Les tensions s’exacerbent au Yémen avec une escalade des frappes aériennes saoudiennes contre des positions séparatistes dans le sud du pays, après l’annonce par ces derniers de la création d’un État indépendant. Cette intervention directe de l’Arabie saoudite intervient dans un contexte de fragilisation des relations avec les Émirats arabes unis, qui soutiennent les séparatistes.
Selon des sources séparatistes, plus de 100 frappes aériennes saoudiennes ont visé plusieurs sites dans le gouvernorat de Hadramaout au cours des dernières 24 heures, causant des pertes humaines et matérielles. Parmi les cibles, le camp de la brigade Barshid, situé à l’ouest de Mukalla, une ville portuaire stratégique. Un responsable du Conseil de transition du Sud (STC) a fait état de ces frappes, sous couvert d’anonymat.
Le colonel Ahmed Baqatyan, commandant militaire de la Confédération des tribus de l’Hadramaout, a justifié ces bombardements, expliquant qu’ils visaient à empêcher les forces du STC de se regrouper et de reprendre le contrôle de Mukalla, une ville importante pour l’accès à Aden, autre ville portuaire du sud du pays.
Parallèlement, le ministère yéménite des Transports, allié au STC, a condamné les frappes aériennes saoudiennes menées la veille, dénonçant une menace pour l’aéroport international de Seiyun et son fonctionnement.
Cette escalade intervient après que le STC a annoncé la création d’une constitution pour un État indépendant dans le sud du Yémen et s’est emparé de régions riches en pétrole dans les gouvernorats de Hadramaout et de Mahra le mois dernier, forçant à l’exil les forces du Bouclier national, soutenues par l’Arabie saoudite.
Face à la pression saoudienne et à un ultimatum des forces anti-houthistes, les Émirats arabes unis ont annoncé samedi matin le retrait complet de leurs troupes du Yémen. Cette décision marque un tournant dans le conflit et témoigne des tensions croissantes entre Riyad et Abou Dhabi.
L’Arabie saoudite a annoncé son intention d’organiser une conférence à Riyad pour réunir toutes les factions du sud du Yémen et discuter de solutions à la crise. Cette initiative fait suite à une demande de dialogue formulée par Rashad al-Alimi, chef du Conseil présidentiel yéménite, l’organe dirigeant du gouvernement internationalement reconnu.
Les affrontements se sont également intensifiés entre les forces du Bouclier national et les forces du sud dans l’Hadramaout, faisant au moins huit morts vendredi, selon un responsable des secours.
Selon Hilal Khashan, professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Beyrouth, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis avaient des objectifs différents en lançant leur intervention militaire contre les houthistes il y a dix ans. Les Saoudiens cherchaient à contrôler les montagnes de Saada, tandis que les Émirats arabes unis convoitaient Aden, une porte d’entrée stratégique vers la mer Rouge. La prise de zones frontalières du royaume par le STC, soutenu par les Émirats, a constitué une « ligne rouge » pour l’Arabie saoudite, qui se sentait alors encerclée par les houthistes au nord et les Émirats au sud.
Le Yémen est plongé dans une guerre civile depuis plus d’une décennie, opposant les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, au gouvernement internationalement reconnu, soutenu par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Les Émirats arabes unis, membre de cette coalition, soutiennent également les séparatistes du sud.
