La mise en œuvre des nouvelles exigences de travail pour bénéficier de Medicaid, votées par le Congrès américain, s’annonce complexe et coûteuse pour les États, qui craignent des pertes de couverture pour des millions de personnes. Une enquête récente révèle les difficultés majeures que rencontrent les administrations publiques pour adapter leurs systèmes et informer les bénéficiaires.
Selon une étude menée par KFF et Health Management Associates (HMA), en collaboration avec la National Association of Medicaid Members (NAMD), 42 États sur 50 se préparent déjà à ces changements, qui entreront en vigueur le 1er janvier 2027. L’enquête, réalisée à l’été 2025, souligne que les États anticipent des défis considérables, notamment en matière de systèmes informatiques et de gestion des données.
Le principal obstacle identifié est la nécessité de modifier en profondeur les systèmes d’éligibilité pour vérifier le respect des exigences de travail, d’études ou d’autres activités admissibles. Les États doivent également déterminer qui est éligible aux exemptions obligatoires ou facultatives. Plusieurs responsables craignent que les délais soient trop courts pour mener à bien ces transformations, d’autant plus que les directives fédérales définitives ne devraient être publiées que début juin 2026, laissant peu de temps pour la sensibilisation du public.
« Nous devons agir rapidement sur les changements clés des systèmes et les décisions politiques avant que des orientations fédérales claires ne soient disponibles », a déclaré un responsable d’un État, qui a souhaité rester anonyme. Cette précipitation augmente le risque d’erreurs et de pertes de couverture, selon plusieurs témoignages.
Outre les modifications des systèmes informatiques, les États s’inquiètent de la charge de travail supplémentaire pour le personnel, qui devra gérer les vérifications, les appels et la communication avec les bénéficiaires. La formation du personnel, notamment sur les nouvelles règles et les critères d’exemption, est également une priorité. Certains États, déjà engagés dans des projets de modernisation de leurs systèmes, craignent que ces nouvelles exigences ne viennent compliquer davantage la situation.
Les coûts de mise en œuvre sont également une source de préoccupation. Bien que le gouvernement fédéral prévoie un financement de 200 millions de dollars (environ 185 millions d’euros) pour aider les États, plusieurs responsables estiment que cela ne suffira pas à couvrir l’ensemble des dépenses liées aux changements de systèmes, à l’embauche de personnel supplémentaire et à la sensibilisation du public. Des sanctions financières potentielles pour des taux d’erreur élevés dans les programmes Medicaid et SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) pourraient également peser sur les budgets des États.
Enfin, plusieurs États ont exprimé leur inquiétude quant à la confusion possible parmi les bénéficiaires et à une éventuelle perte de couverture, en particulier pour les personnes vivant dans les zones rurales ayant un accès limité à Internet ou celles dont les emplois sont précaires. Ils prévoient d’étudier les moyens de minimiser ces risques, mais soulignent l’importance d’orientations fédérales claires et précises.
Le Congressional Budget Office (CBO) estime que ces nouvelles exigences pourraient entraîner une réduction des dépenses fédérales de Medicaid de 326 milliards de dollars (environ 300 milliards d’euros) sur dix ans, mais aussi priver 5,3 millions de personnes de leur couverture d’assurance maladie.
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