Home SantéDes virus de l’herpès vieux de 2 000 ans dans le génome humain

Des virus de l’herpès vieux de 2 000 ans dans le génome humain

by Sophie Martin

Publié le 2 janvier 2026 à 20h00. Des chercheurs ont reconstitué des génomes de virus de l’herpès vieux de plus de 2 000 ans à partir de restes humains archéologiques, révélant une longue histoire de coévolution entre ces virus et l’homme.

  • Des génomes anciens de deux types de bêta-herpèsvirus humains (HHV-6A et HHV-6B) ont été reconstitués à partir de squelettes datant de l’âge du fer.
  • L’étude confirme que ces virus ont évolué avec les humains depuis au moins l’âge du fer, s’intégrant parfois de manière héréditaire dans le génome humain.
  • Les chercheurs ont identifié des porteurs de formes héréditaires de HHV-6B en Angleterre, les plus anciens connus à ce jour.

Une équipe internationale de scientifiques, dirigée par l’Université de Vienne et l’Université de Tartu (Estonie), a réalisé une avancée majeure dans la compréhension de l’histoire des virus de l’herpès humain. En analysant près de 4 000 échantillons de squelettes humains provenant de sites archéologiques à travers l’Europe, ils ont réussi à identifier et à reconstituer onze génomes de virus anciens. Le plus ancien de ces génomes provient d’une jeune fille de l’âge du fer en Italie (1 100-600 avant notre ère).

Le HHV-6B infecte environ 90 % des enfants avant l’âge de deux ans et est principalement connu pour provoquer la roséole infantile, également appelée « sixième maladie », et constitue la cause la plus fréquente de convulsions fébriles chez les jeunes enfants. Avec son proche parent, le HHV-6A, il appartient à un groupe de virus de l’herpès humain qui provoquent généralement des infections latentes à vie après une maladie initiale bénigne dans l’enfance. Leur particularité réside dans leur capacité à s’intégrer aux chromosomes humains, ce qui leur permet de rester inactifs et, dans de rares cas, d’être transmis par voie héréditaire.

Les analyses ont révélé que certaines intégrations virales sont très anciennes et ont été transmises de génération en génération au fil des millénaires. L’étude a également montré que le HHV-6A semble avoir perdu sa capacité à s’intégrer dans l’ADN humain au fil du temps, suggérant une évolution divergente de ces deux types de virus.

Selon Meriam Guellil, chercheuse principale de l’étude au Département d’anthropologie évolutive de l’Université de Vienne :

« Alors que le HHV-6 infecte près de 90 % de la population humaine à un moment donné de sa vie, seulement environ 1 % sont porteurs du virus hérité de leurs parents dans toutes les cellules de leur corps. Ces 1 % des cas sont ceux que nous sommes les plus susceptibles de pouvoir identifier à l’aide de l’ADN ancien, ce qui rend la recherche de séquences virales assez difficile. »

Les chercheurs ont également découvert que la présence d’une copie du HHV-6B dans le génome pourrait être liée à l’angine de poitrine et aux maladies cardiaques. Charlotte Houldcroft, du Département de génétique de l’Université de Cambridge, explique :

« Nous savons que ces formes héréditaires de HHV-6A et B sont désormais plus courantes au Royaume-Uni que dans le reste de l’Europe, et c’est la première preuve d’anciens porteurs du Royaume-Uni. »

Cette découverte ouvre un nouveau chapitre dans l’étude de l’évolution des virus et de leur interaction avec les populations humaines. Elle démontre également le potentiel de l’ADN ancien pour révéler l’histoire à long terme des maladies infectieuses, des infections infantiles passagères aux séquences virales qui font désormais partie intégrante du génome humain.


Contacts scientifiques :

Canon Dr Guellil
Département d’anthropologie évolutionniste,
Université de Vienne
1090 Vienne, Althanstrasse 14
[email protected]
www.univie.ac.at


Publication originale :

Mériam Guellil et al. (2025). Retrace 2500 ans de diversité des bêtaherpèsvirus humains 6A et 6B grâce à l’ADN ancien. Dans Science Advances (2025).


Caractéristiques de ce communiqué de presse :
Journalistes, scientifiques
Histoire/Archéologie, Médecine
À l’échelle nationale
Recherche/transfert de connaissances, résultats de recherche


Technicien de laboratoire et l’un des auteurs du laboratoire d’ADN ancien contrôlé par contamination de l’université de Tartu, extrayant de minuscules quantités d’ADN de squelettes vieux de plusieurs siècles.
Copyright : Laboratoire d’ADN ancien de l’Institut de génomique de l’Université de Tartu

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