Mbabane, Eswatini – De nouvelles révélations troublantes mettent en lumière les circonstances entourant l’achat controversé de Remdesivir par le gouvernement eSwatini au plus fort de la pandémie de COVID-19. Le directeur de Funduzi, Zakhele Dlamini, affirme que le médicament, acquis pour 9 millions d’euros auprès d’Avapharm, était encore en phase d’essai et interdit d’utilisation dans plusieurs pays.
- Le Remdesivir acheté par le gouvernement eSwatini était explicitement marqué comme “Ne pas utiliser aux États-Unis, au Canada et dans l’UE”.
- L’achat s’est effectué via WhatsApp, un canal non officiel, et le fabricant a confirmé que le lot livré à l’Eswatini était différent de la version approuvée.
- Les tentatives de Zakhele Dlamini pour enquêter sur l’origine du médicament ont été entravées, notamment en Namibie où il n’a pas pu rencontrer le vérificateur général.
Selon Zakhele Dlamini, Funduzi avait établi dans son rapport que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait fait don de Remdesivir à l’Eswatini, mais qu’Avapharm l’avait ensuite vendu au gouvernement. Il souligne que ses détracteurs se sont acharnés sur cette incohérence, mais que l’histoire est bien plus complexe et préoccupante. Il affirme que l’achat s’est fait via WhatsApp, un canal de communication inhabituel pour les achats gouvernementaux, bien que cette information ait été mentionnée au Parlement par les responsables concernés.
Le véritable problème, selon M. Dlamini, réside dans le fait qu’un médicament non approuvé, encore en cours d’essai, a été administré à la population eSwatini. Il explique que l’emballage du Remdesivir portait des avertissements clairs interdisant son utilisation aux États-Unis, au Canada et dans l’Union européenne, ce qui l’a incité à approfondir son enquête.
Pour obtenir des informations supplémentaires, M. Dlamini a contacté directement le fabricant du médicament, une société pharmaceutique indienne, en se présentant comme un professionnel du secteur. Il a été surpris de constater que sa requête avait été transférée à Avapharm, sans qu’il n’ait mentionné le nom du fournisseur. La réponse reçue se limitait à l’invitation de consulter le site web de l’entreprise.
En consultant le site web, M. Dlamini a constaté une divergence significative entre les marquages du médicament présenté en ligne et ceux du lot fourni à l’Eswatini. La version en ligne était pleinement approuvée, tandis que le lot eSwatini était clairement identifié comme étant encore en phase d’essai. Il insiste sur l’importance des marquages sur les médicaments, soulignant que cette différence a immédiatement éveillé ses soupçons.
M. Dlamini s’est ensuite rendu aux États-Unis pour vérifier le statut du médicament. Une société pharmaceutique américaine lui a confirmé que la version approuvée du Remdesivir était disponible et distribuée mondialement, mais que la version spécifique interdite d’utilisation aux États-Unis n’avait jamais été approuvée et ne pouvait donc pas être légalement administrée aux Américains, car elle était toujours en cours d’évaluation.
Son enquête l’a ensuite mené en Namibie, où Avapharm prétendait avoir acquis le médicament auprès d’une société sœur. Cependant, lorsqu’il s’est rendu au bureau du vérificateur général namibien pour obtenir des informations, il a été laissé seul dans la salle d’attente, sans que personne ne revienne le voir. Le lendemain, le vérificateur général était de nouveau introuvable. M. Dlamini a même tenté de contacter le bureau via les canaux diplomatiques, mais sans succès. Il a alors réalisé qu’il était confronté à un réseau bien organisé et influent.
Après avoir échoué à rencontrer le vérificateur général namibien, M. Dlamini s’est rendu à la société sœur censée avoir fourni le Remdesivir. Dès son arrivée, il a été immédiatement invité à quitter les lieux par l’agent de sécurité, qui lui a affirmé qu’il n’avait rien à faire là.
M. Dlamini a également réfuté les affirmations selon lesquelles l’OMS n’aurait jamais fait don de Remdesivir à l’Eswatini. Il a souligné que les critiques utilisent cette affirmation pour le discréditer, mais que le même document de l’OMS sur lequel ils se basent précise clairement au paragraphe 4 que l’organisation n’aurait jamais pu faire don d’un médicament non approuvé et toujours en cours d’essai.
Il lance un appel à la vigilance, exhortant la population eSwatini à s’interroger sur les médicaments qui leur sont administrés dans les hôpitaux locaux, et avertit que des médicaments non approuvés et en phase d’essai ont été livrés et administrés à des patients sans leur consentement éclairé.
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