Publié le 17 janvier 2026 08:01:00. Une convergence inhabituelle entre la performance des marchés boursiers et l’attrait pour l’or suscite des inquiétudes quant à la santé des finances publiques mondiales et à l’indépendance des banques centrales, notamment aux États-Unis.
- L’indice S&P 500 et le cours de l’or ont atteint des sommets historiques en 2025, une coïncidence rarissime observée pour la première fois depuis cinquante ans.
- L’endettement public croissant, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, pousse les investisseurs à diversifier leurs actifs et à se détourner du dollar américain.
- Les pressions politiques exercées sur la Réserve fédérale américaine par l’administration Trump menacent son indépendance et pourraient déstabiliser les marchés financiers.
L’année 2025 a été marquée par un paradoxe sur les marchés financiers : l’indice S&P 500, baromètre de Wall Street, a enregistré une progression d’environ 15 % sur un an, tandis que le prix de l’once d’or a bondi de plus de 60 %. Cette concomitance, qui n’avait pas été observée depuis un demi-siècle, interroge les analystes sur les risques potentiels qui pèsent sur l’économie mondiale.
La hausse du S&P 500 s’explique en grande partie par l’engouement pour les valeurs technologiques, dopées par l’essor de l’intelligence artificielle. À l’inverse, l’or, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, a bénéficié d’un afflux d’investissements de la part de particuliers, ainsi que d’un désengagement progressif des banques centrales, qui réduisent leurs réserves en dollars américains en réaction à la politique économique imprévisible de Donald Trump.
Ce mouvement de diversification des actifs est symptomatique d’une perte de confiance dans le dollar américain et d’une inquiétude croissante face au niveau élevé de l’endettement public dans les grandes économies. Les analystes du Mouvement Desjardins anticipent que la diminution de la participation étrangère aux titres du Trésor américain se poursuivra en 2026, les investisseurs recherchant des placements plus sûrs et diversifiant leurs portefeuilles au-delà des obligations.
Selon Nigel Green, président et fondateur de la firme de gestion de portefeuille deVere Group,
« La dette des gouvernements dans les principales économies a atteint un niveau non soutenable. Lorsque cette dette s’accumule à un rythme supérieur au taux de croissance de l’économie, la valeur de la monnaie s’en trouve diluée. Les éléments d’actif conventionnels en prennent un coup. »
Aux États-Unis, la dette nationale pourrait atteindre 125 % du produit intérieur brut (PIB), tandis qu’au Royaume-Uni, elle dépasserait les 96 % du PIB, un niveau inégalé depuis les années 1960. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit que la dette mondiale atteindra 100 % du PIB mondial d’ici 2029.
Cette situation conduit les investisseurs à se tourner vers des actifs alternatifs, tels que l’or, l’argent, les placements privés et même les actifs numériques comme le Bitcoin, qui ne dépendent pas de la crédibilité des banques centrales et des gouvernements.
Contrôler la Fed
L’indépendance des banques centrales, et en particulier de la Réserve fédérale américaine (Fed), est un pilier de la stabilité financière. Or, cette indépendance est de plus en plus menacée par les tentatives de l’administration Trump de contrôler la Fed et de l’influencer politiquement. Le Département de la Justice a même menacé l’institution de poursuites judiciaires pour fraude cette semaine.
Le remplacement de Jerome Powell à la tête de la Fed, dont le mandat expire en mai, est un enjeu majeur. L’administration Trump cherche à nommer des responsables plus favorables à sa politique, ce qui pourrait conduire à une ingérence accrue du pouvoir exécutif dans la politique monétaire.
Les critiques répétées de Donald Trump à l’encontre de Jerome Powell visent à faire pression sur la Fed pour qu’elle baisse ses taux d’intérêt plus rapidement et plus profondément, afin de contrer l’érosion du pouvoir d’achat des ménages due à la hausse des droits de douane. Selon des experts, un affaiblissement de l’indépendance de la Fed rendrait le dollar américain particulièrement vulnérable. Comme le souligne le site Allnews, « un dollar plus faible irait dans le sens voulu par le gouvernement Trump », d’autant plus en période de campagne électorale pour les élections de mi-mandat de 2026.
Une Fed politisée pourrait prendre des décisions moins transparentes et privilégier la croissance économique et la création d’emplois au détriment de la stabilité des prix. Elle pourrait également être tentée de recourir à des politiques d’assouplissement quantitatif excessives, en imprimant de la monnaie pour financer les déficits budgétaires.
Vincent Mortier, directeur des investissements chez Amundi, premier gestionnaire d’actifs européen avec 2 300 milliards d’euros d’actifs sous gestion, met en garde :
« L’un des principaux risques pour l’année prochaine (2026) est la forte pression exercée sur la Fed. Tout changement dans la gouvernance ou l’indépendance de la Fed pourrait être une chose totalement inattendue. »
M. Mortier s’attend à ce que le dollar américain, qui a déjà perdu près de 10 % de sa valeur par rapport à un panier de devises de référence l’année dernière, continue de s’affaiblir. Il prévoit également que le rendement des bons du Trésor américain à dix ans se maintiendra autour de 4 %, mais que tout dépassement dans un contexte de pentification de la courbe de rendement nécessitera une intervention des responsables monétaires pour apaiser les inquiétudes concernant la viabilité de la dette américaine.
L’histoire montre que les ingérences politiques dans les décisions d’une banque centrale peuvent entraîner une spirale inflationniste, comme ce fut le cas aux États-Unis dans les années 1970, sous la pression du président Richard Nixon sur Arthur Burns, avant la profonde récession du début des années 1980, provoquée par Paul Volcker pour reprendre le contrôle de l’inflation. Ben Bernanke, successeur de Volcker, a tiré une leçon claire de cette expérience :
« L’ingérence politique peut générer des cycles indésirables d’expansion et de récession qui, à terme, conduisent à une économie moins stable et à une inflation plus élevée. »
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