Publié le 11 janvier 2026 à 13h00. Les constructeurs automobiles semblent vouloir reprendre le contrôle de l’expérience embarquée, menaçant l’avenir d’Android Auto et Apple CarPlay, initialement perçus comme des solutions révolutionnaires pour l’infodivertissement.
- Plusieurs constructeurs automobiles majeurs, dont Land Rover, Mercedes-Benz et BMW, ont abandonné le développement de l’Apple CarPlay Ultra.
- General Motors prévoit de supprimer Android Auto et Apple CarPlay de ses véhicules les plus récents, au profit de son propre système basé sur l’IA Gemini.
- Un consortium de constructeurs allemands travaille sur une alternative open source, baptisée S-Core, pour réduire la dépendance aux systèmes de Google et d’Apple.
Pour beaucoup d’automobilistes, l’arrivée d’Android Auto et d’Apple CarPlay a représenté une avancée significative. Témoignage : « J’ai une Volkswagen Polo de 10 ans, avec un écran limité à la radio et à Spotify. Pour utiliser un GPS, je suis obligé de fixer mon téléphone sur le tableau de bord. Je suis donc très enthousiaste lorsque je conduis le Kona de mon partenaire, qui dispose d’un écran plus grand permettant de naviguer sur le web, de regarder des vidéos ou même de jouer à des jeux. »
Cependant, cette situation pourrait bien changer. L’été dernier, Apple avait promis un déploiement ambitieux de son nouveau CarPlay Ultra, mais a essuyé un refus de la part de nombreux constructeurs. Seuls Aston Martin et Porsche semblent encore intéressés par cette technologie. Land Rover, Mercedes-Benz, Nissan, Ford, Lincoln, Audi, Jaguar, Acura, Volvo, Honda, Renault, Infinity et Polestar ont tous fait marche arrière.
La décision de General Motors d’abandonner Android Auto et Apple CarPlay, expliquée dans un podcast de The Verge, marque un tournant. Le constructeur américain souhaite intégrer son propre système d’infodivertissement, alimenté par l’intelligence artificielle Gemini de Google. Parallèlement, BMW, Mercedes-Benz et Volkswagen se sont associés pour créer une alternative open source, baptisée Safety Core (S-Core), une infrastructure de base permettant à chaque constructeur de personnaliser son propre système.
Ce revirement stratégique est motivé par un désir de contrôle. Si Android Auto et Apple CarPlay sont faciles à intégrer et offrent une expérience utilisateur unifiée, les constructeurs automobiles souhaitent récupérer les données générées par les véhicules et développer de nouvelles sources de revenus. Apple collecte notamment des informations sur la position géographique, la vitesse, les itinéraires et les applications utilisées par les conducteurs.
Cette collecte de données ouvre la voie à de nouveaux modèles économiques basés sur les abonnements. Volkswagen propose déjà des abonnements pour débloquer toute la puissance de ses véhicules, BMW a expérimenté des abonnements pour les sièges chauffants (avant de revenir en arrière) et Mercedes-Benz propose des améliorations de performances payantes. Polestar offre également des packs de performances sous forme d’abonnement. L’accès à des données détaillées sur les habitudes d’utilisation permettrait aux constructeurs de proposer des services personnalisés sous forme d’abonnement.
La mise en œuvre de ces nouveaux systèmes ne sera pas sans difficultés. General Motors prévoit un déploiement progressif sur plusieurs années, sans abandonner complètement Google dans un premier temps. L’utilisation d’une version modifiée d’Android pourrait également être envisagée. La voie choisie par les constructeurs allemands, avec le développement de S-Core, semble plus viable, et leur calendrier de déploiement est déjà disponible sur GitHub.
L’un des principaux atouts d’Android Auto est la richesse de son écosystème d’applications. Remplacer Google Maps, Waze ou Spotify représenterait un recul majeur. Les constructeurs devront donc convaincre les développeurs d’applications de porter leurs services sur leurs nouveaux systèmes et assurer des mises à jour régulières.
En fin de compte, l’avenir de l’infodivertissement automobile dépendra de l’expérience utilisateur. Les automobilistes ne sont pas prêts à accepter un système moins performant ou plus coûteux qu’Android Auto ou Apple CarPlay. Le risque pour les constructeurs est de proposer une expérience décevante, surtout sur les véhicules haut de gamme, et de devoir facturer des abonnements pour des fonctionnalités qui étaient auparavant gratuites. Le vent du changement souffle sur les pare-brise, et l’issue de cette bataille pour le contrôle de l’expérience embarquée reste incertaine.
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