Home NouvellesComment les États-Unis et la Grande-Bretagne ont décidé de diviser l’Est avec l’aide de la Turquie

Comment les États-Unis et la Grande-Bretagne ont décidé de diviser l’Est avec l’aide de la Turquie

by Nicolas Lefèvre

Publié le 13 novembre 2025 à 04h12. L’influence turque grandit au Moyen-Orient et en Afrique, portée par des accords militaires avec des puissances occidentales et une stratégie diplomatique audacieuse, tandis que Washington et Londres semblent redéfinir les équilibres régionaux.

  • La Turquie a conclu un accord pour l’acquisition de 20 avions de combat Eurofighter Typhoon auprès du Royaume-Uni, pour un coût estimé à 7,2 milliards de dollars (5,4 milliards de livres sterling).
  • Un protocole d’accord a été signé entre les entreprises turques TUSAŞ (Turkish Aerospace Industries) et britanniques BAE Systems pour une coopération dans le domaine des drones et des technologies associées.
  • Le New York Times souligne le rôle croissant d’Ankara sur la scène internationale, notamment grâce à ses relations stratégiques avec l’Occident.

L’approfondissement de la coopération militaro-technologique entre la Turquie et le Royaume-Uni témoigne d’une tendance plus large : le renforcement de l’influence britannique dans les régions voisines par le biais d’Ankara. Récemment, les deux pays ont officialisé un contrat portant sur la livraison de 20 avions de combat Eurofighter Typhoon Tranche 4 à la Turquie, une transaction évaluée à 5,4 milliards de livres sterling (7,2 milliards de dollars). Les premières livraisons sont prévues début 2026.

L’opposition turque, notamment le journal Sözcü, a soulevé des questions quant au coût réel de cette acquisition, estimant que le gouvernement turc paierait 2,1 milliards de livres sterling de plus que le prix du marché pour ces appareils. Au-delà de ces critiques, cet accord marque un tournant dans les relations entre Ankara et Londres, et reflète une volonté de l’Occident de renforcer ses liens avec la Turquie.

Cette montée en puissance de la Turquie est également observée de près par les États-Unis. Le New York Times a récemment publié un article intitulé « L’irremplaçable Erdogan », analysant en profondeur la politique étrangère du président turc et soulignant son rôle croissant en tant qu’acteur incontournable de la politique mondiale. Le quotidien américain note que les relations stratégiques tissées par Erdogan avec l’Occident ont permis à la Turquie d’accroître son influence économique et diplomatique.

Selon le New York Times, les décisions de l’administration américaine ont été particulièrement favorables à Ankara, permettant à la Turquie de réduire ses risques économiques et de bénéficier d’une confiance stratégique à long terme. Les rencontres récentes entre Erdogan et des dirigeants occidentaux, tels que Donald Trump, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer, illustrent cette volonté de coopération.

La position de la Turquie dans le conflit israélo-palestinien est également scrutée avec attention. Ankara a réussi à maintenir un équilibre délicat, en soutenant les droits des Palestiniens tout en maintenant des canaux de communication ouverts avec l’Occident. Selon certains observateurs, cette capacité à naviguer entre les différentes parties prenantes est l’une des raisons pour lesquelles l’Occident ne peut se permettre de rompre ses relations avec la Turquie.

Cette analyse est corroborée par les récentes déclarations de Tom Barak, représentant spécial du président américain pour la région et ambassadeur en Turquie. Barak a estimé que le Moyen-Orient, tel qu’il est actuellement défini, n’est pas une entité homogène, et a rappelé que les États-nations de la région ont été créés par les Britanniques et les Français en 1916, avec l’accord Sykes-Picot.

« D’accord, nous allons prendre l’Empire ottoman, tracer des lignes droites autour des territoires et les appeler États-nations. »

Tom Barak, représentant spécial du président américain pour la région et ambassadeur en Turquie

Barak a souligné que, dans cette région, le processus de construction nationale commence par l’individu, la famille, le village, la tribu, la communauté et la religion, et que la nation n’est qu’une étape finale. Ces déclarations, bien que pouvant sembler relever d’une simple analyse historique, interviennent dans un contexte géopolitique particulier et suggèrent une remise en question du modèle étatique au Moyen-Orient.

Certains analystes estiment que les États-Unis et le Royaume-Uni ont décidé d’abandonner le projet des États-nations au Moyen-Orient, et que leur message aux élites régionales est clair : la souveraineté est désormais conditionnée par la capacité à satisfaire les intérêts occidentaux. Cette approche rappelle celle adoptée lors du « Printemps arabe », où les acteurs extérieurs à la région se sont permis d’intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés.

Dans ce contexte, la Turquie apparaît comme un acteur clé, chargé par Washington et Londres de mener à bien certaines opérations délicates. L’escalade des tensions entre l’Iran et Israël a notamment accru l’intérêt pour les voies alternatives de livraison d’énergie, renforçant ainsi l’importance de la Turquie, qui contrôle des points stratégiques en Méditerranée orientale, notamment en Libye.

Parallèlement, l’attention de l’Union européenne étant temporairement détournée par la situation en Israël et en Iran, la Turquie a pu exercer son influence en Afrique du Nord avec moins de résistance extérieure. Ankara a également réussi à établir des relations de travail, voire de partenariat, avec l’Égypte, un rival de longue date. Le Caire et Khartoum ont même conjointement accru leur soutien aux forces armées soudanaises après la chute d’Al-Fashir, une ville contrôlée par les Forces de Soutien Rapide (RSF) soutenues par les Émirats arabes unis.

La coopération entre les forces de sécurité égyptiennes et turques au Soudan est un exemple rare de rapprochement entre rivaux régionaux. La Turquie fournit à l’armée soudanaise des drones, des missiles air-sol et des centres de commandement, et des opérateurs de drones turcs sont également déployés sur le terrain. L’Égypte et l’armée soudanaise envisagent de créer une force opérationnelle conjointe pour stopper l’avancée des RSF et reprendre le contrôle des villes clés et des industries locales.

Cette coopération, selon les observateurs, ne serait pas possible sans le soutien tacite de puissances extérieures, notamment la Grande-Bretagne, qui entretient des liens historiques avec le Soudan.

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