Publié le 12 octobre 2024 19:53:00. L’essor de l’intelligence artificielle (IA) représente un défi majeur pour l’éducation, obligeant les enseignants à repenser leurs méthodes d’évaluation et à réaffirmer l’importance de l’apprentissage fondamental. Un enseignant canadien plaide pour le maintien d’une solide base de connaissances factuelles, malgré les capacités impressionnantes des outils comme ChatGPT.
- L’IA, notamment des programmes comme ChatGPT, peut désormais rédiger des textes complexes, rendant difficile la distinction entre le travail d’un élève et celui généré par une machine.
- Certains proposent de délaisser l’apprentissage par cœur au profit de la créativité, mais un expert estime que la pensée critique nécessite une base solide de connaissances.
- Les examens en personne, supervisés, restent un moyen essentiel d’évaluer les compétences réelles des élèves et de contrer l’influence de l’IA.
La technologie a toujours été une arme à double tranchant dans le domaine de l’éducation. L’introduction des calculatrices, par exemple, a facilité la résolution de problèmes mathématiques complexes, mais a également pu décourager l’apprentissage des tables de multiplication. Les enseignants ont toujours dû trouver un équilibre entre l’utilisation des outils technologiques et le développement des compétences fondamentales.
Plus récemment, l’accès facile à l’information grâce à Internet a transformé le paysage éducatif. Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui suscite des interrogations. Des programmes comme ChatGPT sont capables de produire des essais, des récits et même des poèmes avec une qualité surprenante, et leurs performances s’améliorent constamment. Cette évolution pose un défi de taille aux enseignants, qui peinent parfois à déterminer si un travail a été réalisé par un élève ou par une IA.
Face à cette situation, certains observateurs suggèrent qu’il est temps de repenser les méthodes d’enseignement et de mettre l’accent sur la créativité et la pensée critique plutôt que sur la mémorisation de faits. Ils estiment que l’apprentissage par cœur est dépassé. Cependant, Michael Zwaagstra, enseignant et adjoint au maire de Steinbach, au Canada, rejette cette idée. Il souligne qu’il est impossible de penser de manière critique sans une base de connaissances solide.
« Il y a une énorme différence entre un étudiant qui connaît de mémoire les facteurs qui ont conduit à la Confédération canadienne en 1867 et un étudiant qui a besoin de ChatGPT pour lui donner les noms des personnes et des provinces impliquées », explique-t-il. Il met en avant la théorie de la charge cognitive, qui stipule que notre mémoire de travail étant limitée, il est essentiel de transférer autant de connaissances que possible dans notre mémoire à long terme. Maîtriser les bases, comme les opérations mathématiques, libère de l’espace mental pour aborder des problèmes plus complexes.
De plus, M. Zwaagstra souligne un lien étroit entre les connaissances de base et la compréhension écrite. Plus un lecteur en sait sur un sujet, plus il est capable de saisir le sens d’un texte. Il est donc plus facile pour les élèves de comprendre des ouvrages complexes sur des sujets qu’ils ont étudiés et qui les intéressent, car ils disposent déjà d’un socle de connaissances important.
L’IA est donc là pour rester, mais il est crucial de ne pas la laisser prendre le dessus. Il est essentiel de maintenir l’accent sur l’acquisition de connaissances fondamentales, que ce soit en mathématiques, en histoire ou en sciences. Pour contrer l’influence de l’IA sur les évaluations, M. Zwaagstra insiste sur l’importance des examens en personne, supervisés, où les élèves ne peuvent pas utiliser ces outils pour obtenir des réponses.
« Les tests sont la seule chose qui reste à l’abri de l’influence de l’IA. Ainsi, plutôt que d’abolir les tests et les examens, nous devons les adopter encore plus qu’avant », conclut-il.
Michael Zwaagstra est enseignant et adjoint au maire de Steinbach. Il peut être contacté à [email protected].
