Publié le 8 novembre 2025 à 12h42. Une association bâloise révèle comment les sociétés immobilières et les grandes banques prennent de plus en plus de contrôle sur le marché du logement, exacerbant la pénurie et entraînant des conséquences sociales inquiétantes.
- L’association « Ville pour Tous » met en lumière l’influence croissante des investisseurs immobiliers à Bâle.
- Les grandes banques et assurances détiennent près d’un appartement sur trois dans la ville.
- Des données révèlent des licenciements massifs liés à des rachats immobiliers.
À Bâle, le paysage immobilier est en pleine mutation. L’association « Ville pour Tous » tire la sonnette d’alarme, dénonçant la concentration du pouvoir entre les mains d’investisseurs et d’institutions financières. Des quartiers autrefois habités par des artisans et des employés se transforment, leurs logements étant acquis par des sociétés immobilières et des banques, souvent au détriment des habitants.
L’association a mené une enquête approfondie sur la propriété foncière à Bâle, exploitant les données publiques disponibles – une particularité de quatre cantons suisses, dont Bâle-Ville. Malgré une limitation à dix requêtes par jour, l’équipe de bénévoles a patiemment constitué une base de données révélatrice. « Nous pouvons montrer des tendances qui sont souvent ressenties mais qui ne peuvent être prouvées », explique Sabrina, urbaniste et membre de l’association, lors d’une visite au sein de leurs bureaux, situés près du nouveau superbloc du parc Matthäus.
Les chiffres sont éloquents : entre 2014 et 2024, le Crédit Suisse et l’UBS ont annulé un total de 61 baux dans le quartier Matthäus. L’association met également en évidence le rôle de sociétés moins connues, comme « Varioserv », dont les frères Alexander et Thomas Götz sont propriétaires de 602 appartements à Bâle, soit un appartement sur dix à Klybeck. « Ce réseau d’entreprise non transparent m’a choquée », confie Sabrina. Les frères Götz ont justifié certains de ces délogements par des travaux de désamiantage et la mise en conformité avec les réglementations sismiques, selon le Basler Zeitung.
L’association diffuse des affiches dans les quartiers de Bâle, cartographiant la structure de la propriété immobilière. Ces affiches, fruit d’un travail de longue haleine, visent à sensibiliser les habitants à l’évolution du marché du logement. « Nous faisons tout cela sur une base bénévole. C’est beaucoup de travail, mais nous sommes passionnés », témoigne Sabrina. L’objectif est de contrer la précarité résidentielle et de promouvoir une politique urbaine plus démocratique.
« Il est inquiétant de constater que de nombreuses entreprises se concentrent presque exclusivement sur la maximisation des profits. »
Sabrina, urbaniste et membre de l’association « Ville pour Tous »
Plus de 80 % des habitants de Bâle sont locataires, ce qui rend la question du logement particulièrement cruciale. L’association souligne que la protection du logement bâloise, bien que fonctionnelle, présente des lacunes, notamment lors de la conversion d’espaces commerciaux en logements. Elle rappelle que le nombre de demandes de construction n’a pas diminué depuis l’introduction de cette protection, contredisant les arguments de ses détracteurs.
Au-delà de la collecte de données, « Ville pour Tous » organise des visites guidées, des stands d’information et des conférences pour sensibiliser le public. « C’est à ce moment-là que les gens réalisent : tout cela se passe dans ma ville », conclut Sabrina. L’association, malgré des ressources limitées, entend poursuivre sa mission de transparence et de défense d’un droit au logement accessible à tous.

