Publié le 9 octobre 2025 à 03h49. Une crise sanitaire majeure frappe la région d’Andalousie, révélant des retards et des défaillances dans le dépistage du cancer du sein pour près de 2 000 femmes. Face à ce scandale, le président de la Junta, Juanma Moreno, a annoncé la démission de sa conseillère à la Santé, Rocío Hernández.
- La démission de la ministre de la Santé, Rocío Hernández, suite à des retards et des problèmes de communication dans le programme de dépistage du cancer du sein.
- L’ampleur de la crise, touchant environ 2 000 femmes qui n’ont pas reçu les résultats de leurs mammographies dans un délai raisonnable.
- Le lancement d’un plan d’urgence par le gouvernement andalou pour remédier aux lacunes du système de dépistage.
L’affaire a éclaté fin septembre 2025, lorsque la chaîne de radio SER a révélé que près de 2 000 femmes en Andalousie attendaient depuis plus d’un an les résultats de leurs mammographies. Le Service Andalou de Santé (SAS) a initialement minimisé l’ampleur du problème, évoquant seulement “trois cas spécifiques”, avant de reconnaître l’existence de “défaillances dans la communication interne” touchant des milliers de femmes.
Les premières alertes remontaient à janvier 2024, lorsque des patientes, notamment à l’hôpital Virgen del Rocío de Séville, ont constaté des retards anormaux dans la prise de rendez-vous et un manque d’informations concernant les résultats de leurs examens. L’avocat de l’association Amama, Manuel Jiménez, a déposé une première plainte formelle auprès du SAS en février, après avoir découvert que certaines femmes n’avaient pas été informées de leurs résultats depuis plus d’un an. Au cours des mois suivants, les cas isolés se sont multipliés, incitant Amama à alerter directement l’ancienne ministre de la Santé, Catalina García, durant l’été 2024. Malgré les promesses d’une extension de la couverture du programme, aucune mesure concrète n’a été prise pour corriger les problèmes de communication.
La pression médiatique et l’indignation publique ont contraint le gouvernement andalou à réagir. Juanma Moreno a ordonné une enquête urgente et le SAS a admis l’existence de “graves déficiences” dans la coordination entre les soins primaires et le radiodiagnostic, ainsi que dans les protocoles de notification des résultats incertains. La démission de Rocío Hernández, confirmée ce mercredi 8 octobre, est perçue comme une tentative de rétablir la confiance dans le système de santé publique.
Lors d’une apparition publique, Moreno a remercié la ministre pour “son travail et son dévouement”, tout en reconnaissant que “la gestion de cette crise a été déficiente”. Il a souligné la nécessité de “rétablir la confiance dans le système de santé andalou”. Hernández avait auparavant exclu de démissionner, affirmant que ce serait “la chose facile” et que sa responsabilité était d’informer les femmes concernées et d’améliorer le programme de dépistage.
L’opposition a réagi vivement à la démission, exigeant des responsabilités politiques plus larges. Le PSOE andalou a qualifié l’affaire de “l’un des plus grands scandales sanitaires de l’histoire récente de la communauté”, tandis que Por Andalucía a demandé la création d’une commission parlementaire pour déterminer s’il y a eu dissimulation délibérée de données. Vox a, de son côté, appelé à une “restructuration complète” du ministère de la Santé.
L’annonce de la démission a suscité une vague d’indignation et de protestations à travers l’Andalousie. Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Parlement régional et dans différentes villes, scandant le slogan « Notre vie ne peut pas attendre ». Les manifestants, issus de groupes féministes et d’associations de patients, ont exigé “vérité, justice et garanties” pour éviter que de telles erreurs ne se reproduisent. Angèle Claverol, présidente d’Amama, a déclaré que les femmes continueraient à “se battre, à défendre notre santé et nos vies” et qu’elles étaient en train de préparer des actions en justice.
Pour tenter d’endiguer la crise, le gouvernement andalou a annoncé un plan d’urgence sanitaire, doté d’un investissement initial de 12 millions d’euros. Ce plan prévoit le recrutement de 119 nouveaux professionnels (radiologues, techniciens et personnel administratif) et la mise à jour complète du logiciel de gestion des rendez-vous et des résultats. Juanma Moreno a assuré que l’objectif était de “normaliser le programme avant le 30 novembre” et que toutes les femmes concernées recevront une attention prioritaire. Il s’est également engagé à publier un rapport détaillé sur l’étendue du problème et ses conséquences. Moreno doit s’expliquer devant le Parlement andalou ce jeudi sur les défaillances du dépistage du cancer du sein.
Le ministère de la Santé a demandé un rapport technique au Conseil et n’exclut pas un examen conjoint des protocoles de dépistage au niveau national. Par ailleurs, le Parquet Supérieur d’Andalousie a ouvert une enquête suite à la plainte déposée par l’association El Defensor del Paciente. Le Médiateur andalou, Jesús Maeztu, a également annoncé qu’il ouvrira une enquête d’office après les dysfonctionnements constatés.
Cette crise survient alors que le système de santé andalou a déjà connu la démission de deux conseillers à la Santé au cours de cette législature. Rocío Hernández succédait à Catalina García, qui avait elle-même remplacé Jesús Aguirre, élu président du Parlement andalou après les élections de 2022. Les trois conseillers étaient issus du secteur de la santé et ne disposaient pas de profil politique marqué : Aguirre était médecin généraliste, García infirmier et Hernández pédiatre et directrice générale du district sanitaire de soins primaires Aljarafe-Séville Nord.
