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De quel pays Mohamed Ali Nafti est-il ministre ?

L'affirmation selon laquelle la Tunisie serait un modèle en matière de droits de l'homme a suscité l'indignation, notamment après des déclarations faites devant la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples à Banjul. Cette prise de…

De quel pays Mohamed Ali Nafti est-il ministre ?

L’affirmation selon laquelle la Tunisie serait un modèle en matière de droits de l’homme a suscité l’indignation, notamment après des déclarations faites devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à Banjul. Cette prise de position, déconnectée de la réalité sur le terrain, illustre un déni grandissant de la part du gouvernement tunisien.

Lors de la 85e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a déclaré que « la désignation par Son Excellence Monsieur le Président de la République, Kaïs Saïed, pour diriger la délégation tunisienne, traduit l’importance particulière que l’État tunisien accorde aux droits de l’Homme dans toutes leurs dimensions, ainsi que son engagement total et constant à les promouvoir, tant sur le plan législatif que dans la pratique. » Une déclaration qui contraste fortement avec les rapports d’organisations nationales et internationales.

Un paradoxe flagrant est apparu dès la forme : M. Nafti, officiellement à Banjul pour présider la délégation tunisienne, était en réalité à Tunis, où il participait à une rencontre à l’Académie diplomatique à l’occasion du 80e anniversaire des Nations unies. Son allocution devant la Commission africaine a donc été prononcée à distance, un détail omis dans le communiqué du ministère.

Cette affirmation intervient alors que la Tunisie est régulièrement pointée du doigt pour ses violations des droits fondamentaux. Des prisonniers politiques, accusés de terrorisme pour s’être opposés au pouvoir en place, sont incarcérés. La justice est soumise à des pressions, le Conseil supérieur de la magistrature a été dissous, et des dizaines de journalistes sont poursuivis, dont cinq sont détenus depuis des années. Parallèlement, de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) sont également la cible de poursuites et de suspensions, comme l’Association tunisienne des femmes démocrates, suspendue en même temps que le discours du ministre.

Les élections récentes, marquées par un taux d’abstention record, soulèvent également des questions quant au respect des libertés démocratiques. La situation environnementale, illustrée par la manifestation massive à Gabès – la ville la plus polluée du pays – rassemblant près de 45 000 personnes, met en lumière un autre aspect négligé par le gouvernement.

Des organisations telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch (HRW), Reporters sans frontières (RSF), ainsi que des ONG tunisiennes comme le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH) et l’Association tunisienne pour la défense des libertés (ATFD), dénoncent régulièrement la détérioration de la situation des droits de l’homme en Tunisie. La Cour africaine des droits de l’homme a également épinglé la Tunisie à plusieurs reprises sur ce dossier.

Ce déni, selon les observateurs, ne sert que les intérêts du président Kaïs Saïed. Il renvoie une image négative de la Tunisie et de sa représentation diplomatique. Le régime semble incapable de distinguer sa communication de la réalité, s’enfonçant dans un isolement croissant. Le silence imposé ne fait qu’alimenter le mécontentement et pourrait, à terme, conduire à des remises en question profondes.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.