Publié le 27 novembre 2025 à 17h45. Une initiative diplomatique internationale vise à améliorer l’accès aux protections hygiéniques pour des millions de femmes et de filles, en s’attaquant aux obstacles fiscaux et aux normes internationales qui entravent leur disponibilité et leur abordabilité.
Des millions de jeunes filles sont contraintes d’interrompre leur scolarité chaque mois en raison de l’impossibilité pour leurs familles de s’offrir des serviettes hygiéniques ou des tampons. Face à cette réalité, une coalition de diplomates s’active pour trouver des solutions concrètes, notamment à Genève.
Lors d’une récente réunion de diplomates, l’ambassadeur de la Barbade, Matthew Wilson, a qualifié l’amélioration de l’accès aux produits d’hygiène menstruelle d’« impératif moral mondial ». Il a souligné que des enquêtes menées dans les Caraïbes révèlent qu’une jeune fille sur quatre a déjà manqué l’école à cause du manque de protections périodiques, et que plus de 30 % des foyers à faible revenu ont des difficultés à les acheter régulièrement. Cette réunion, organisée conjointement par les missions permanentes de la Barbade, du Canada et du Malawi auprès des Nations Unies, le Fonds pour l’assainissement et l’hygiène (FSA) et le Centre pour la diplomatie et l’inclusion de la santé (CeHDI), a mis en lumière l’ampleur du problème.
L’ambassadeur du Zimbabwe, Even Mlilo, a également insisté sur l’urgence de la situation en Afrique, citant une étude récente qui montre que près de 75 % des femmes et des filles n’ont pas accès à ces produits au Burkina Faso, 70 % en Éthiopie et 65 % en Ouganda.
Des codes fiscaux à revoir
L’une des premières étapes identifiées pour garantir l’accessibilité financière des protections hygiéniques consiste à obtenir un code fiscal spécifique pour ces produits. Actuellement, ils sont regroupés avec les couches jetables et d’autres articles considérés comme des produits de luxe, ce qui complique la mise en place d’allégements fiscaux, ont expliqué les participants à la réunion.
L’Organisation mondiale des douanes (OMD) attribue des codes du Système harmonisé (SH) aux marchandises, permettant de suivre leur utilisation ainsi que les taxes et tarifs appliqués. Adrian Douglas, du Fonds pour l’assainissement et l’hygiène, a précisé que « les produits menstruels n’ont pas de catégorie SH dédiée. Ils sont regroupés avec les couches, les lingettes et autres articles d’hygiène, ce qui rend même difficile de déterminer les droits de douane qui leur sont applicables, car ils ne sont pas classés spécifiquement ». L’OMD révisera la classification SH dans le cadre d’une réunion prévue l’année prochaine, et le gouvernement canadien est à l’initiative des efforts visant à obtenir un code SH pour les produits menstruels.
Des normes internationales nécessaires
Parallèlement, les diplomates cherchent à encourager l’Organisation internationale de normalisation (ISO) à établir des normes pour les produits menstruels. L’ISO pourrait ainsi contribuer à améliorer la qualité et la sécurité de ces produits. Selon Adrian Douglas, « les produits menstruels ne bénéficient pas encore d’une norme ISO, ce qui pose des problèmes d’importation, de contrôle qualité et freine l’innovation ». Il a également souligné la présence de métaux lourds dans la plupart des produits actuellement disponibles sur le marché, ajoutant que l’adoption de normes ISO est attendue d’ici 2027.
« Aujourd’hui, le marché des produits menstruels dans les seuls pays à revenu faible ou intermédiaire représente une valeur annuelle de 28 milliards de dollars (USD). Il existe donc de solides arguments pour impliquer le secteur privé et attirer des investissements supplémentaires », a-t-il ajouté.
Michelle Tjeenk Willink, PDG d’Afripads, une entreprise sociale basée en Ouganda qui fabrique et distribue des protections hygiéniques, a témoigné de l’impact positif de son entreprise, qui a touché sept millions de femmes et de filles dans 40 pays au cours des 15 dernières années. Afripads s’engage à améliorer l’accès à l’hygiène menstruelle et à réduire les absences scolaires. « Nous avons permis aux filles de récupérer plus de 20 millions de jours d’école », a déclaré Tjeenk Willink.
L’impact des tarifs d’importation
L’ambassadeur de la Barbade, Matthew Wilson, a mis en garde contre la vulnérabilité des Caraïbes face aux importations de produits d’hygiène menstruelle. « Tout changement dans la dynamique du commerce mondial, les coûts de production et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ont des conséquences immédiates et significatives sur l’accessibilité financière et l’accès à ces produits dans notre région », a-t-il déclaré. Il a souligné que l’augmentation des coûts d’importation, due aux tarifs douaniers, peut compromettre les progrès réalisés en matière de réduction de la pauvreté menstruelle.
Bien que la Barbade, le Guyana, Sainte-Lucie et Trinité-et-Tobago aient supprimé la TVA ou réduit les taxes sur les produits menstruels, cela n’a pas toujours suffi à entraîner une baisse des prix. L’ambassadeur du Guyana, Leslie Ramsammy, a précisé que « même si la TVA est supprimée dans de nombreux pays, toutes les taxes ne le sont pas. D’autres types de taxes, comme les droits d’accise, sont toujours appliquées ». La Guyane a supprimé toutes les taxes sur les produits d’hygiène féminine plus tôt cette année, mais le pays reste confronté à des droits de douane et des taxes à l’importation.
Wilson a appelé ses collègues diplomates à engager des discussions avec l’OMD, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et d’autres forums multilatéraux « pour garantir que les produits menstruels soient clairement définis, se voient attribuer des codes SH clairs, soient inclus comme des produits essentiels et soient exemptés des droits de douane croissants ». Il a insisté sur le fait que cette mesure est cruciale, non seulement pour la région des Caraïbes, mais aussi pour des millions de femmes et de filles qui ne peuvent pas se permettre de supporter le fardeau de politiques commerciales indépendantes de leur volonté.
L’ambassadrice du Malawi, Caroline Bwanali-Mussa, a reconnu que « certaines réformes fiscales à elles seules ne suffisent pas ». Le Malawi a supprimé les droits de douane et les taxes d’accise sur les serviettes hygiéniques et les coupes menstruelles en 2022, mais cela « ne s’est pas immédiatement traduit par une baisse des prix », a-t-elle constaté. Elle a plaidé pour des « systèmes commerciaux harmonisés » afin de garantir un accès digne et abordable aux produits menstruels pour tous ceux qui en ont besoin.
Bwanali-Mussa a également rappelé la résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies adoptée en 2024, qui appelle les États membres à garantir un accès universel à des produits menstruels abordables, notamment en « éliminant ou en réduisant toutes les taxes sur les produits menstruels » et en soutenant les femmes vulnérables avec des options gratuites ou abordables.
Crédits image : CeHDI.