L’ascension fulgurante et l’effondrement tout aussi rapide de Beyond Meat en octobre 2025 illustrent un schéma de spéculation boursière de plus en plus fréquent : une poussée artificielle suivie d’un krach brutal. Cette flambée, qui a vu le titre s’envoler de 1265 % en cinq jours avant de chuter de 49 % en 48 heures, n’est pas un cas isolé, mais un signal d’alarme sur l’état actuel des marchés financiers.
Au cœur de ce phénomène se trouve un mécanisme bien rodé : l’accumulation d’options d’achat par des investisseurs particuliers, suivie d’achats massifs de la part des teneurs de marché pour se couvrir, puis d’une prise de bénéfices rapide par les institutions. Ce cycle, observé précédemment avec GameStop en 2021, Opendoor en juillet 2025 et une vague de cryptomonnaies spéculatives, se caractérise par une euphorie initiale, des compressions gamma, et finalement, un retournement brutal.
L’épisode de Beyond Meat a été alimenté par plusieurs facteurs convergents. Le 8 octobre, l’ajout du titre au fonds négocié en bourse (FNB) Roundhill MEME a apporté une légitimité institutionnelle et une pression d’achat automatique lors du rééquilibrage du fonds. Le même jour, des achats au détail ont atteint un record de 35 millions de dollars (environ 32 millions d’euros), le plus important volume quotidien enregistré pour ce titre. Enfin, plus de 60 % des actions disponibles à la vente étaient vendues à découvert, créant un potentiel de “short squeeze” important.
Mais au-delà de ces catalyseurs spécifiques, c’est le timing de ces mouvements qui interpelle. Des dynamiques similaires se sont manifestées simultanément sur d’autres valeurs : Krispy Kreme a bondi de 300 %, GoPro et Kohl’s ont connu une activité d’options inhabituelle, et Opendoor a enregistré plus de 2 millions de contrats d’appel en une seule journée. Cette synchronisation suggère une prise de risque généralisée en fin de cycle.
Derrière cette façade de rébellion des investisseurs particuliers se cachent des acteurs institutionnels qui tirent profit de cette volatilité. Renaissance Technologies, l’un des fonds spéculatifs quantitatifs les plus sophistiqués au monde, a discrètement acheté plus d’un million d’actions GameStop au premier trimestre 2024, avant la flambée, et a ajouté 644 000 actions supplémentaires au troisième trimestre. La société a également accumulé 8,7 millions d’actions AMC au cours de la même période.
Cette stratégie, basée sur des algorithmes, exploite les flux de vente au détail comme carburant. JPMorgan a identifié en septembre quatre titres présentant un fort intérêt de la part des investisseurs particuliers et un niveau élevé de ventes à découvert de la part des fonds spéculatifs, créant des configurations propices à des compressions contrôlées. Barclays a même recommandé une stratégie de dispersion de la volatilité, consistant à vendre la volatilité sur les actions mèmes individuelles tout en achetant la volatilité de l’indice comme couverture.
Robinhood, la plateforme de courtage en ligne populaire auprès des investisseurs particuliers, a également tiré profit de cette dynamique. La société a gagné au moins 110 millions de dollars (environ 101 millions d’euros) grâce au rallye mème de 2021, grâce au paiement du flux de commandes, qui représentait 80 % de ses revenus à l’époque.
L’essor des options à zéro jour jusqu’à l’expiration (0DTE) a également amplifié ces phénomènes. Ces contrats à très courte échéance représentent désormais plus de 60 % du volume des options, concentrant les flux de couverture sur des fenêtres temporelles très courtes. Pour les actions mèmes, les 0DTE amplifient les mouvements, permettant aux investisseurs particuliers de prendre des paris à effet de levier qui expirent le même jour, obligeant les teneurs de marché à se couvrir de manière agressive.
L’histoire des marchés financiers montre que les hausses d’actifs mèmes se concentrent généralement aux sommets des cycles. En avril 2025, les flux de capitaux de détail ont atteint 40 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros), le plus haut niveau jamais enregistré, tandis que les fonds spéculatifs et les institutions ont enregistré des sorties de capitaux record. Cette divergence est historiquement un signe avant-coureur de corrections boursières.
Par ailleurs, l’investissement passif dépasse désormais l’investissement actif pour la première fois dans l’histoire des États-Unis. Au troisième trimestre 2025, 52 % des actions et obligations américaines (15 400 milliards de dollars, soit environ 14 200 milliards d’euros) étaient gérées passivement, créant un cycle auto-renforçant où les flux passifs font monter les prix, augmentant les pondérations des indices et attirant davantage de flux passifs.
Pour les investisseurs, il est crucial de surveiller plusieurs indicateurs clés : la part des 0DTE dans le volume des options du S&P 500, les pics d’achats nets au détail, l’étendue du marché par rapport à sa concentration, les métiers de dispersion et les flux d’ETF. Ces signaux peuvent aider à anticiper un retournement du marché et à ajuster les positions en conséquence.
