Deux antiviraux, l’ensitrelvir et le nirmatrelvir-ritonavir, se sont avérés efficaces pour accélérer la disparition du virus SARS-CoV-2 chez des patients à faible risque, selon une étude menée en Thaïlande et au Laos. Si les deux traitements réduisent significativement la charge virale, l’ensitrelvir présente l’avantage d’une meilleure tolérance et d’une posologie simplifiée.
L’étude, publiée dans The Lancet Infectious Diseases, a comparé ces deux médicaments à un groupe témoin n’ayant reçu aucun traitement. Entre mars 2023 et avril 2024, 604 adultes présentant des symptômes depuis moins de quatre jours ont participé à l’essai clinique.
Les résultats montrent que l’ensitrelvir permet une clairance virale médiane de 5,9 heures [IQR 4,0–8,6], tandis que le nirmatrelvir-ritonavir affiche une clairance de 5,2 heures [3,8–6,6]. En comparaison, le groupe témoin a mis 11,6 heures [8,1–14,5] pour éliminer le virus. L’ensitrelvir accélère la clairance virale de 82 % (ICr 61–104) par rapport à l’absence de traitement, mais est 16 % moins rapide (5–25) que le nirmatrelvir-ritonavir.
Une analyse combinée des données de ces deux antiviraux (1 157 patients) confirme qu’ils sont les plus efficaces pour réduire la charge virale chez les patients étudiés. Cependant, l’étude n’a pas observé de différences majeures dans l’évolution des symptômes entre les groupes, ce qui est cohérent avec le faible risque des participants.
Les rebonds virologiques sont restés rares et comparables : 7 % (15/207) sous nirmatrelvir-ritonavir contre 5 % (10/202) sous ensitrelvir (p=0,45). Un avantage notable de l’ensitrelvir réside dans sa meilleure tolérance. Plus d’un quart des patients traités par nirmatrelvir-ritonavir ont signalé une perte du goût gênante, un effet secondaire absent avec l’ensitrelvir.
Sur le plan pratique, l’ensitrelvir offre une prise quotidienne unique et ne nécessite pas l’ajout de ritonavir, un médicament qui peut interagir avec d’autres traitements. Bien que l’ensitrelvir inhibe également l’enzyme CYP3A4, les risques d’interactions médicamenteuses semblent moins importants qu’avec le ritonavir.
La disponibilité et le coût de ces antiviraux restent des obstacles majeurs à leur accès, en particulier pour une utilisation en ambulatoire. À ce jour, l’ensitrelvir n’est enregistré que dans un nombre limité de pays.
Les chercheurs soulignent que cette étude, de phase 2 et adaptative, a utilisé une approche innovante pour mesurer l’efficacité des antiviraux en se concentrant sur la cinétique virale. Les participants, âgés de 18 à 60 ans et considérés comme peu à risque, ont subi des prélèvements répétés et une modélisation bayésienne pour estimer leur taux de clairance virale.
Les auteurs reconnaissent certaines limites à l’étude, notamment l’absence d’évaluation directe de la prévention des formes graves de la maladie, la population restreinte géographiquement et en termes d’âge et de risque, ainsi qu’une puissance statistique limitée pour détecter les rebonds virologiques et les événements cliniques. Néanmoins, ils estiment que les résultats soutiennent l’utilisation de l’ensitrelvir comme alternative au nirmatrelvir-ritonavir en cas de contre-indications ou de difficultés d’accès.
« Les données soutiennent l’utilisation de l’ensitrelvir comme alternative lorsque le nirmatrelvir/ritonavir est contre-indiqué (interactions, tolérance) ou difficile d’accès, notamment grâce à un schéma en une prise par jour », affirment les auteurs.
Ils recommandent des études complémentaires ciblant les patients fragiles afin de confirmer l’efficacité clinique de ces antiviraux, d’optimiser les fenêtres de traitement et d’explorer des combinaisons thérapeutiques, notamment face à de nouveaux variants et autres virus respiratoires. Une évaluation systématique des interactions médicamenteuses et une amélioration de l’accès à ces traitements en ville sont également essentielles pour maximiser leur impact.
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