Publié le 25 décembre 2025 19h28. Le secteur du cloud computing est sur le point de franchir un cap majeur, porté par l’essor de l’intelligence artificielle dite « agentique ». En 2026, le marché mondial devrait dépasser les 1 000 milliards de dollars (environ 1 500 milliards d’euros), transformant en profondeur les stratégies des géants technologiques.
- Le marché mondial du cloud computing devrait dépasser les 1 000 milliards de dollars (environ 1 500 milliards d’euros) en 2026.
- La transition vers une « IA agentique » opérationnelle à grande échelle est le principal moteur de cette croissance.
- Amazon, Microsoft et Google prévoient d’investir collectivement plus de 400 milliards de dollars (environ 375 milliards d’euros) dans les infrastructures au cours de l’année à venir.
L’année 2025 touche à sa fin et le monde financier se prépare à une étape historique dans le secteur technologique. L’intelligence artificielle, après une phase expérimentale, entre dans une ère nouvelle avec le développement de l’« IA agentique », capable d’agir de manière autonome à grande échelle. Cette évolution devrait propulser la croissance des principaux acteurs du marché, transformant la compétition pour la puissance de calcul en une course à la sophistication des écosystèmes d’entreprise.
Les implications de cette transformation sont considérables, tant pour les investisseurs que pour les entreprises. Les trois leaders du marché, Amazon, Microsoft et Google, s’apprêtent à déployer plus de 400 milliards de dollars (environ 375 milliards d’euros) en dépenses d’investissement (CapEx) au cours des prochains mois. Le marché s’éloigne de l’ère des simples « chatbots » pour entrer dans un monde où des agents d’IA gèrent de manière autonome les chaînes d’approvisionnement, développent des logiciels et interagissent avec les clients.
L’aube de l’ère agentique : une feuille de route pour 2026
Cette dynamique s’est enracinée avec la forte demande de cartes graphiques (GPU) en 2023 et 2024, mais a connu une accélération significative au cours des douze derniers mois. En 2025, l’industrie a opéré une transition majeure, passant de la formation massive de modèles d’IA à leur « inférence », c’est-à-dire leur mise en application concrète. Les analystes de Gartner et d’IDC prévoient que, dès le milieu de l’année 2026, plus de 55 % des dépenses en infrastructures dédiées à l’IA seront consacrées à l’exécution de modèles en production, plutôt qu’à leur développement initial. Ce changement est crucial : si la formation nécessite une puissance de calcul concentrée, l’inférence exige un réseau cloud mondial, distribué et performant – une spécialité des principaux fournisseurs de services cloud.
Les acteurs clés, notamment les investisseurs institutionnels et les directeurs des systèmes d’information (DSI) des entreprises du Fortune 500, considèrent l’« IA agentique » comme le principal moteur de croissance pour 2026. Contrairement à l’IA générative des années précédentes, qui nécessitait une intervention humaine constante, 2026 est perçue comme l’année des protocoles « Agent à Agent » (A2A). Dans ce nouveau paradigme, des agents d’IA spécialisés communiquent entre les différents services d’une entreprise pour exécuter des tâches complexes. Les données du marché indiquent que près de 78 % des entreprises du Fortune 500 devraient déployer des agents actifs d’ici la fin de 2026, contre moins de 20 % au début de 2025.
Les premières réactions du marché à ces prévisions sont très positives concernant les infrastructures. Malgré les inquiétudes concernant un éventuel ralentissement des investissements, les retards massifs signalés par les fournisseurs de cloud (jusqu’à 80 milliards de dollars pour Google Cloud seul) témoignent d’une demande soutenue, voire en accélération. L’industrie ne se contente plus de vendre du « stockage et de la puissance de calcul », mais propose désormais le « système nerveux numérique » de l’entreprise moderne.
