéroception se distingue des sens traditionnels – vue, ouïe, odorat – car elle capte les signaux provenant de l’intérieur du corps. Ce système fonctionne en permanence, ajustant des processus tels que la circulation sanguine, la digestion et l’activité immunitaire, souvent sans que nous en ayons conscience.

Les chercheurs soulignent l’importance cruciale de ce réseau interne pour la coordination des fonctions vitales et la réponse rapide aux déséquilibres physiologiques. Comprendre son fonctionnement pourrait ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques pour un large éventail de maladies.

L’initiative propose de créer un atlas anatomique et moléculaire de l’intéroception. Les scientifiques détaillent que le financement du NIH s’inscrit dans un programme de recherche transformatrice, explorant des domaines pionniers et multidisciplinaires. Le projet est soutenu par le Director’s Transformative Research Award, créé en 2009 pour encourager les idées audacieuses susceptibles de révolutionner la santé humaine.

Ardem Patapoutian, lauréat du prix Nobel de physiologie ou de médecine en 2021 pour la découverte des récepteurs cellulaires du toucher, dirige cette recherche. Li Ye, directeur de chimie et de biologie chimique à Scripps, et Bosiljka Tasic, directeur de génétique moléculaire à l’Institut Allen, coordonnent également les travaux. Xin Jin, professeur agrégé et expert en génomique, est responsable de l’analyse de l’identification cellulaire et génétique des populations étudiées.

Selon l’équipe de recherche et l’Institut Allen, le projet utilisera deux approches principales. Premièrement, les neurones sensoriels seront marqués pour tracer les connexions entre la moelle épinière et les différents organes, en utilisant des images du corps entier pour obtenir des cartes tridimensionnelles haute résolution. Deuxièmement, des profils génétiques seront établis pour distinguer les différents types de cellules et de neurones spécialisés en fonction de leur fonction dans des organes tels que le cœur, les poumons, l’estomac, la vessie ou le tissu adipeux.

Les données collectées grâce à cet atlas constitueront une base de référence standardisée pour l’étude du réseau sensoriel interne. Li Ye estime que ces informations permettront à d’autres scientifiques de poser de nouvelles questions sur la coordination entre les organes et le système nerveux, une intégration cruciale pour comprendre les processus de régulation corporelle et leurs éventuels dysfonctionnements dans les maladies courantes.

Xin Jin, également chercheur à l’Institut médical Howard Hughes, souligne que la compréhension de l’intéroception pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour des problèmes de santé graves. Les altérations de ces voies neuronales sont impliquées dans les maladies auto-immunes, les douleurs chroniques, les maladies neurodégénératives et l’hypertension artérielle. La perturbation de ces signaux compromet l’équilibre global du corps, connu sous le nom d’homéostasie.

Selon l’Institut Allen, l’étude de l’intéroception a longtemps été entravée par la complexité des signaux et la difficulté d’accéder aux neurones sensoriels, dispersés dans le cœur, les poumons, l’estomac et les reins. Cependant, les progrès récents des technologies d’imagerie et de génétique permettent désormais une cartographie plus précise que jamais.

Les chercheurs espèrent que ce projet jettera les bases de nouvelles stratégies thérapeutiques et d’une compréhension plus approfondie de la communication cerveau-organe. L’identification précise des voies sensorielles pourrait permettre de concevoir des traitements visant à rétablir l’équilibre en cas de maladie ou à le renforcer à titre préventif.

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