Le thé vert pourrait offrir une nouvelle piste dans la lutte contre l’obésité et le diabète de type 2. Des recherches récentes menées au Brésil suggèrent que cette boisson ancestrale améliore la sensibilité à l’insuline et favorise une perte de poids significative, du moins chez les souris.
L’étude, dirigée par Rosemari Otton de l’Université Cruzeiro do Sul à São Paulo, a révélé que l’administration d’extrait de thé vert standardisé à des souris obèses réduisait leur masse corporelle et améliorait leur capacité à métaboliser le glucose. Les résultats, publiés dans la revue Biochimie et fonction cellulaire, renforcent l’intérêt de considérer le thé vert comme un complément potentiel aux traitements existants.
Pour simuler les habitudes alimentaires occidentales, les chercheurs ont nourri les souris avec un régime riche en calories, incluant des aliments transformés tels que des chocolats, des biscuits et des produits laitiers sucrés. « Nous leur donnons le même type de nourriture que beaucoup de gens consomment quotidiennement », explique Rosemari Otton.
Après une période initiale d’alimentation hypercalorique, les animaux ont reçu pendant 12 semaines un extrait de thé vert à une dose de 500 mg par kilogramme de poids corporel, administré directement dans l’estomac. Cette méthode, précise la chercheuse, garantit une absorption précise de la dose administrée, contrairement à une simple dilution dans l’eau.
Les résultats sont notables : une étude antérieure, parue en août 2022 dans le Journal européen de nutrition, avait déjà montré une réduction du poids corporel allant jusqu’à 30 % chez les souris obèses traitées au thé vert. « Une perte de 5 à 10 % du poids corporel est déjà considérée comme significative chez l’humain. Ce résultat chez l’animal est donc très encourageant », souligne Rosemari Otton.
Au-delà de la perte de poids, l’étude a mis en évidence un effet protecteur du thé vert sur la masse musculaire. L’obésité tend à réduire le diamètre des fibres musculaires, mais le thé vert a permis de préserver cette morphologie. « Le diamètre des fibres musculaires est un indicateur de leur fonction. Le thé vert a réussi à maintenir ce diamètre, démontrant qu’il protège les muscles contre les effets néfastes de l’obésité », précise la chercheuse.
Les analyses génétiques ont également révélé une augmentation de l’expression de gènes clés impliqués dans le métabolisme du glucose, tels que insr, Irs1, Glut4, Hk1 et Pi3k. L’activité de la lactate déshydrogénase (LDH), une enzyme essentielle à ce processus, a également été restaurée.
L’équipe de recherche a également observé que le thé vert semble agir de manière sélective sur l’excès de graisse corporelle, sans affecter le poids des animaux déjà minces. « Il semble que le thé ait besoin d’un environnement riche en nutriments pour agir, ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle il cible directement les cellules adipeuses », explique Rosemari Otton.
Les chercheurs ont également exploré l’action des différents composés du thé vert, mais ont constaté que l’extrait entier était plus efficace que les composés isolés, suggérant une synergie entre les différents éléments.
Selon les premières hypothèses, l’action du thé vert pourrait être liée à l’adiponectine, une protéine produite par les cellules adipeuses et dotée de propriétés anti-inflammatoires et de régulation métabolique. Des expériences menées sur des souris dépourvues d’adiponectine ont confirmé ce lien : le thé vert n’avait aucun effet sur ces animaux.
Rosemari Otton tempère toutefois l’enthousiasme, soulignant qu’il est encore prématuré de déterminer une dose sûre et efficace de thé vert pour l’homme. « L’idéal serait une consommation régulière, comme dans les pays asiatiques où le thé vert est consommé quotidiennement depuis des générations et où les taux d’obésité sont relativement faibles. Mais il ne s’agit pas de boire du thé pendant quelques mois et d’espérer un effet miraculeux », nuance-t-elle.
La chercheuse insiste sur l’importance de la qualité des produits. « Tous les thés verts commerciaux ne répondent pas aux normes nécessaires. Les sachets prêts à l’emploi ne garantissent pas toujours la quantité ou la qualité des composés bénéfiques. Il est préférable d’utiliser des extraits standardisés, disponibles en pharmacie, qui offrent une concentration garantie de flavonoïdes », conseille-t-elle.
Enfin, l’étude a pris en compte un facteur souvent négligé dans les recherches sur les animaux : la température ambiante. Les souris ont été maintenues dans un environnement thermoneutre à 28 °C, afin d’éviter les dépenses énergétiques liées au froid, qui pourraient masquer les effets réels du thé vert.