Gagnants et perdants : la nouvelle hiérarchie du cloud
Dans ce contexte concurrentiel, Amazon.com Inc. (NASDAQ : AMZN) est bien positionnée pour retrouver sa position dominante grâce à son initiative « AgentCore » au sein d’AWS. En s’appuyant sur ses puces exclusives Trainium et Inferentia, Amazon devrait proposer l’inférence la moins coûteuse du marché, un avantage déterminant pour les entreprises qui cherchent à déployer simultanément des milliers d’agents d’IA. Les analystes prévoient que le chiffre d’affaires d’AWS pourrait atteindre 150 milliards de dollars (environ 140 milliards d’euros) en 2026, soutenu par sa plateforme « Bedrock », devenue un choix privilégié pour les entreprises hésitant à s’engager auprès d’un seul fournisseur.
Microsoft Corp. (NASDAQ : MSFT) reste un acteur incontournable, avec Azure qui devrait dépasser les 100 milliards de dollars (environ 93 milliards d’euros) de chiffre d’affaires pour la première fois en 2026. La stratégie de Microsoft repose sur la transformation de son vaste parc installé Microsoft 365 en « collaborateurs agents ». Le lancement prévu des outils avancés « Agentic Cloud Ops » permettra à Azure de gérer efficacement ses propres migrations et dépannages de centres de données, améliorant ainsi ses marges. Cependant, le partenariat de plusieurs milliards de dollars entre Microsoft et OpenAI fait l’objet d’un suivi attentif, les investisseurs cherchant des preuves tangibles du « retour sur investissement » (ROI) au-delà des simples licences.
Alphabet Inc. (NASDAQ : GOOGL) est considérée par de nombreux analystes comme le « cheval noir » qui pourrait enregistrer la plus forte croissance en 2026. Vertex AI Agent Builder de Google Cloud a simplifié la création d’« agents citoyens », permettant aux employés non techniques de concevoir des flux de travail autonomes. Avec une croissance nette du carnet de commandes supérieure à celle de ses concurrents fin 2025, Google capitalise sur son infrastructure « native de Gemini » pour remporter des contrats d’entreprise de grande envergure nécessitant une intégration approfondie avec la recherche et l’analyse de données.
À l’inverse, les entreprises de logiciels en tant que service (SaaS) qui n’auront pas su s’adapter aux modèles agentiques, ainsi que les « néo-clouds » comme CoreWeave, qui pourraient avoir du mal à faire face aux contraintes liées aux puces Blackwell, risquent d’être les « perdants » de 2026. Bien que NVIDIA Corp. (NASDAQ : NVDA) reste un fournisseur de matériel essentiel, les clouds spécialisés en IA sont confrontés à des risques existentiels s’ils ne parviennent pas à sécuriser des volumes de puces de nouvelle génération comparables à ceux des « Trois Grands ». De plus, les fabricants de matériel traditionnels comme Dell Technologies Inc. (Bourse de New York : DELL) et Hewlett Packard Enterprise Co. (NYSE : HPE) sont confrontés à un avenir incertain : si leurs divisions de serveurs optimisés pour l’IA connaissent un essor, leur matériel à usage général voit sa demande diminuer rapidement à mesure que les budgets sont alloués aux initiatives d’IA.
Importance plus large : souveraineté, réglementation et réseau électrique
Les perspectives pour 2026 ne se limitent pas aux bénéfices des entreprises ; elles soulèvent également des questions de « souveraineté numérique ». Une tendance majeure pour l’année à venir est l’essor du « cloud souverain ». Poussées par l’entrée en vigueur de la loi européenne sur l’IA le 2 août 2026, les nations et les blocs régionaux exigent que les charges de travail liées à l’IA restent à l’intérieur de leurs frontières. Cela a contraint les principaux acteurs à construire des versions « localisées » de leurs clouds. Ce contexte réglementaire favorise en réalité les géants, seules les entreprises disposant des capitaux d’un Microsoft ou d’un Amazon pouvant assumer les coûts massifs de conformité et d’audit exigés par les nouvelles lois européennes.
