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Droit des médicaments, médicaments et personnes âgées

by Sophie Martin

Un projet de loi sur les médicaments et les produits de santé, actuellement à l’étude pour 2026, suscite des interrogations quant à l’élargissement des compétences en matière de prescription aux infirmières et aux physiothérapeutes. Si l’objectif est de répondre aux enjeux de santé publique, des experts soulignent la complexité de la prescription et la nécessité d’une formation approfondie pour éviter tout risque pour les patients.

Approuvé en avril dernier par le Conseil des ministres, le projet de loi prévoit notamment de permettre aux infirmières et aux physiothérapeutes de prescrire des médicaments dans le cadre de leurs compétences, d’autoriser les pharmaciens à substituer un médicament en cas de pénurie, et de modifier le système de prix de référence pour favoriser la concurrence.

L’extension du droit de prescription aux professionnels paramédicaux est au cœur des débats. Si l’idée n’est pas fondamentalement contestée, des inquiétudes sont exprimées quant à la préparation nécessaire pour exercer cette compétence en toute sécurité. La simple connaissance de la pharmacocinétique – l’étude du devenir d’un médicament dans l’organisme – et de la pharmacodynamique – l’étude de ses effets sur l’organisme – ne suffit pas, selon les spécialistes.

« La prescription d’un médicament est une décision complexe qui doit prendre en compte un ensemble de variables et ne peut jamais être faite à la hâte », explique un expert. Il est essentiel de maîtriser les indications du médicament, c’est-à-dire les pathologies qu’il peut traiter, ainsi que ses effets indésirables potentiels. Par exemple, le paracétamol, largement utilisé pour soulager les douleurs légères, peut provoquer une hépatotoxicité ou des troubles rénaux dans certains cas.

Au-delà de ces connaissances de base, d’autres facteurs doivent être pris en compte : l’âge du patient, son état de santé général, sa capacité à suivre correctement la posologie prescrite, et surtout, les interactions médicamenteuses possibles. Un médicament peut avoir des effets différents, voire dangereux, en fonction des autres traitements suivis par le patient. L’amitriptyline, un antidépresseur souvent prescrit pour la fibromyalgie, peut par exemple augmenter la pression intraoculaire et provoquer un glaucome.

Les interactions médicamenteuses représentent un risque majeur, en particulier chez les personnes âgées qui prennent souvent plusieurs médicaments simultanément. Le lorazépam, un anxiolytique, interagit par exemple avec la clozapine, un antipsychotique, et le valproate, un traitement pour le trouble bipolaire.

L’évolution de la pharmacocinétique avec l’âge est également un point crucial. L’absorption, la distribution, le métabolisme et l’élimination des médicaments sont modifiés par le vieillissement, ce qui nécessite un ajustement des doses. Il est donc impératif que la future loi tienne compte de ces spécificités et garantisse une formation adéquate pour tous les professionnels concernés.

En conclusion, la prescription médicamenteuse est un acte délicat qui exige un haut niveau de compétence et une évaluation rigoureuse des bénéfices et des risques. La devise « primum non nocere » – d’abord ne pas nuire – doit guider chaque professionnel de santé. Dans une société où la médicalisation des maux quotidiens est en constante progression, une approche prudente et éclairée est plus que jamais nécessaire.

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