Publié le 26 octobre 2025 06:49:00. Des chercheurs explorent une nouvelle approche pour lutter contre le paludisme en ciblant les mécanismes de défense internes du parasite, ouvrant la voie à une nouvelle génération de traitements.
- Une équipe de scientifiques étudie les protéines de choc thermique du parasite Plasmodium falciparum, responsables de sa survie face aux traitements.
- Des tests en laboratoire suggèrent que la quercétine, un composé naturel présent dans de nombreux fruits et légumes, pourrait affaiblir ces défenses parasitaires.
- Cette stratégie innovante vise à désarmer le parasite plutôt que de le tuer directement, réduisant ainsi le risque de résistance aux médicaments.
Le paludisme demeure un fléau mondial, responsable de plus d’un demi-million de décès chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Rapport mondial sur le paludisme 2024 de l’OMS. En Afrique, où la maladie est particulièrement endémique, elle est principalement causée par le parasite Plasmodium falciparum, transmis par les moustiques.
Lorsque ce parasite pénètre dans l’organisme humain, il est confronté à un environnement hostile, marqué par de la fièvre, une réponse immunitaire et l’action des médicaments antipaludiques. Pourtant, il parvient à survivre grâce à un système de défense interne sophistiqué, basé sur des molécules appelées protéines de choc thermique. Parmi celles-ci, un groupe particulièrement puissant, les petites protéines de choc thermique, agit comme un dernier rempart.
Ces molécules fonctionnent comme de véritables gardes du corps, protégeant les autres protéines du parasite des dommages lorsque les conditions deviennent extrêmes. Elles constituent une équipe de secours d’urgence, intervenant notamment lorsque les réserves d’énergie du parasite sont dangereusement basses, par exemple en cas de forte fièvre ou d’exposition à des médicaments.
Dans son laboratoire de biochimie, Francisca Magum, étudiante en master, travaille avec Timothy et son équipe à trouver des moyens de perturber ces mécanismes de défense. « Nous utilisons des outils avancés de chimie des protéines pour examiner trois petites protéines de choc thermique présentes dans le parasite », explique Francisca Magum. « Elles partagent une structure de base commune, mais se comportent différemment. »
Les chercheurs ont découvert que ces protéines pouvaient être chimiquement perturbées, une piste prometteuse pour la recherche sur le paludisme. Leurs travaux, publiés dans une revue scientifique, suggèrent qu’il est possible de désarmer le parasite plutôt que de le tuer directement, permettant ainsi au système immunitaire de l’organisme ou à d’autres traitements de l’éliminer.
Les prochaines étapes consistent à identifier de petites molécules, de type médicament, capables de cibler et de désactiver spécifiquement ces protéines parasitaires sans affecter les cellules humaines. Cela nécessitera une modélisation informatique avancée, des tests en laboratoire et, potentiellement, des études sur des modèles animaux pour garantir l’efficacité et la sécurité de cette approche. En cas de succès, cela pourrait conduire à une nouvelle classe de médicaments antipaludiques, agissant selon un mode d’action différent des traitements actuels, un objectif particulièrement important face à la montée de la résistance aux médicaments existants.
Les chercheurs se sont notamment intéressés à la quercétine, un flavonoïde présent dans de nombreux fruits et légumes comme les pommes, les oignons et les baies. Ce composé, connu pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, a déjà montré un potentiel dans la lutte contre certains parasites. Lorsqu’ils ont exposé les protéines du parasite à la quercétine, les scientifiques ont observé une déstabilisation des petites protéines de choc thermique, réduisant leur capacité à protéger les autres protéines. Des tests supplémentaires ont confirmé que la quercétine ralentissait également la croissance des parasites du paludisme en laboratoire, y compris les souches résistantes aux médicaments standards.
« Nos résultats suggèrent la possibilité de concevoir des médicaments capables d’arrêter ces assistants indépendants de l’ATP, le principal « carburant » de la cellule, et de frapper le parasite précisément au moment où il est le plus faible », soulignent les chercheurs.
Bien que la quercétine soit un composé naturel, sa puissance et sa stabilité ne sont pas encore suffisantes pour une utilisation clinique. L’équipe envisage donc de modifier chimiquement sa structure pour créer des dérivés plus efficaces et mieux adaptés à un usage pharmaceutique.
Selon les estimations, il faudra entre huit et dix ans pour passer des premiers travaux de laboratoire au développement d’un médicament susceptible d’être testé chez l’homme. Néanmoins, la découverte de ces cibles protéiques représente une avancée significative et offre un nouvel espoir pour une lutte antipaludique plus efficace et durable. Pour en savoir plus sur les progrès et les défis de la lutte contre le paludisme.