Publié le 27 décembre 2025 à 06h02. Le système fiscal irlandais, bien que généreux en crédits d’impôt, est de plus en plus critiqué pour son déséquilibre : une part croissante des recettes fiscales repose sur un nombre limité de contribuables, tandis que la pression fiscale sur les revenus modestes reste élevée.
- Les 10 % des salariés les mieux rémunérés génèrent désormais 40 % des recettes fiscales et 60 % des contributions à l’USC (Universal Social Charge).
- Environ un tiers de la population active, soit 1,2 million de personnes, ne paie pas d’impôt sur le revenu net grâce aux crédits d’impôt.
- Le seuil de déclenchement du taux supérieur de l’impôt sur le revenu (40 %, plus l’USC et le PRSI) est relativement bas, à 44 000 € par an, inférieur au salaire médian national (59 000 €).
L’impôt sur le revenu est un sujet de discorde en Irlande. Un sentiment généralisé prévaut : soit les contribuables estiment être injustement taxés, soit ils considèrent que les plus aisés ne contribuent pas suffisamment. Cette perception est exacerbée par le poids important de la propriété dans la richesse nationale, où des revenus élevés peuvent être compensés par des dépenses de logement importantes, tandis que des revenus modestes peuvent être associés à un patrimoine immobilier conséquent.
La controverse récente autour du local à vélos du Dáil (le parlement irlandais) – un projet coûteux dont le rapport d’évaluation a révélé un manque de rapport qualité-prix – illustre ce sentiment d’injustice et le manque de confiance envers l’utilisation des fonds publics.
Contrairement à une idée reçue, le taux supérieur de l’impôt sur le revenu, à 40 %, n’est pas excessivement élevé en comparaison internationale. Combiné à l’USC et au PRSI (contribution à l’assurance sociale), il reste comparable, voire inférieur, aux taux appliqués dans d’autres pays européens. L’Autriche applique un taux maximal de 55 % uniquement sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros ; la France, 45 % au-delà de 160 336 € ; l’Allemagne, 45 % au-delà de 274 613 € ; et le Royaume-Uni (hors Écosse), 45 % au-delà de 125 140 £.
Le véritable problème réside dans le seuil bas à partir duquel le taux supérieur s’applique. Actuellement fixé à 44 000 €, il est inférieur au salaire médian national. Cela signifie que de nombreux contribuables, bien que n’étant pas des hauts revenus, sont soumis au taux le plus élevé. En tenant compte de l’USC et du PRSI, les contribuables irlandais paient des taux marginaux de 48,5 % sur les salaires supérieurs à 44 000 € et de 52 % sur ceux qui dépassent 70 000 €. Les travailleurs indépendants sont quant à eux imposés à un taux marginal de 55 % au-delà de 100 000 €.
Plusieurs rapports, accumulés au sein du ministère des Finances, soulignent ce déséquilibre. Le dernier, intitulé Vulnérabilités budgétaires – Augmentation des coûts, rétrécissement de la base, confirme que les 10 % des salariés les mieux rémunérés contribuent désormais à hauteur de 40 % des recettes fiscales et de 60 % des contributions à l’USC. À l’inverse, les 50 % des salariés les moins bien rémunérés ne génèrent que 10 % des recettes fiscales et 5 % de l’USC.
La situation est d’autant plus paradoxale qu’environ un tiers de la population active, soit 1,2 million de personnes, est exonéré d’impôt sur le revenu net grâce au système de crédits d’impôt. Tenter d’intégrer davantage ces foyers fiscaux dans le filet de l’impôt se heurterait à des difficultés, car ils sont souvent composés de personnes occupant des emplois précaires et luttant pour payer leur loyer.
Augmenter la pression fiscale sur les classes moyennes, déjà fragilisées par le seuil bas du taux supérieur et le coût de la vie élevé, est politiquement inenvisageable. De même, une taxation accrue des hauts revenus pourrait s’avérer contre-productive, dans un contexte de concurrence internationale pour attirer les contribuables fortunés. Environ 2 600 cadres étrangers bénéficient actuellement du programme irlandais d’aide aux personnes affectées (Sarp).
Le problème fondamental est que les systèmes fiscaux des pays riches peinent à financer les services publics dont ils dépendent. Les services deviennent plus coûteux, et les économies produisent de plus en plus d’emplois mal rémunérés, peu générateurs de recettes fiscales. Une solution possible, bien qu’impopulaire, serait de transférer le fardeau fiscal du travail vers la propriété. Les partisans de cette idée estiment que le travail est plus productif et bénéfique à la société que la propriété, et devrait donc être moins taxé. La Commission de la fiscalité et du bien-être avait d’ailleurs préconisé un tel changement d’orientation dans son rapport de 2022, soulignant que les impôts sur la fortune et la propriété étaient trop bas en Irlande.
En Angleterre, la taxe d’habitation moyenne s’élève à 1 770 £ (2 220 €) par an, contre un peu plus de 300 € en Irlande pour la taxe foncière locale (LPT). Les nouvelles évaluations de la LPT, qui détermineront le montant de la taxe pour les années à venir, ont été conçues pour atténuer l’impact de la hausse des prix de l’immobilier, avec des fourchettes d’évaluation plus larges et un taux d’imposition de base plus faible. Cela signifie que les propriétaires ne verront que des augmentations modestes de leur LPT, malgré la hausse de près de 30 % des prix de l’immobilier depuis 2021.
Grâce à des recettes exceptionnelles provenant de l’impôt sur les sociétés, le gouvernement irlandais peut pour l’instant se permettre de ne pas remédier à un système d’impôt sur le revenu sous-optimal et à un système d’impôt foncier peu performant. Cependant, cette situation est précaire, comme l’a souligné à plusieurs reprises le ministère des Finances et son ancien ministre Pascal Donohoe, qui ont averti que l’essor de l’impôt sur les sociétés pourrait ne pas être durable.
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