Publié le 9 janvier 2026 à 09h05. L’intérêt stratégique du Groenland dans l’Arctique, exacerbé par les tensions géopolitiques, place l’OTAN et l’Union européenne face à un dilemme : coopérer avec les États-Unis ou envisager l’indépendance de l’île pour garantir la stabilité régionale.
- La coopération avec les États-Unis, basée sur des traités existants, pourrait renforcer la présence militaire américaine au Groenland.
- L’indépendance du Groenland, bien que légitime, nécessite un processus négocié et transparent, exempt de pressions extérieures.
- Une prise de contrôle militaire du Groenland par les États-Unis serait une escalade dangereuse aux conséquences potentiellement désastreuses pour l’OTAN et l’UE.
Il y a neuf mois, un voyage vers Nuuk s’est transformé en une illustration frappante des défis d’accès à cette île stratégique. Un retour en arrière inattendu, dû au brouillard, a transformé un simple déplacement en une odyssée de dix heures, symbolisant la complexité croissante de la situation au Groenland.
Cette situation, qui pourrait sembler tout droit sortie des années 1970, reflète un changement profond dans le paysage géopolitique mondial. Sous la présidence de Donald Trump, l’OTAN doit désormais surveiller non seulement son flanc oriental, mais aussi, et de plus en plus, son flanc occidental. Le Groenland est devenu un point de convergence des intérêts stratégiques, passant rapidement d’une question régionale à une crise potentielle au sein de l’Alliance atlantique.
Pour l’Union européenne, le Groenland représente un dilemme majeur : comment concilier les préoccupations américaines avec le respect de la souveraineté danoise et du droit à l’autodétermination du peuple groenlandais ? Cette crise, née au sein de l’OTAN, est d’une nature existentielle et ne saurait être résolue par de simples déclarations d’intention.
La voie privilégiée réside dans la coopération. Dans un contexte normal, il serait possible de répondre aux préoccupations américaines quel que soit le statut territorial du Groenland. Les trois traités de défense existants – le traité controversé de 1941, l’accord de 1951, toujours en vigueur et compatible avec l’OTAN, et sa modification d’Igaliku de 2004, qui a donné une voix au Groenland – constituent une base solide et flexible pour une coopération plus approfondie et des droits accrus pour l’armée américaine.
Il est possible d’étendre la présence militaire américaine dans le cadre de ces accords et de renforcer la coopération de l’OTAN dans l’Arctique, comme l’ont récemment souligné les ministres des Affaires étrangères des pays nordiques. La coopération économique avec les États-Unis, d’autant plus que le Groenland ne fait pas partie de l’UE, représente également une opportunité.
Cependant, cette coopération est conditionnée par une reconnaissance formelle de la souveraineté danoise et du droit du Groenland à l’autodétermination par les États-Unis. Compte tenu du caractère imprévisible de l’administration Trump, tout élargissement de la présence américaine sans ces garanties formelles pourrait s’avérer être un piège, ouvrant la voie à une prise de contrôle ultérieure.
L’indépendance du Groenland représente une alternative envisageable, légitime en vertu de la loi sur l’autonomie gouvernementale de 2009. Certains responsables et hommes d’affaires américains seraient même prêts à faciliter cette indépendance et à établir ensuite des relations étroites avec le Groenland, sur le modèle des Îles Marshall.
Pour que cette option soit viable, un processus négocié et transparent est indispensable. Des négociations entre le Danemark et le Groenland devraient aboutir à un accord confirmé par le parlement groenlandais et approuvé par un référendum auprès de la population groenlandaise, puis ratifié par le parlement danois. Ce processus doit être libre et éclairé, exempt de toute pression ou manipulation.
L’administration américaine doit impérativement renoncer à toute menace d’action militaire, car les menaces de recours à la force sont illégales en droit international. L’UE doit également lancer une stratégie de lutte contre la désinformation pour contrer les pressions et manipulations extérieures, notamment via les réseaux sociaux.
Enfin, le scénario le plus dangereux, celui d’une prise de contrôle militaire du Groenland par les États-Unis, doit être activement contré. Pour dissuader une telle action, le déploiement de troupes européennes, danoises ou non, au Groenland est essentiel. Il est également crucial d’anticiper les conséquences d’une telle action, qui seraient dévastatrices pour la coopération en matière de défense, les marchés financiers et la confiance mondiale dans les États-Unis.
L’Europe doit identifier les moyens de compenser les éventuelles dépendances militaires, économiques ou financières qui pourraient être utilisées contre elle. Elle doit également repenser ses structures de décision en matière de défense et créer un conseil de sécurité européen restreint, mais fort, capable de prendre des décisions rapides et efficaces.
Il est impératif de maintenir les États-Unis au sein de l’OTAN, mais seule une Europe plus forte, dotée de capacités propres et d’un processus décisionnel autonome, pourra garantir sa sécurité à long terme.
Sergey Lagodinsky (Les Verts/ALE) est député européen allemand.