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C’est un jour désastreux pour le Fianna Fáil et le Fine Gael – The Irish Times

by Nicolas Lefèvre

Publié le 25 octobre 2025 à 12h02. L’élection présidentielle irlandaise a réservé une surprise de taille avec la victoire inattendue de Catherine Connolly, une députée de Galway issue de la gauche, marquant un rejet profond de l’establishment politique et une crise pour les partis traditionnels.

  • Catherine Connolly a remporté une victoire écrasante, obtenant la plus large marge de victoire jamais enregistrée lors d’une élection présidentielle.
  • Les partis Fianna Fáil et Fine Gael ont subi un revers majeur, leur score combiné étant le plus bas jamais enregistré, remettant en question leur domination séculaire de la politique irlandaise.
  • Un nombre exceptionnellement élevé de votes nuls a été enregistré, témoignant d’un mécontentement généralisé envers la classe politique et des préoccupations variées, notamment liées à l’immigration et à des affaires locales.

Le résultat de l’élection présidentielle irlandaise, qui a vu l’élection de Catherine Connolly, est comparable à la vague de mécontentement qui avait conduit le Fianna Fáil au bord de l’effondrement lors des élections générales de 2011, en pleine crise financière et sous la tutelle du Fonds monétaire international (FMI). Cette victoire représente un séisme politique, un véritable raz-de-marée en faveur de la discrète députée de Galway, qui deviendra la 10e présidente de l’Irlande.

Connolly a bâti sa carrière politique en opposition au Fianna Fáil et au Fine Gael, ainsi qu’à l’ensemble de l’establishment politique. Ironiquement, elle accède désormais au sommet de cet établissement. La manière dont elle gérera ses relations avec un gouvernement dont elle conteste ouvertement les politiques suscite une nouvelle incertitude, voire un potentiel conflit, au sein de la politique irlandaise.

Au-delà de la victoire de Connolly, deux autres éléments méritent d’être soulignés. Le premier est la performance décevante des deux partis qui ont dominé la politique irlandaise pendant un siècle, dirigeant tous les gouvernements depuis la fondation de l’État. Depuis 2011, la politique irlandaise a connu une recomposition : le Fianna Fáil et le Fine Gael, autrefois rivaux, ont désormais choisi de partager le pouvoir pour maintenir leur emprise. Ce statu quo fragile n’a jamais semblé aussi précaire qu’aujourd’hui.

Les campagnes menées par les deux partis ont été désastreuses. Celle du Fianna Fáil a été particulièrement ratée, mais celle du Fine Gael était également fade, peu claire et inefficace. Le résultat final confirmera que le score combiné des deux partis est aujourd’hui inférieur à celui de toutes les élections précédentes. Cette journée est un désastre pour eux et ne manquera pas d’avoir des conséquences sur leurs dirigeants.

Un autre aspect notable est le niveau exceptionnellement élevé de votes nuls. Dans de nombreux bureaux de vote à Dublin, les votes nuls ont dépassé le nombre de voix obtenues par le candidat Michael Humphreys. Le total national final – bien qu’il faille attendre les chiffres complets pour l’ensemble du pays, y compris les zones où le taux de votes nuls est plus faible – pourrait dépasser les 10 % du total des voix. Un tel niveau est sans précédent.

Ces votes nuls ne véhiculent pas un message politique unique, à l’exception d’une hostilité envers la politique établie. Certains électeurs ont gâché leur bulletin de vote pour protester contre l’exclusion de la candidate conservatrice Maria Steen de la course. D’autres étaient motivés par une opposition à l’immigration et aux politiques d’hébergement des demandeurs d’asile, gérées par les Services d’hébergement pour la protection internationale (IPAS). Certains ont fait référence à l’agression sexuelle présumée d’un enfant de 10 ans à Citywest, affaire actuellement devant les tribunaux. D’autres se sont contentés d’écrire « aucune des réponses ci-dessus ». Quel que soit leur motif, le volume de ces votes nuls est un message fort en soi.

Il est important de rester prudent face à cette situation. Bien qu’il s’agisse d’un moment charnière dans la politique irlandaise, il est facile de se laisser emporter. Les partis de gauche se sont unis pour cette élection, mais leur capacité et leur volonté de le faire lors de futures élections législatives restent incertaines. Les élections générales sont différentes. La dernière en date, l’année dernière, a vu 60 % de l’électorat se déplacer, permettant au Fianna Fáil et au Fine Gael de former un gouvernement.

Les électeurs n’ont pas été appelés à choisir un gouvernement ou des politiques spécifiques lors de l’élection présidentielle. Ils n’ont pas voté pour choisir entre différentes visions de la politique économique, de la politique étrangère, de la justice, de l’éducation, de la protection sociale ou de la neutralité.

Les deux camps, le Fianna Fáil et le Fine Gael d’un côté, et les partis de gauche de l’autre, doivent impérativement tirer les leçons de ce résultat et remettre en question leurs stratégies. Cependant, il est essentiel de reconnaître les limites de cette élection et de ne pas la surestimer. Le résultat d’aujourd’hui signale un potentiel changement dans la manière dont l’Irlande sera gouvernée, mais ce changement n’est pas encore garanti. Il dépendra de l’évolution de la situation au cours des quatre prochaines années, tant pour le gouvernement que pour l’opposition.

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