Par ailleurs, le paysage cloud de 2026 est remodelé par la question de l’énergie. La consommation énergétique des centres de données devrait doubler d’ici 2026 par rapport aux niveaux de 2023. Cela a fait de l’approvisionnement énergétique un enjeu stratégique. Les gagnants de 2026 seront ceux qui auront sécurisé des contrats à long terme dans le domaine nucléaire ou des énergies renouvelables en 2024 et 2025. Nous assistons à un phénomène comparable à celui qui a marqué le début de la révolution industrielle, où la proximité des sources d’énergie (charbon et eau à l’époque, réseau électrique aujourd’hui) déterminait le succès d’un empire industriel.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large : l’« IA » n’est plus une catégorie distincte, mais le système d’exploitation fondamental de tous les services cloud. Les retombées se feront sentir dans l’industrie des semi-conducteurs, où la course aux « puces d’inférence » économes en énergie pourrait créer une nouvelle catégorie de gagnants au-delà des fabricants de GPU traditionnels.
La suite : la route vers 2027 et au-delà
Au-delà de 2026, le marché devrait connaître un pivot stratégique vers l’« IA embarquée » (Edge AI). Alors que le cloud central deviendra de plus en plus encombré et énergivore, les principaux fournisseurs vont déployer les capacités d’IA directement sur les appareils : voitures, capteurs d’usine, smartphones. Cela nécessitera une adaptation massive des architectures cloud actuelles pour gérer « l’apprentissage fédéré », où les modèles sont mis à jour localement sans renvoyer de données brutes au serveur central.
À court terme, le principal défi sera le « risque d’exécution » de ces projets d’investissement massifs. Si les gains de productivité attendus grâce à l’IA agentique ne se traduisent pas dans les bilans des entreprises d’ici la fin de 2026, le marché pourrait subir une correction significative. Cependant, le scénario à long terme reste favorable : à mesure que les agents d’IA deviendront l’interface principale des logiciels, les fournisseurs de cloud détenant le « registre des agents » détiendront les clés de l’économie mondiale.
Des changements stratégiques seront également nécessaires dans le domaine de la cybersécurité. À mesure que les agents d’IA acquerront le pouvoir de déplacer des fonds et de signer des contrats, « l’identité » d’un agent deviendra aussi importante que l’identité humaine. Nous nous attendons à ce que les géants du cloud lancent des suites « d’identité et de gouvernance des agents » fin 2026, créant ainsi un nouveau sous-secteur du marché du cloud.
Résumé et perspectives pour les investisseurs
Les perspectives du cloud computing pour 2026 sont vastes et de plus en plus complexes. La transition vers un marché de 1 000 milliards de dollars (environ 1 500 milliards d’euros) est alimentée par « l’ère de l’agentic », où l’IA passe d’un outil de conversation à un outil d’exécution. Amazon.com Inc. (NASDAQ : AMZN), Microsoft Corp. (NASDAQ : MSFT) et Alphabet Inc. (NASDAQ : GOOGL) sont clairement en tête, mais leur succès dépendra de leur capacité à surmonter les contraintes physiques liées à l’énergie et les obstacles réglementaires tels que la loi européenne sur l’IA.
Pour les investisseurs, les mois à venir seront marqués par la recherche de « visibilité sur la monétisation ». Surveillez les mises à jour concernant les marges « d’inférence en tant que service » et les taux d’adoption de plateformes d’agents comme AWS AgentCore ou Vertex AI de Google. L’ère de l’achat d’actions technologiques en fonction du « potentiel » touche à sa fin ; 2026 sera l’année des « résultats nets de l’IA ».
L’impact durable de ce changement ne peut être surestimé. D’ici la fin de 2026, le cloud ne sera plus un simple lieu de stockage de données ; ce sera un lieu où le travail sera effectué de manière autonome. Pour les entreprises publiques qui mènent cette transformation, les enjeux – et les récompenses potentielles – n’ont jamais été aussi élevés.
Ce contenu est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil financier.
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