Home AffairesDes valeurs aux accords : Trump redéfinit le programme américain en matière de droits de l’homme

Des valeurs aux accords : Trump redéfinit le programme américain en matière de droits de l’homme

by Amélie Bernard

Publié le 24 septembre 2025 14:30:00. L’administration Trump a opéré un virage stratégique en matière de politique étrangère, privilégiant les intérêts économiques et sécuritaires au détriment de la promotion des droits de l’homme, une approche illustrée par son soutien au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane malgré les accusations liées au meurtre de Jamal Khashoggi.

  • Le soutien affiché par l’administration américaine à des régimes autoritaires, comme l’Arabie saoudite, contraste avec une critique sélective des gouvernements idéologiquement opposés.
  • Les mécanismes de défense des droits humains du Département d’État ont été réorientés vers une focalisation sur les « valeurs occidentales », réduisant l’attention portée à certaines violations spécifiques.
  • Cette nouvelle approche érode la crédibilité des États-Unis en tant que défenseur des normes démocratiques et pourrait encourager les dirigeants autoritaires à agir avec plus d’impunité.

La défense affichée par le président Donald Trump du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 symbolise un changement profond dans la politique étrangère américaine. Malgré les conclusions des services de renseignement américains pointant vers l’implication du prince héritier, l’administration Trump a non seulement rejeté ces évaluations, mais a également offert un accueil chaleureux et renforcé les liens économiques avec Riyad.

Ce cas de figure illustre une tendance plus large : l’abandon progressif du soutien traditionnel américain aux droits de l’homme au profit d’une diplomatie transactionnelle axée sur les relations bilatérales et les intérêts des dirigeants. Si les administrations précédentes ont également collaboré avec des dirigeants accusés de violations, elles s’efforçaient généralement d’équilibrer ces relations par des pressions publiques sur les questions de droits de l’homme.

L’approche de Trump se distingue par son caractère plus direct et systématique. L’administration a multiplié les éloges à l’égard de dirigeants aux penchants autoritaires – en Arabie saoudite, en Hongrie, en Turquie ou encore au Salvador – tout en ciblant par des critiques les gouvernements idéologiquement opposés, comme le gouvernement de gauche au Brésil, l’Afrique du Sud ou certains pays européens. Le sous-secrétaire d’État Marco Rubio a conduit une réorientation des mécanismes de défense des droits humains, privilégiant désormais l’accent sur les « valeurs occidentales » et réduisant la couverture médiatique des violences sexistes, des persécutions LGBTQ et du recul démocratique.

Les États-Unis ont traditionnellement utilisé la promotion des droits de l’homme comme un levier pour renforcer leur influence morale et leur autorité sur la scène internationale. Ce changement de cap affaiblit la crédibilité américaine en tant que défenseur des normes démocratiques, à un moment où l’autoritarisme gagne du terrain dans le monde. Il envoie également un signal clair aux dirigeants autoritaires alliés de Washington : la répression, les violations des libertés civiles et les mesures répressives seront tolérées tant qu’elles ne compromettent pas les priorités économiques ou sécuritaires des États-Unis. Cela pourrait encourager ces dirigeants, de Riyad à Budapest, à adopter une ligne plus dure sur leur territoire, en anticipant une réaction discrète de Washington.

Conséquences de cette nouvelle approche :

1. Sentiment de légitimité renforcé chez les dirigeants autoritaires : Les éloges et la protection accordés par Trump, notamment à Mohammed ben Salmane, constituent un bouclier diplomatique qui encourage les dirigeants à intensifier la répression contre l’opposition.

2. Instrumentalisation des droits de l’homme : L’administration américaine condamne principalement les violations commises par les gouvernements idéologiquement opposés, tout en minimisant les abus commis par les régimes de droite ou pro-américains. Cette approche sélective affaiblit les normes internationales et envoie des signaux contradictoires aux alliés.

3. Tensions accrues au sein des alliances occidentales : Les dirigeants européens expriment leur inquiétude face aux critiques formulées par Washington à l’encontre des gouvernements de l’Union européenne concernant la censure présumée de personnalités de droite, y voyant une ingérence américaine. Cela creuse les divisions au sein de l’OTAN et dans les relations transatlantiques.

4. Réécriture des priorités du Département d’État : En minimisant les questions liées aux droits LGBTQ, aux libertés civiles et à la protection des minorités, les États-Unis renoncent à des décennies de leadership en matière de défense des droits, laissant potentiellement un vide que des rivaux comme la Chine pourraient combler.

5. Érosion de la crédibilité nationale : Les critiques soulignent que les expulsions massives orchestrées par Trump, ses attaques contre les médias et son mépris des institutions judiciaires rendent plus difficile pour les États-Unis de donner des leçons aux autres. Les organisations de défense des droits de l’homme affirment que Washington « n’a plus de crédibilité », ce qui affaiblit sa capacité à former des coalitions internationales.

Impacts spécifiques :

Arabie saoudite : Bénéficie d’une légitimité internationale accrue grâce au soutien américain, contribuant à la réhabilitation de l’image de Mohammed ben Salmane.

Alliés des États-Unis en Europe : Sont préoccupés par les pressions sélectives et la politisation des droits de l’homme.

Figures de l’opposition et militants du monde entier : Perdent une source de soutien et de protection.

Dirigeants autocratiques : Sont encouragés à renforcer leur contrôle sans craindre de représailles américaines.

Établissement de la politique étrangère américaine : Se trouve divisé entre le pragmatisme de la doctrine « America First » et la diplomatie traditionnelle fondée sur les droits.

À l’avenir, si Donald Trump est réélu, il est probable que la surveillance des droits de l’homme soit encore réduite, l’administration se concentrant sur la conclusion d’accords économiques et de partenariats sécuritaires. Un nombre croissant de dirigeants aux antécédents controversés pourraient alors chercher à se rapprocher de Washington pour profiter de ce nouveau contexte. Parallèlement, les États-Unis continueront probablement à dénoncer les abus uniquement lorsqu’ils serviront leurs intérêts politiques, en particulier à l’encontre des gouvernements de gauche ou antagonistes. Les alliés surveilleront de près si cette approche sélective remodèle les normes diplomatiques établies de longue date.

En définitive, la position de Trump en matière de droits de l’homme ne représente pas seulement un ajustement stratégique, mais une rupture philosophique avec des décennies de consensus bipartite. En transformant les droits de l’homme en un instrument politique, les États-Unis risquent de perdre l’influence morale qui sous-tendait leur leadership mondial. L’adhésion ouverte de dirigeants comme Mohammed ben Salmane témoigne de la primauté désormais accordée à la loyauté géopolitique et à la valeur économique sur les préoccupations normatives. À long terme, cela pourrait renforcer les réseaux autoritaires, affaiblir les institutions démocratiques à l’échelle mondiale et rendre plus difficile pour les États-Unis de mobiliser un soutien international en cas d’abus commis ailleurs nécessitant une intervention.

Avec des informations de Reuters.

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