Publié le 3 janvier 2026 à 22h39. L’usine Ford de Cologne, témoin d’un siècle d’histoire automobile allemande, se réinvente face aux défis économiques et à la transition vers la mobilité électrique, tout en conservant l’esprit d’innovation qui a marqué son fondateur, Henry Ford.
- Malgré les crises économiques, les guerres et les difficultés de production, l’usine Ford de Cologne a su persévérer et s’adapter.
- L’entreprise investit massivement dans la production de véhicules électriques, notamment dans le nouveau centre de véhicules électriques de Cologne.
- Ford fait face à une concurrence accrue et à la nécessité de trouver un positionnement tarifaire adapté au marché allemand.
L’histoire de Ford en Allemagne est marquée par une résilience remarquable. Dès 1925, la Ford Motor Company s’est implantée à Berlin, avant de déménager à Cologne en 1930, en étroite collaboration avec le maire de l’époque, Konrad Adenauer. Le choix de Cologne s’est justifié par son espace disponible, ses liaisons ferroviaires et sa proximité avec la région de la Ruhr, ainsi que par la possibilité de transporter les pièces détachées à moindre coût par voie fluviale.
L’usine de Cologne-Niehl, construite sur une superficie de 170 000 mètres carrés, devait initialement produire 250 000 véhicules par an, soit trois fois la production automobile allemande totale de l’époque. Bien que cet objectif n’ait pas été immédiatement atteint, Ford s’est rapidement imposé comme l’un des principaux constructeurs automobiles du pays, notamment grâce au succès du modèle T, surnommé « Tin Lizzy », et de son successeur, le modèle A.
L’usine a traversé des périodes tumultueuses, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, où elle a produit principalement des camions pour la Wehrmacht. Les années de guerre ont laissé des traces profondes, avec une production réduite à moins de 3 000 véhicules en 1944. Après la destruction partielle de l’usine, Ford a entrepris une reconstruction complète, qui a permis de relancer la production avec des modèles emblématiques tels que l’Eifel et la Taunus.
Dans les années 1960, Ford a joué un rôle majeur dans la modernisation de l’automobile allemande, avec des modèles comme la Taunus 17M, connue pour sa forme arrondie. En 1968, l’entreprise a atteint une part de marché de 18,5 %, un sommet dans son histoire. Des modèles tels que la Capri, l’Escort, la Granada, la Fiesta, la Mondeo et la Focus ont contribué à renforcer la notoriété de la marque.
Cependant, les dernières décennies ont été marquées par des défis croissants. La concurrence de nouveaux acteurs sur le marché européen, les difficultés rencontrées avec le modèle Scorpio dans les années 1990 et la nécessité de s’adapter à la transition vers la mobilité électrique ont contraint Ford à repenser sa stratégie. La part de marché de l’entreprise est tombée à 3,3 % en octobre 2025, et le nombre d’employés a diminué, passant de 35 828 en 1978 à 11 500 aujourd’hui.
Afin de s’adapter aux nouvelles réalités du marché, Ford a investi massivement dans le Cologne Electric Vehicle Center, une usine ultramoderne dédiée à la production de véhicules électriques. Des modèles tels que l’Explorer et la Capri électrique y sont désormais fabriqués. Toutefois, le professeur Stefan Bratzel, spécialiste de l’économie automobile à l’Université des sciences appliquées de Bergisch Gladbach, souligne que la concurrence est rude et que Ford doit trouver un positionnement tarifaire adapté au marché allemand.
« Ford a été l’un des constructeurs automobiles particulièrement importants en Allemagne au cours des dernières décennies. Pendant des décennies, Ford était synonyme de voitures solides et de mobilité abordable. »
Stefan Bratzel, professeur d’économie automobile
Un partenariat avec le groupe français Renault pourrait permettre à Ford de gagner du terrain dans le domaine des véhicules électriques abordables. L’entreprise prévoit de supprimer environ 3 000 emplois en Allemagne d’ici 2027, une décision difficile mais nécessaire pour assurer sa pérennité.
En revisitant l’histoire de Ford à Cologne, de la production du modèle T à l’arrivée des véhicules électriques, on comprend que la capacité à se réinventer est la clé du succès. Fidèle à la devise de l’usine, gravée sur la pierre angulaire du bâtiment historique A : « Et toujours en avant ».
