Home MondeDes centaines de pistes de ski sont abandonnées… la nature va-t-elle reconquérir les Alpes ?

Des centaines de pistes de ski sont abandonnées… la nature va-t-elle reconquérir les Alpes ?

by Clara Dubois

Publié le 26 janvier 2024 14:35:00. Dans les Alpes du Sud, la station de ski de Céüze 2000, fermée depuis six ans, symbolise un phénomène croissant : celui des « stations fantômes » françaises, victimes du réchauffement climatique et de la raréfaction des neiges.

  • Plus de 186 stations de ski ont définitivement fermé en France, soulevant des questions sur l’avenir des montagnes et la gestion de ces infrastructures abandonnées.
  • Le démantèlement de Céüze, débuté en 2025, est un cas rare où l’on privilégie la restauration écologique des lieux, laissant la nature reprendre ses droits.
  • La corrosion des structures métalliques, notamment celles datant de la Seconde Guerre mondiale, pose un problème de pollution des sols et des eaux, nécessitant une intervention rapide.

Six ans après sa fermeture, la station de Céüze 2000 conserve les stigmates d’un arrêt brutal. Des cartes de pistes empilées à côté d’une agrafeuse, un emploi du temps épinglé au mur, un journal daté du 8 mars 2018 ouvert à mi-chemin… autant de témoignages silencieux d’une vie suspendue. Cette station, ouverte depuis 85 ans et l’une des plus anciennes de France, est désormais l’une des nombreuses « stations fantômes » qui parsèment le paysage alpin.

Au total, 113 remontées mécaniques, représentant près de 63 kilomètres de structures, sont aujourd’hui à l’abandon sur le territoire français, dont près des trois quarts se situent dans des zones protégées. L’association Mountain Wilderness estime même qu’il existe plus de 3 000 structures abandonnées dans les montagnes françaises, allant des vestiges des installations de ski aux déchets militaires, industriels et forestiers (vieux câbles, fil barbelé, machines…). Ces infrastructures, en se dégradant, polluent les sols et les cours d’eau, et modifient la composition des espèces végétales environnantes.

À Céüze, les chutes de neige sont devenues aléatoires dès les années 1990. Pour rester viable financièrement, la station devait être ouverte au moins trois mois par an. Lors de l’hiver dernier, elle n’a pu accueillir les skieurs qu’un mois et demi, et n’a pas fonctionné du tout les deux années précédentes. Le coût de l’ouverture de la station, estimé à 450 000 € par saison, est devenu insoutenable pour la collectivité locale.

« Il nous coûtait plus cher de la garder ouverte que de la fermer », explique Michel Ricou-Charles, président du conseil communautaire du Buëch‑Dévoluy, qui supervise le site. L’utilisation de neige artificielle a été envisagée, mais jugée trop coûteuse et inefficace à long terme. La décision de fermer a été prise pour éviter une spirale d’endettement.

Le début du démantèlement de Céüze a débuté le 4 novembre 2025, un mois avant le début de la saison de ski. Les remontées mécaniques ont été évacuées par hélicoptère afin de minimiser l’impact environnemental. Ce processus, bien que coûteux (123 000 € pour Céüze), est rendu obligatoire par la loi française pour les remontées mécaniques construites après 2017. La plupart des infrastructures plus anciennes, dont la durée de vie est estimée à 30 ans, ne seront donc concernées qu’à partir de 2047, laissant présager une prolifération de stations abandonnées dans les années à venir.

Pourtant, les premiers signes d’une reprise écologique sont déjà visibles à Céüze. Là où les pistes étaient autrefois damées, des baies d’églantier rouge vif prospèrent désormais, offrant une nourriture essentielle aux oiseaux en hiver. Des orchidées et des gentianes jaunes fleurissent également sur les coteaux, tandis que les arbres commencent à recoloniser les pentes.

« En latin, on dit memento mori, rappelez-vous que vous êtes mortel. Ne pensez pas que vous faites des choses éternelles, elles finiront par devenir obsolètes », souligne Nicolas Masson, de Mountain Wilderness, qui plaide pour le démantèlement des anciennes infrastructures de ski afin de laisser la nature reprendre ses droits. Mountain Wilderness estime qu’il est crucial de se poser la question de l’héritage que l’on souhaite conserver et de ce qui doit être démantelé.

La question de l’avenir de ces lieux divise. Certains souhaitent conserver les stations comme des paysages commémoratifs, tandis que d’autres prônent leur retour à l’état sauvage.

Malgré la fermeture de la station, la vie continue à Céüze. L’hôtel Galliard devrait être transformé en lieu d’événements, et un menuisier a investi dans l’ancien bâtiment de la billetterie. Les week-ends d’hiver, le parking reste fréquenté par des visiteurs venus profiter des activités de pleine nature : randonnée, raquettes, ski de fond, luge…

« Nous n’avons pas besoin de grosses machines pour rendre les montagnes attrayantes », conclut Nicolas Masson, qui refuse le terme de « station fantôme », préférant parler d’un lieu en pleine transformation. Ce qui se passe à Céüze est un aperçu de l’avenir qui attend de nombreuses autres stations de montagne à travers l’Europe.

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