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Comment les corps féminins sont devenus des armes politiques

by Sophie Martin

Depuis 120 ans, les hormones sont au cœur de la recherche scientifique, mais leur étude a souvent été biaisée par des agendas politiques et des préjugés patriarcaux. Des inégalités d’accès aux soins aux idéologies eugénistes, l’histoire de l’hormonologie révèle une instrumentalisation du corps féminin qui doit être remise en question.

L’histoire des hormones est intrinsèquement liée à celle de la domination masculine et de la suprématie blanche. Dès 1905, le scientifique britannique Ernest Starling a forgé le terme « hormone ». Peu après, en 1906, les œstrogènes ont été nommés à partir de racines grecques évoquant le désir ardent et la production. Cette nomenclature initiale, loin d’être neutre, préfigurait une approche qui réduisait la complexité hormonale féminine à des notions de contrôle et de reproduction.

Pendant des siècles, les femmes ont été pathologisées pour des troubles attribués à l’« hystérie », un terme dérivé du mot grec pour utérus (hystéron). Cette tendance à médicaliser et à stigmatiser le corps féminin s’est perpétuée avec le développement de la pilule contraceptive, de la fécondation in vitro (FIV) et des soins liés à la ménopause. Chaque avancée technologique a été, et continue d’être, instrumentalisée à des fins politiques.

L’exemple de Margaret Sanger, fondatrice de Planned Parenthood, est révélateur. Bien qu’elle ait milité pour l’autonomie corporelle des femmes, elle a également promu des idées eugénistes, décourageant la reproduction des communautés marginalisées, y compris les personnes noires et handicapées. Elle a même présenté ses arguments devant une branche féminine du Ku Klux Klan, en promouvant le contrôle des naissances comme un outil de contrôle démographique.

L’Église catholique a également joué un rôle dans cette instrumentalisation, interdisant la contraception hormonale peu après son développement afin de préserver ses idéaux patriarcaux et son pouvoir politique. Même les progrès en matière de soins de la ménopause ont été dénigrés, un dépliant de la Fédération des femmes médicales des années 1960 qualifiant les symptômes de « crises » et d’« hystérie », soulignant ainsi les normes de comportement et d’apparence imposées aux femmes.

Aujourd’hui, les obstacles politiques à l’accès à une information complète sur la santé hormonale persistent. Bien qu’environ 42 % des employeurs américains couvrent désormais les prestations de fertilité, y compris la FIV, près de 6 employés sur 10 restent sans couverture, exacerbant les disparités raciales en matière d’accès. Seuls 19 États imposent légalement une forme de couverture de la fertilité, laissant souvent les femmes célibataires et les couples LGBTQ+ sans recours. Le coût d’un cycle de FIV se situe en moyenne entre 9 000 et 14 000 dollars (US), un montant prohibitif pour beaucoup.

L’administration Trump avait affirmé vouloir élargir l’accès à la FIV et réduire les coûts, justifiant cette mesure par la volonté de faciliter la procréation pour les familles hétéronormatives de la classe moyenne. Parallèlement, les femmes issues de milieux socio-économiques défavorisés ont subi une surveillance accrue de l’avortement, des réductions du financement du titre X (qui couvre la contraception à faible coût, les tests de grossesse et d’autres soins de santé reproductive) et des coupes dans Medicaid, qui finance plus de 40 % des naissances aux États-Unis dans les communautés rurales et à faible revenu.

Cette dualité – élargir certaines technologies hormonales tout en limitant l’accès aux soins de reproduction – illustre la manière dont les technologies de reproduction sont devenues des pions dans les batailles politiques pour le maintien du patriarcat, de la religion et des craintes liées à la baisse des taux de natalité.

Le véritable progrès réside dans l’accès à des données et à une éducation impartiales sur la santé hormonale. Les femmes doivent pouvoir prendre des décisions éclairées concernant leur fertilité et leurs biomarqueurs hormonaux, sans stigmatisation ni contraintes financières. Il est alarmant de constater que 36 % des femmes évitent de consulter un médecin pour leur santé hormonale par crainte de ne pas être prises au sérieux.

Les professionnels de la santé doivent considérer les fluctuations hormonales non pas comme un dysfonctionnement à « réparer », mais comme des rythmes biologiques essentiels à interpréter et à soutenir tout au long de la vie reproductive d’une femme. Il est crucial de changer le discours et de déstigmatiser les termes tels que « hormones déchaînées » ou « déséquilibres hormonaux », à l’instar du terme « hystérie » qui a longtemps été utilisé pour discréditer les femmes. 57 % des femmes considèrent encore la santé hormonale comme un sujet tabou.

La mission des technologies de la santé doit être d’aider les femmes à s’informer de manière objective et fondée sur des données sur leur propre système hormonal, afin qu’elles puissent revendiquer leur autonomie et leur pouvoir.

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