Le roi Charles III a entamé une tournée de neuf jours aux Caraïbes en arrivant mardi aux Bahamas, où il a reconnu les souffrances du passé colonial britannique. Confronté à des demandes d’excuses et de réparations pour l’esclavage, le souverain s’est aligné sur la position du gouvernement britannique qui rejette toute indemnisation financière.
L’arrivée du roi aux Bahamas et les premières réactions sur place
Le roi Charles III a atterri mardi à l’aéroport international Lynden Pindling à Nassau, marquant le début de sa visite officielle de neuf jours dans la région, qui le conduira également en Guyane et à Antigua-et-Barbuda. Accueilli sur le tarmac par la gouverneure générale Dame Cynthia A. Pratt et le Premier ministre Philip Edward Davis, le souverain a assisté à une haie d’honneur formée par des membres de la police et des forces de défense bahamiennes, selon les informations de la BBC.
Le monarque s’est ensuite rendu au parc Clifford, le site même où il avait assisté en 1973 aux célébrations de l’indépendance des Bahamas après trois siècles de domination britannique. Alors qu’une foule enthousiaste de jeunes étudiants agitant de petits drapeaux nationaux l’attendait pour un rassemblement culturel, un groupe d’une douzaine de manifestants s’est rassemblé à l’extérieur du site.
Discours au parc Clifford et reconnaissance des injustices historiques
Devant la jeunesse réunie au parc Clifford, le roi Charles III a prononcé un discours très attendu dans lequel il a souligné la vitalité de la culture locale tout en évoquant les ombres de l’histoire coloniale, ainsi que le rapporte le Winnipeg Free Press. Le souverain a souligné que de nombreux aspects de la culture bahamienne étaient nés de la nuit des temps coloniaux.
« Une part de ce qu’il y a de meilleur dans la culture bahamienne aujourd’hui, de plus joyeux, de plus plein d’espoir, de plus lumineux, est né des ténèbres. Il est tout à fait juste que nous reconnaissions la grande souffrance du passé dans ces îles et au-delà, tout en nous réjouissant des succès du présent et en bâtissant de nouvelles opportunités pour l’avenir », a déclaré le roi Charles III lors d’un rassemblement de la jeunesse à Nassau, selon The Guardian.
Ce discours fait écho aux déclarations formulées par le passé, notamment lors de son voyage au Kenya en 2023 où il avait qualifié les injustices d’autrefois de source de plus grand regret. Néanmoins, ces propos restent en deçà des attentes des mouvements de justice réparatrice, qui réclament des excuses formelles de la part de la monarchie et du gouvernement britannique.

Les pressions croissantes des dirigeants caribéens et le cadre politique britannique
La tournée royale intervient dans un climat de contestation institutionnelle et mémorielle sans précédent dans les Caraïbes. La Jamaïque a franchi un cap en septembre en déposant à Londres une pétition réclamant dix milliards de dollars de réparations pour l’esclavage, marquant la première action juridique menée par un État du Commonwealth dans ce domaine, d’après Al Jazeera.
De son côté, la secrétaire générale de la Communauté caribéenne (CARICOM), Carla Barnett, a rappelé que les réparations constituaient une question fondamentale de justice, de reconnaissance et de transformation pour les descendants des victimes du commerce transatlantique des esclaves. Entre les XVe et XIXe siècles, environ 12,5 millions d’Africains ont été enlevés et vendus par des marchands européens, la Grande-Bretagne ayant transporté près de 3,2 millions d’entre eux. Lors de l’abolition de l’esclavage en 1834, le gouvernement britannique avait indemnisé les propriétaires d’esclaves à hauteur de 17 milliards de livres sterling, soit 22,5 milliards de dollars, tandis que les esclaves n’avaient reçu aucune compensation, selon les recherches universitaires citées par CNN.
Face à ces revendications, le gouvernement britannique maintient une fin de non-recevoir. Le secrétaire d’État aux Affaires, Jonathan Reynolds, a estimé que de telles demandes n’étaient pas raisonnables, tandis qu’un constitutionnaliste de l’Université de Londres interrogé par CP24 a rappelé que le roi agit strictement sur les conseils de ses ministres. Buckingham Palace a confirmé que le monarque n’aborderait pas la question des excuses formelles, cette prérogative relevant exclusivement des autorités exécutives.
Les prochaines étapes de la visite et le sommet du Commonwealth
Après avoir passé trois jours aux Bahamas à examiner notamment les vulnérabilités environnementales des îles face à la montée des eaux, le roi Charles III s’envolera le 29 octobre vers la Guyane pour une visite de deux jours axée sur la biodiversité et le climat. Le voyage s’achèvera à Antigua-et-Barbuda, où le souverain et la reine Camilla participeront au sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) prévu du 1er au 4 novembre, un rassemblement de 56 nations où le développement durable, le commerce et la question des réparations s’annoncent au cœur des débats.