Publié le 15 octobre 2025 à 00h38. Pékin impose une nouvelle réglementation stricte aux influenceurs et créateurs de contenu en ligne, les obligeant à justifier de qualifications académiques ou de certifications officielles pour aborder des sujets sensibles tels que la santé, le droit, l’éducation et la finance.
- À partir d’octobre 2025, les influenceurs chinois devront prouver leur expertise dans les domaines qu’ils abordent.
- Les plateformes numériques comme Weibo, Douyin et Bilibili devront vérifier les qualifications des utilisateurs.
- La nouvelle réglementation vise à lutter contre la désinformation et à responsabiliser les créateurs de contenu.
Le gouvernement chinois renforce son contrôle sur l’information en ligne en imposant une nouvelle exigence aux influenceurs et créateurs de contenu. Désormais, ceux qui souhaitent aborder des sujets nécessitant une expertise particulière – médecine, droit, éducation, finance – devront être en mesure de prouver une formation académique ou une certification professionnelle dans le domaine concerné. Cette mesure, annoncée par l’Administration chinoise du cyberespace (CAC), marque une étape importante dans la stratégie de Pékin pour encadrer la diffusion numérique et distinguer clairement l’information de la simple opinion.
La règle stipule que seuls les individus affiliés à des établissements médicaux, éducatifs ou de recherche reconnus seront autorisés à publier du contenu considéré comme « professionnel ou spécialisé ». Les plateformes en ligne, telles que Weibo, Douyin (la version chinoise de TikTok) et Bilibili, se verront dans l’obligation de vérifier l’authenticité des informations d’identification fournies par les utilisateurs. Un délai de deux mois est accordé aux comptes existants pour se conformer à la nouvelle réglementation, tandis que la création de nouveaux comptes sans certification préalable sera interdite.
Selon le CAC, l’objectif principal de cette initiative est de
« protéger le public contre les informations fausses ou trompeuses »
Administration chinoise du cyberespace (CAC)
dans un environnement numérique où les conseils financiers, médicaux ou juridiques se multiplient, notamment sous forme de courtes vidéos et de diffusions en direct. Ces dernières années, la Chine a été confrontée à une recrudescence de rumeurs virales concernant la santé, l’économie et la politique, souvent amplifiées par des algorithmes qui privilégient la viralité au détriment de l’exactitude.
Au-delà de la simple vérification des qualifications, la nouvelle réglementation exige également que les contenus éducatifs ou scientifiques citent des sources vérifiables et précisent clairement s’ils contiennent des éléments générés par l’intelligence artificielle ou des reconstitutions fictives. Les plateformes devront également informer les utilisateurs de leur responsabilité juridique et scientifique dans la diffusion de l’information, établissant ainsi une sorte de « contrat numérique » entre les créateurs de contenu et le public.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de la part de l’État chinois visant non seulement à limiter la propagation de la désinformation, mais aussi à institutionnaliser la figure du diffuseur numérique en l’intégrant dans son système de contrôle public et de crédibilité.
La CAC interdit également toute forme de publicité liée à des produits ou services médicaux, y compris les compléments alimentaires, les aliments considérés comme bénéfiques pour la santé ou les consultations médicales en ligne. Les profils se faisant passer pour des professionnels ou utilisant un format éducatif à des fins promotionnelles seront également supprimés. Cette mesure vise à démanteler une pratique courante : la diffusion de contenus « hybrides » qui mélangent divertissement et marketing dissimulé.
Les algorithmes des plateformes devront identifier et bloquer les contenus à caractère sexuel déguisés en contenus éducatifs, un phénomène en pleine expansion que le gouvernement considère comme contraire à la « moralité publique » et à « l’ordre de l’information ».
Cette initiative soulève un débat mondial sur la responsabilité éducative des créateurs de contenu à l’ère numérique. La Chine devient ainsi le premier pays à formaliser une équivalence entre formation académique et droit d’information sur les réseaux sociaux.
Pour les analystes technologiques, cette mesure pourrait annoncer un nouveau paradigme : le passage d’un modèle d’influenceur spontané à un modèle d’expert certifié, une approche qui pourrait être reproduite – avec des adaptations – dans d’autres pays préoccupés par la désinformation scientifique et sanitaire. Depositphotos propose des images libres de droits.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle génère des contenus de plus en plus difficiles à distinguer de la réalité et où les réseaux sociaux façonnent les perceptions à grande échelle, la Chine propose une formule radicale : remplacer la liberté d’expression numérique par une sorte de « mérite académique en ligne ».
L’expérience ne fait que commencer, mais sa portée mondiale pourrait transformer non seulement les réseaux sociaux, mais aussi la façon dont le monde définit la crédibilité à l’ère numérique.
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