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« Dites ça à vos innombrables robots » – les libéraux attaquent l’UDC

by Nicolas Lefèvre

Berne connaît une intensification des échanges politiques, marquée par une offensive de provocation du Parti libéral-radical (PLR). En réponse à la célébration par l’Union démocratique du centre (UDC) d’un accord commercial avec les États-Unis, le PLR a adopté une rhétorique acerbe, allant jusqu’à proposer des accessoires humoristiques pour se moquer de ses adversaires.

Tout a commencé en début de semaine, lorsque Susanne Vincenz-Stauffacher, coprésidente du PLR et fervente défenseure des nouveaux traités européens, a publié une critique de l’UDC en ligne. Elle a qualifié de « véritable satire » l’enthousiasme manifesté par l’UDC à l’égard de l’accord conclu avec les États-Unis par le conseiller fédéral Guy Parmelin, soulignant un contraste frappant avec leur position sur les accords bilatéraux avec l’Union européenne. Selon elle, l’UDC brandit une « hallebarde burlesque » lorsqu’il s’agit de l’avenir des relations avec l’UE, mais applaudit désormais « frénétiquement » cet « accord obscur » avec les États-Unis.

Marcel Dettling, président de l’UDC, a immédiatement répliqué dans le journal Blick, jugeant « totalement scandaleux » de comparer l’accord douanier avec les États-Unis aux traités européens. Il a insisté sur le fait que l’accord avec les États-Unis est une simple déclaration d’intention, contrairement à ce qu’il qualifie de « traité colonial » juridiquement contraignant. Il a également lancé une pique personnelle : « Mme Vincenz-Stauffacher devrait nettoyer ses lunettes. »

Le PLR n’a pas tardé à répondre. Mercredi, le secrétariat général du parti a annoncé la mise en vente d’un chiffon de nettoyage pour lunettes orné du logo du parti, du drapeau suisse et de son symbole, un réveil sonnant. Le communiqué de presse promet une « vue dégagée » et la capacité de « polir même les hallebardes si nécessaire », présenté comme un « cadeau ironique pour les membres de l’UDC ».

Ce ping-pong verbal s’est intensifié alors que le différend commercial entre la Suisse et les États-Unis restait en suspens. Quelques heures avant l’annonce officielle de l’accord par le conseiller fédéral Parmelin, le secrétariat général de l’UDC avait déjà publié un communiqué intitulé : « Bravo, conseiller fédéral Parmelin ! »

Le week-end précédent, d’anciens présidents de l’UDC, Ueli Maurer et Toni Brunner, avaient évoqué l’idée d’une nouvelle association spéciale, démontrant leur maîtrise de la provocation politique. Depuis l’arrivée de Jonas Projer à la tête du secrétariat général du PLR, le parti libéral scrute également chaque communiqué pour évaluer son potentiel à faire la une des journaux.

Lundi, le PLR a réagi sur les réseaux sociaux à la contribution de Marcel Dettling, annonçant l’envoi de chiffons de nettoyage pour lunettes au secrétariat de l’UDC, tout en lançant une pique : « S’il vous plaît, demandez-le à vos innombrables robots sur les réseaux sociaux. Ils sont plutôt ennuyeux. »

Ce regain d’agressivité intervient dans un contexte de perte d’influence du PLR, traditionnellement la force dominante au sein du camp bourgeois et au sein du gouvernement fédéral. La montée en puissance de l’UDC après le rejet de l’accord sur l’Espace économique européen (EEE) a érodé son pouvoir, et la perte d’un siège au Conseil fédéral est désormais une possibilité réelle. Chaque conflit interne au PLR est donc désormais lié à la question de la reconquête d’électeurs.

Après des mois de débats internes, les délégués du PLR se sont prononcés cet automne en faveur d’un rapprochement avec l’Union européenne. L’UDC a réagi en lançant une campagne publicitaire massive et en invitant les libéraux déçus à rejoindre ses rangs. Le président Dettling a affirmé que ces publicités avaient entraîné une « augmentation du nombre de membres ». Filippo Leutenegger, président du PLR zurichois et opposant aux accords européens, a cependant déclaré que plusieurs dizaines de démissions avaient été enregistrées, mais qu’il était encore trop tôt pour dresser un bilan précis.

Au-delà des pertes d’électeurs, le PLR semble avoir tiré des leçons de l’UDC : l’art de la provocation politique.

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