Publié le 24 octobre 2025 à 13h30. La découverte d’un manuscrit inédit de Virginia Woolf, écrit à l’âge de 25 ans, révèle une facette insoupçonnée de l’écrivaine britannique : un humour pétillant et une sensibilité féministe précoce, loin de l’image mélancolique qui lui est souvent associée.
Plus de quatre-vingts ans après sa mort, l’œuvre de Virginia Woolf continue de fasciner les lecteurs du monde entier. Ses romans, tels que Mrs. Dalloway ou Au phare, et son essai fondateur Une chambre à soi, restent des références incontournables de la littérature. Mais un texte récemment mis au jour, intitulé « La vie de Violette », offre un éclairage nouveau sur les débuts de l’auteure et sur son processus créatif.
Écrit en 1907, soit près de dix ans avant la publication de son premier roman, ce manuscrit était resté oublié dans les archives d’un ami et mentor de Woolf. Il témoigne d’une Virginia Woolf encore en quête de son style, mais déjà dotée d’une imagination débordante et d’une plume singulière.
Un hommage à une amitié inspirante
« La vie de Violette » est une fiction inspirée de Violet Mary Dickinson, une amie proche de Woolf qui l’a initiée aux cercles littéraires londoniens. Femme célibataire et anticonformiste, Dickinson incarnait une certaine liberté de pensée et d’action qui fascinait l’écrivaine. Le texte est un hommage affectueux à cette amitié, une célébration de la singularité et du courage.
Violet Mary Dickinson (à gauche) et Virginia Woolf en 1902.
Archives de photos historiques Imago/Granger
Dans ce récit, Violet est dépeinte comme une géante bienveillante, capable de répandre la joie et la bonne humeur autour d’elle. Un biographe imaginaire relate son influence positive sur son entourage, sa maison de campagne idyllique et son aura magique. Woolf semble avoir voulu rendre hommage à une femme qui l’a encouragée à s’affirmer et à explorer son potentiel créatif.
« Moi aussi, j’ai un feu en moi. » « Moi aussi, je chante une chanson délicieuse. » et « Mon Dieu, je sais écrire ! » telles étaient les étincelles qui jaillirent de la duchesse et de la femme de chambre lorsque Violet les frappa. »
Virginia Woolf, « La vie de Violette »
Un humour inattendu
Urmila Seshagiri, professeure de littérature à l’Université du Tennessee et spécialiste de Virginia Woolf, souligne l’originalité de ce texte. Elle explique que « La vie de Violette » se distingue par son humour et son langage poétique, des éléments qui ne sont pas aussi présents dans les œuvres plus matures de l’écrivaine.
Aiguisée et intelligente : Virginia Woolf vient seulement de le prouver avec « La vie de violette ». Il s’agit en fait de sa première œuvre chronologiquement.
Imago/Album
Cependant, les préoccupations féministes qui traversent l’œuvre de Woolf sont déjà présentes dans ce texte. Elles seront plus explicitement développées dans son essai « Une chambre à soi » (1929), où elle affirme la nécessité pour les femmes d’avoir des ressources financières et un espace personnel pour pouvoir écrire.
Il apparaît ainsi que cette idée était déjà au cœur des réflexions de la jeune Virginia Woolf, plus de vingt ans avant la publication de son essai. On peut donc supposer qu’elle était consciente des obstacles auxquels les femmes étaient confrontées dans le domaine littéraire.
Une découverte fortuite
La professeure Urmila Seshagiri est tombée sur ce manuscrit par hasard, lors de recherches sur les archives de Violet Mary Dickinson. Jusqu’alors, les chercheurs ne connaissaient qu’une version préliminaire de ce texte, qu’ils considéraient comme un simple exercice de style pour Woolf.
À la recherche des mémoires que Violet Dickinson avait écrites sur Woolf, Seshagiri s’était rendu à Longleat House dans le Wiltshire, en Angleterre. Des parties du domaine de Dickinson sont conservées ici. Le professeur a fait une double découverte : elle a découvert à la fois les mémoires de Dickinson et le texte jusqu’alors inconnu de Woolf.
Imago/Dépôtphotos
Ce qui surprend Urmila Seshagiri, c’est le soin que Woolf a apporté à la relecture et à la mise en page de ce manuscrit, témoignant de l’importance qu’elle lui accordait. Cette découverte permet de mieux comprendre les débuts de l’écrivaine et de nuancer l’image que l’on a d’elle.
« La vie de Violette » est une invitation à redécouvrir Virginia Woolf sous un jour nouveau, à apprécier son humour et sa finesse d’observation, et à saluer son engagement féministe.
Radio SRF 2 Culture, Actualités Culturelles, 22 octobre 2025, 17h10
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