Publié le 9 décembre 2025 14h29. Des changements subtils dans les habitudes de conduite pourraient signaler un déclin cognitif précoce, voire les premiers stades de la démence, selon une étude récente.
- Une étude de l’Université de Washington à Saint-Louis a suivi près de 300 personnes âgées pendant plus de trois ans, analysant leur comportement au volant et leurs capacités cognitives.
- Les chercheurs ont constaté que les personnes présentant un déclin cognitif conduisaient moins souvent, sur des distances plus courtes et plus rarement la nuit.
- Bien que prometteurs, ces résultats nécessitent des recherches plus approfondies pour confirmer leur fiabilité et leur applicabilité à l’ensemble de la population.
La démence ne se manifeste pas toujours par des pertes de mémoire spectaculaires. Souvent, les premiers signes sont discrets : un rendez-vous oublié, une facture non payée, une difficulté à suivre une conversation. L’Initiative de recherche sur la maladie d’Alzheimer (AFI) souligne que les premiers symptômes se traduisent généralement par de légères modifications dans la vie quotidienne.
Or, ces changements peuvent également se révéler au volant. Une étude récente met en évidence un lien possible entre certains comportements de conduite et l’apparition de troubles cognitifs. Les chercheurs se demandent si l’évolution du style de conduite peut constituer un indicateur précoce de la maladie.
L’étude de l’École de médecine de l’Université de Washington à Saint-Louis, publiée dans PMC, a suivi 298 participants d’un âge moyen de 75 ans sur une période de 40 mois. Des enregistreurs de données GPS installés dans leurs véhicules ont collecté des informations sur la fréquence et la durée de leurs trajets, les heures de conduite, la vitesse et les freinages brusques. Parallèlement, des tests neuropsychologiques et cliniques ont été réalisés annuellement pour évaluer leurs performances mentales.
Parmi les participants, 242 étaient considérés comme cognitifs normaux, tandis que 56 présentaient un trouble cognitif léger (TCL), un état qui, selon l’AFI, peut être un précurseur de la démence. Au début de l’étude, les habitudes de conduite des deux groupes ne différaient pas significativement. Cependant, au fil des mois, une tendance claire s’est dégagée : les personnes dont les capacités cognitives déclinaient conduisaient moins souvent, sur des distances plus courtes et, surtout, moins fréquemment la nuit. Leur style de conduite devenait également plus prudent que celui des conducteurs sans troubles cognitifs.
Les chercheurs ont développé des modèles capables de prédire un trouble cognitif existant ou en développement avec une précision d’environ 82 %, en se basant sur les données de conduite et les résultats des tests. L’ajout de données démographiques telles que l’âge et le sexe a permis d’atteindre un taux de réussite de 87 %.
Cependant, les scientifiques soulignent que la représentativité de ces résultats est limitée. L’échantillon était relativement petit et peu diversifié, avec une forte proportion de participants d’origine ethnique similaire. De plus, les enregistreurs de données utilisés ne prenaient pas en compte tous les aspects de la capacité de conduite, tels que le maintien dans la voie ou la détection des dangers. Les contrôles médicaux réguliers restent donc essentiels.
Il est important de noter qu’un trouble cognitif léger ne conduit pas systématiquement à la démence. Certaines personnes stabilisent leur état sans progresser vers une forme plus sévère. Pour mieux comprendre comment la démence se manifeste dans le comportement au volant, des études plus vastes et plus diversifiées sont nécessaires.
La démence, qui signifie littéralement « perte de l’esprit », se caractérise par une limitation, voire une perte totale, des capacités mentales, comme le précise le Ministère fédéral de la Santé.
Les premiers signes incluent souvent des troubles de la mémoire à court terme : difficultés à se souvenir d’événements récents, oublis de rendez-vous, questions répétées. À terme, la mémoire à long terme peut également être affectée. D’autres symptômes typiques peuvent apparaître à mesure que la déficience mentale progresse :
- Diminution de l’attention
- Difficultés d’élocution
- Difficultés de compréhension
- Altération du raisonnement
- Difficultés d’orientation
Les personnes souffrant de troubles de la mémoire ou de démence doivent faire preuve de prudence accrue lorsqu’elles conduisent. Selon le Ministère fédéral de la Famille, des Personnes âgées, de la Femme et de la Jeunesse, il est possible de continuer à conduire aux premiers stades de la démence. Toutefois, lorsque la maladie d’Alzheimer progresse, la capacité à conduire en toute sécurité peut être compromise, conformément à l’annexe 4 de l’ordonnance sur le permis de conduire.
En cas de diagnostic, il est recommandé de faire évaluer son aptitude à conduire par un spécialiste, tel qu’un psychiatre ou un neurologue, avant de reprendre le volant.
