L’ambition affichée par l’administration américaine d’équiper la population de dispositifs connectés pour le suivi de la santé soulève autant d’espoirs que de questions. Si l’essor de la technologie dans le domaine médical est indéniable, la fiabilité des données issues de ces appareils reste un enjeu majeur pour garantir des soins de qualité et préserver la confiance des patients.
L’annonce, en juillet dernier, d’un nouveau système privé de suivi de la santé par la Maison Blanche, qui permettra le téléchargement des dossiers médicaux dans des applications gérées par des entreprises technologiques, s’inscrit dans cette dynamique. Le secrétaire au ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS), Robert F. Kennedy Jr., avait précédemment plaidé pour une adoption généralisée des technologies de santé portables. Cependant, comme le souligne le Dr Lucienne Marie Ide, fondatrice et PDG de Rimidi, une entreprise spécialisée dans la santé numérique, « fonder les décisions, les initiatives de recherche ou l’élaboration de politiques sur des données peu fiables ou erronées ne fera que conduire à des soins et à des programmes inefficaces. »
La précision des données collectées par les montres connectées et autres dispositifs portables varie considérablement en fonction de l’appareil, de l’utilisateur et des paramètres mesurés. Si ces outils peuvent fournir des indications utiles sur les tendances, ils ne peuvent en aucun cas remplacer un diagnostic médical professionnel. Apple, par exemple, a récemment annoncé que sa nouvelle Apple Watch informerait les utilisateurs des évolutions de leur tension artérielle sur une période de 30 jours, une première étape vers des appareils plus fiables, mais qui ne saurait se substituer à une surveillance médicale appropriée.
Le Dr Ide illustre ce point avec son expérience personnelle : « J’utilise occasionnellement l’application ECG sur ma montre intelligente pour surveiller ma fréquence cardiaque et mon rythme. Malgré son activation correcte, j’ai constaté qu’il n’est pas rare de recevoir des lectures inexactes en raison d’une mauvaise qualité du signal. » Elle explique que, pour un professionnel de santé, ces imprécisions sont compréhensibles, mais qu’elles pourraient être source d’inquiétude et conduire à des consultations inutiles pour un patient non averti.
Néanmoins, les appareils portables présentent un réel intérêt pour le suivi du bien-être et l’adoption de modes de vie plus sains. Une étude publiée dans le Journal of Medical Internet Research a révélé que 64 % des utilisateurs ont constaté une amélioration de leur état de santé grâce aux informations fournies par leurs dispositifs.
Des avancées réglementaires, comme la loi 21st Century Cures Act, qui impose une plus grande interopérabilité entre les dispositifs médicaux, ont contribué à faciliter l’accès des patients à leurs propres données. De même, la feuille de route « Kill the Clipboard », dévoilée en juillet, vise à moderniser l’échange de données en éliminant les formulaires papier et en favorisant l’utilisation de flux de travail numériques. Ces initiatives, bien que prometteuses, ne garantissent pas encore la fiabilité et la standardisation des données issues des appareils grand public.
La collecte de données à grande échelle pour la recherche médicale est essentielle, mais elle doit se faire dans le respect de la confidentialité et de la transparence. La confiance des patients repose sur la garantie que leurs informations seront traitées de manière éthique et sécurisée. Pour que les appareils portables deviennent de véritables outils de gestion des maladies chroniques, il est impératif de définir des normes claires en matière de fiabilité, d’exactitude et de protection des données.
En conclusion, l’avenir de la technologie dans le domaine de la santé repose sur un équilibre entre innovation et données probantes, afin de renforcer – et non de fragiliser – la relation entre les patients et leurs professionnels de santé.
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