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Comment Amazon a transformé notre ère capitaliste de marché libre en l’ère du technoféodalisme | Yanis Varoufakis

Publié le 27 novembre 2025 17h25. Chaque Black Friday, les employés d'Amazon et leurs soutiens multiplient les actions à travers le monde pour dénoncer les conditions de travail et l'influence grandissante de l'entreprise. Au-delà d'un simple conflit social,…

Comment Amazon a transformé notre ère capitaliste de marché libre en l’ère du technoféodalisme | Yanis Varoufakis

Publié le 27 novembre 2025 17h25. Chaque Black Friday, les employés d’Amazon et leurs soutiens multiplient les actions à travers le monde pour dénoncer les conditions de travail et l’influence grandissante de l’entreprise. Au-delà d’un simple conflit social, ces mobilisations pointent vers une nouvelle forme de pouvoir économique, le « technoféodalisme », où Amazon se positionne comme un seigneur numérique.

  • Les grèves et manifestations se multiplient chaque année à l’occasion du Black Friday, dans plus de 30 pays.
  • Amazon, grâce à Amazon Web Services (AWS), contrôle une part importante de l’infrastructure numérique utilisée par de nombreuses entreprises et institutions.
  • Les critiques portent sur la surveillance des employés, l’extraction de données et l’influence d’Amazon dans des secteurs clés comme la finance, la santé et la défense.

Depuis six ans, le Black Friday – cette période de consommation effrénée – est devenu un moment de contestation pour les employés d’Amazon et leurs alliés. Grèves et manifestations coordonnées ont lieu chaque année dans de nombreux pays, dénonçant les conditions de travail au sein des entrepôts et l’influence croissante de l’entreprise. Mais selon certains experts, le conflit dépasse largement une simple lutte entre employeur et employés. Amazon incarnerait une nouvelle forme de pouvoir économique, le « technoféodalisme », où les plateformes numériques se comportent comme des seigneurs propriétaires, remplaçant les marchés traditionnels.

Ce nouveau modèle économique repose sur le contrôle de l’infrastructure numérique. Alors que le capitalisme classique s’appuyait sur les marchés et la concurrence, les entreprises les plus puissantes, comme Amazon, ont désormais quitté ce terrain pour posséder les outils indispensables à toute activité économique : le cloud computing, la logistique, l’extraction de données et les algorithmes. Amazon Web Services (AWS), la plateforme de cloud computing d’Amazon, est devenue une infrastructure essentielle pour de nombreuses entreprises, allant d’Uber aux banques, en passant par le secteur de la santé et l’administration publique. Une fois intégrées à AWS, les entreprises deviennent dépendantes et cèdent leurs données, créant une relation de vassalité.

En 2020, la Commission européenne avait accusé Amazon d’utiliser les données de vente d’autres vendeurs pour obtenir un avantage concurrentiel illégal sur le marché européen. Amazon fusionne ainsi logistique, infrastructure cloud, extraction de données et commande algorithmique en un système verticalement intégré. Dans ses entrepôts, cette domination technologique se traduit par une surveillance constante des employés. Des scanners portables et d’autres appareils suivent leurs mouvements, tandis que des algorithmes mesurent leur rythme de travail et surveillent leur comportement. Amazon affirme cependant que ces allégations de surveillance excessive sont « factuellement incorrectes » et que l’enregistrement des données est nécessaire pour garantir la sécurité et l’efficacité de ses opérations.

Les consommateurs sont également pris au piège de ce système. Chaque clic, chaque recherche et chaque achat sur Amazon alimentent ses algorithmes, qui prédisent nos besoins et manipulent nos désirs. En réalité, nous contribuons à l’accumulation du capital cloud d’Amazon. À chaque transaction, Amazon prélève jusqu’à 40 % du prix de vente auprès des vendeurs, une sorte de « loyer cloud ».

Les gouvernements, censés réglementer les géants comme Amazon, deviennent également dépendants de ses services. Selon The Guardian, plusieurs ministères britanniques, dont l’Intérieur, le Travail et les Retraites, le HMRC, le ministère de la Justice, le Cabinet Office et le Defra, utilisent AWS pour gérer leurs données et leurs communications.

Le capital cloud a également investi les domaines de la défense et de la surveillance. Amazon Rekognition, lancé en 2016, est utilisé par les forces de l’ordre, notamment l’ICE aux États-Unis. Palantir, une société spécialisée dans la surveillance, qui fournit des logiciels utilisés dans la lutte contre le terrorisme et la police prédictive, a un partenariat avec AWS. Amazon est également impliqué dans Project Nimbus, un contrat cloud de 2021 par lequel Amazon et Google fournissent à l’État israélien des services de cloud computing avancés, de l’intelligence artificielle et un stockage sécurisé des données.

La campagne Make Amazon Pay, qui mobilise travailleurs et citoyens chaque Black Friday, est une réponse à cette transformation. Ce qui a commencé comme une lutte pour les droits des travailleurs est devenu une coalition de syndicats, de militants pour le climat, de groupes de justice fiscale, de défenseurs des droits numériques et de réseaux de solidarité avec les migrants et la Palestine. Leurs revendications incluent des salaires décents, des lieux de travail sûrs, le droit à la négociation collective, l’action climatique, la justice fiscale, la réduction de la consommation d’eau d’Amazon, la fin de son implication dans la surveillance et les opérations militaires. En s’unissant, ils cherchent à résister à la domination technoféodale.

Aujourd’hui, la résistance au capital cloud peut s’appuyer sur ses propres outils pour se coordonner à l’échelle mondiale. Des campagnes comme Make Amazon Pay offrent un aperçu des alliances nécessaires pour affronter nos nouveaux « seigneurs du cloud ». Ce n’est qu’un début, mais un début porteur d’espoir.

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.