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Des échantillons de tumeurs des années 1950 pourraient aider à percer le mystère de l’augmentation des cas de cancer de l’intestin

Publié le 7 janvier 2024 06:47:00. Une étude inédite s'appuie sur des archives de tumeurs datant de plus de 70 ans, conservées à Londres, pour tenter d'expliquer la hausse alarmante des cancers du côlon chez les moins de…

Des échantillons de tumeurs des années 1950 pourraient aider à percer le mystère de l’augmentation des cas de cancer de l’intestin

Publié le 7 janvier 2024 06:47:00. Une étude inédite s’appuie sur des archives de tumeurs datant de plus de 70 ans, conservées à Londres, pour tenter d’expliquer la hausse alarmante des cancers du côlon chez les moins de 50 ans, un phénomène qui inquiète les spécialistes.

  • Des chercheurs comparent des échantillons de tumeurs des années 1960 à des cas modernes pour identifier les facteurs environnementaux en cause.
  • Le cancer de l’intestin, déjà le quatrième cancer le plus fréquent au Royaume-Uni, voit son incidence augmenter significativement chez les jeunes adultes.
  • L’étude, baptisée « Projet Boomers », pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention et de traitement.

Des dizaines de milliers d’échantillons de tumeurs, précieusement conservés dans le sous-sol d’un hôpital londonien depuis les années 1950, pourraient détenir la clé pour comprendre l’augmentation inquiétante des cas de cancer colorectal chez les personnes de moins de 50 ans. Une équipe de chercheurs de l’Institute of Cancer Research (ICR) de Londres et de l’hôpital Saint-Marc a lancé une étude pionnière pour analyser ces archives exceptionnelles.

L’objectif est de comparer les caractéristiques moléculaires des cancers de l’intestin diagnostiqués dans les années 1960 avec celles des tumeurs modernes. En utilisant des techniques d’analyse génomique de pointe, les scientifiques espèrent identifier les changements survenus dans l’« exposome » – l’ensemble des facteurs environnementaux, du régime alimentaire au mode de vie, en passant par les polluants – qui pourraient expliquer cette augmentation des diagnostics précoces.

Le cancer de l’intestin est le quatrième cancer le plus répandu au Royaume-Uni et la deuxième cause de décès par cancer. Si les programmes de dépistage ont permis de réduire l’incidence chez les personnes âgées, on observe une augmentation significative des cas chez les jeunes adultes. Les prévisions indiquent que le nombre de diagnostics chez cette tranche d’âge pourrait doubler entre 2010 et 2030.

Les cancers à apparition précoce sont souvent diagnostiqués à un stade plus avancé et semblent plus agressifs que ceux touchant les personnes âgées. Malgré des traitements plus performants, les résultats pour les patients jeunes restent souvent moins favorables. Jusqu’à présent, les causes de cette augmentation restent floues, bien que des pistes soient explorées, notamment des modifications de l’alimentation, l’exposition à des substances toxiques comme les microplastiques, et des perturbations du microbiome intestinal.

L’étude, nommée « Projet Boomers », s’appuie sur les spécimens pathologiques conservés à l’hôpital St Mark, qui possède l’une des plus anciennes collections d’échantillons de cancer de l’intestin du Royaume-Uni. Des tests préliminaires ont confirmé que, malgré des décennies de stockage, les échantillons – certains datant du début du XXe siècle – restent intacts et aptes à être analysés grâce aux techniques moléculaires les plus récentes.

Les chercheurs vont cartographier les modifications de l’ADN dans les anciens échantillons, en s’appuyant sur le séquençage du génome et des approches innovantes développées à l’ICR. L’idée est de déterminer comment les expositions environnementales ont façonné l’ADN des cellules cancéreuses au fil des décennies et de mettre en évidence les changements les plus significatifs.

Si elle aboutit, cette étude pourrait ouvrir la voie à des recherches plus vastes et à l’élaboration de nouvelles stratégies de prévention, de diagnostic et de traitement du cancer colorectal.

« Les gens des années 1960 vivaient différemment des gens d’aujourd’hui. Nous pensons que l’exposome – les changements dans le régime alimentaire, le mode de vie et les facteurs environnementaux auxquels nous sommes exposés – contribue à l’augmentation des cas et des décès dus aux cancers de l’intestin chez les jeunes adultes. »

Professeur Trevor Graham, professeur de génomique et d’évolution et Directeur du Centre d’Évolution et de Cancer à l’Institute of Cancer Research de Londres

« Nous avons beaucoup à apprendre sur les causes du cancer de l’intestin chez les jeunes et sur les raisons pour lesquelles ce cancer a augmenté au cours des dernières décennies. Nous ne savons pas encore s’il s’agit d’un seul facteur ou de plusieurs facteurs allant du régime alimentaire à la génétique en passant par les microplastiques et les modes de vie sédentaires. Ce qui est frappant, c’est que de nombreux patients plus jeunes ne présentent aucun signe évident de mauvaise santé et reçoivent pourtant un diagnostic de formes agressives de cancer de l’intestin. »

Professeur Kevin Monahan, gastro-entérologue et codirecteur du centre St Mark pour le cancer de l’intestin familial

Holly Masters, diagnostiquée avec un cancer rectal de stade trois à l’âge de 23 ans, témoigne de la difficulté d’obtenir un diagnostic précoce : son expérience souligne l’importance d’une vigilance accrue et d’une écoute attentive des symptômes.

« J’ai vécu toute une série d’émotions lorsqu’on m’a annoncé que j’avais un cancer – jusqu’à ce moment-là, cela ne m’avait même pas traversé l’esprit. Cela m’a semblé injuste d’être diagnostiqué à un si jeune âge. Nous devons protéger les jeunes et découvrir pourquoi nous sommes plus nombreux à recevoir un diagnostic de cancer. »

Holly Masters, patiente diagnostiquée à 23 ans

Les chercheurs rappellent que l’adoption d’une alimentation saine, la pratique régulière d’une activité physique et la consultation d’un médecin en cas de symptômes intestinaux nouveaux (saignements, modification du transit) restent les meilleurs moyens de réduire le risque de cancer colorectal.

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.