L’élection de maires progressistes d’origine immigrée à New York et à Londres met en lumière une préoccupation croissante : les inégalités économiques et sociales. Au-delà d’une question de représentation, ces résultats électoraux pourraient traduire un profond malaise face à l’écart grandissant entre les revenus et le patrimoine.
Zoran Mamdani, le nouveau maire de New York, a remporté l’élection le 4 novembre. Cet Indien musulman, se définissant comme un social-démocrate, a fait campagne sur des propositions audacieuses : gel des loyers, impôt sur la fortune, transports publics et garderies gratuits, et développement de supermarchés publics. À Londres, Sadiq Khan, un avocat pakistanais, entame un troisième mandat consécutif depuis 2016.
Ces victoires, qui voient des personnalités issues de l’immigration et se positionnant à gauche prendre les rênes de deux centres financiers majeurs, soulèvent une question essentielle : la mobilité sociale est-elle encore possible ? L’écart croissant entre les revenus et le patrimoine est devenu un sujet brûlant, non seulement à l’étranger, mais aussi en Corée du Sud.
Lors d’une récente audition parlementaire, les députés ont interrogé le vice-Premier ministre et ministre de la Stratégie et des Finances, Koo Yun-cheol, sur les mesures envisagées pour réduire les inégalités. Le ministre a répondu qu’il fallait « laisser un dragon sortir d’un ruisseau », promettant de prendre en compte cette question dans les futures politiques gouvernementales.
Les inégalités se divisent principalement en inégalités de revenus et en inégalités de patrimoine. Si la mobilité des revenus reste dans une fourchette considérée comme stable – environ 34,1 % selon l’Agence nationale des données – les statistiques montrent une tendance à la rigidification des classes sociales. En 2023, 17,3 % des individus ont vu leur situation économique s’améliorer, contre 16,8 % qui ont connu une détérioration.
Chez les jeunes, la mobilité ascendante est légèrement plus élevée (23,0 %), avec 38,4 % d’entre eux sortant du premier décile de revenus en 2023. Cela signifie qu’un jeune gagnant 2 millions de wons (environ 1 500 €) par mois a encore une chance de voir son revenu augmenter à plus de 3 millions de wons (environ 2 250 €) grâce à son travail.
Cependant, le véritable problème réside dans les inégalités de patrimoine. Une étude récente de l’Assemblée nationale révèle que, bien que les inégalités de revenus aient diminué en Corée du Sud au cours des 13 dernières années, le niveau global des inégalités s’est aggravé en raison de l’augmentation des prix de l’immobilier. L’indice d’inégalité multidimensionnelle, qui prend en compte le revenu, le patrimoine, l’éducation et la santé, est passé de 0,176 en 2011 à 0,190 en 2023.
La frustration est palpable, notamment chez les jeunes qui voient le prix des appartements à Séoul augmenter de centaines de millions de wons chaque année, alors qu’ils luttent pour augmenter leur salaire mensuel. La solution réside dans la réduction du « déficit d’actifs » et l’offre d’opportunités de constitution de patrimoine, en particulier pour les jeunes.
Les politiques actuelles, axées sur la régulation des prêts et la limitation des transactions immobilières, ne suffisent pas. Les experts soulignent la nécessité de favoriser l’accès à la propriété pour les jeunes, en accélérant la construction de nouvelles villes, en normalisant le réaménagement urbain et en augmentant l’offre de logements sociaux.
Un expert en urbanisme a déclaré : « Pour fournir un grand nombre de logements à Séoul, nous devons développer la ville de manière centralisée en accordant les droits de licence des bureaux de district à la mairie. » Il souligne que la fragmentation des autorisations de construire retarde les projets et nécessite une planification intégrée plus rapide.
En fin de compte, la question posée par les élections de New York et de Londres est simple : la réussite sociale est-elle encore à la portée de tous ? Si l’accès au revenu reste possible, l’impossibilité de constituer un patrimoine bloque la mobilité sociale. La mise en place de politiques favorisant l’accès à un logement abordable n’est pas seulement une question de logement, mais un impératif pour reconstruire un contrat social équitable. Comme l’a souligné le vice-Premier ministre Koo, il est temps de proposer des solutions audacieuses et innovantes.
