Publié le 2024-02-29 10:00:00. L’angio-œdème héréditaire (AOH), une maladie génétique rare caractérisée par des gonflements douloureux, se traite aujourd’hui avec une palette de médicaments plus large et mieux ciblée qu’auparavant, permettant une prise en charge plus personnalisée et une réduction des effets secondaires.
Il y a encore quelques années, le diagnostic d’angio-œdème héréditaire (AOH) signifiait généralement la prescription d’un ou deux médicaments, avec des effets indésirables parfois importants et un niveau de certitude quant à leur sécurité relativement faible.
Heureusement, la compréhension de cette maladie rare a fait d’énormes progrès. « Le traitement consiste désormais à évaluer soigneusement les avantages et les inconvénients, car nous disposons d’un éventail plus large de médicaments pour gérer la maladie et les crises d’AOH », explique le Dr Jennifer Ohtola, immunologiste.
La plupart des personnes atteintes d’AOH reçoivent deux types de traitements : une thérapie prophylactique, administrée régulièrement pour prévenir les crises, et un traitement à la demande, utilisé pour stopper le gonflement lors d’une crise.
Il n’existe pas de solution unique pour l’AOH. Les besoins des patients peuvent évoluer, ce qui signifie qu’un traitement efficace aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain. Cependant, la recherche sur l’AOH progresse rapidement.
« Nous observons des avancées significatives dans ce domaine, avec de nouveaux médicaments en développement ou en cours d’étude. C’est une raison supplémentaire de consulter régulièrement votre spécialiste de l’AOH. »
Jennifer Ohtola, immunologiste
Effets secondaires possibles des traitements contre l’AOH
Inhibiteurs C1
L’AOH est causée soit par une production insuffisante d’une protéine appelée inhibiteur C1, soit par un inhibiteur C1 défectueux. Les médicaments inhibiteurs C1 visent à remplacer cette protéine manquante ou défectueuse pour contrôler l’inflammation.
Certains inhibiteurs C1 sont utilisés en prévention des crises, d’autres lors d’une crise. Dans certains cas, le même médicament peut être utilisé dans les deux situations. Pendant longtemps, ces inhibiteurs devaient être administrés par voie intraveineuse. Aujourd’hui, l’un d’entre eux peut être injecté sous la peau.
- Berinert®: Injection intraveineuse pour le traitement des crises.
- Cinryze®: Injection intraveineuse en prévention des crises.
- Haegarda®: Injection sous-cutanée en prévention des crises.
- Ruconest®: Injection intraveineuse pour le traitement des crises.
Selon le Dr Ohtola, les effets secondaires les plus courants des inhibiteurs C1 sont généralement légers : rougeur au site d’injection, maux de tête, troubles gastro-intestinaux et infections.
La plupart des inhibiteurs C1 sont fabriqués à partir de plasma humain, ce qui peut augmenter le risque d’infection. Ruconest est le seul à ne pas utiliser de produits sanguins humains, mais il est moins courant.
Inhibiteurs de la kallicréine
La kallicréine est une enzyme qui produit la bradykinine, un peptide responsable du gonflement lors d’une crise d’AOH. Les inhibiteurs de la kallicréine bloquent cette enzyme pour prévenir ou arrêter les crises.
Cinq inhibiteurs de la kallicréine sont actuellement disponibles :
- Lanadélumab (Takhzyro®): Injection sous-cutanée en prévention des crises.
- Écallantide (Kalbitor®): Injection sous-cutanée pour le traitement des crises.
- Berotralstat (Orladeyo®): Médicament oral en prévention des crises.
- Sébetralstat (Ekterly®) : Médicament oral pour le traitement des crises.
- Donidalorsen (Dawnzera®) : Injection sous-cutanée en prévention des crises, administrée une fois par mois ou tous les deux mois.
« Les effets secondaires des inhibiteurs de la kallicréine sont similaires à ceux des inhibiteurs C1 : principalement des maux de tête, des rougeurs au site d’injection, des troubles gastro-intestinaux et des infections », précise le Dr Ohtola.
Anticorps monoclonaux
Le garadacimab (Andembry®) représente une nouvelle classe de médicaments pour le traitement de l’AOH. Cet anticorps monoclonal est injecté sous la peau une fois par mois pour prévenir les crises.
Les anticorps monoclonaux sont des protéines fabriquées en laboratoire qui imitent les cellules immunitaires et ciblent des éléments spécifiques. Le garadacimab bloque le facteur XII, une protéine qui déclenche le gonflement lors d’une crise d’AOH.
Les effets secondaires courants sont généralement légers : réactions au site d’injection, maux de tête, nausées et fatigue.
Androgènes atténués
Les androgènes atténués étaient autrefois couramment utilisés pour traiter l’AOH, mais ils sont aujourd’hui rarement prescrits en raison de leurs effets secondaires. Les androgènes, des hormones stéroïdes comme la testostérone, peuvent aider à prévenir les crises en augmentant la production d’inhibiteurs C1 dans le foie.
Cependant, la thérapie androgénique atténuée entraîne de nombreux effets indésirables : acné, croissance des poils, prise de poids, taux de cholestérol élevé, hypertension artérielle et développement de caractéristiques masculines chez les femmes.
« Il est très rare que nous utilisions ces thérapies, et leur utilisation n’est pas recommandée chez les enfants et les femmes enceintes », souligne le Dr Ohtola.
Jennifer Ohtola, immunologiste
Comment gérer les effets secondaires
Avec la multitude d’options de traitement disponibles pour l’AOH – et le nombre croissant de médicaments en développement – les effets secondaires ne sont plus une fatalité.
« Si vous ressentez des effets secondaires ou si vos médicaments ne sont pas efficaces, parlez-en à votre médecin », conseille le Dr Ohtola. Plus vous partagerez vos expériences et vos observations avec votre spécialiste, mieux il pourra adapter votre traitement à vos besoins.
Cela peut impliquer :
- La prise de médicaments pour gérer les effets secondaires.
- L’ajustement du dosage, de la fréquence ou de la méthode d’administration de vos médicaments actuels.
- Le passage à un autre médicament.
Changer ou arrêter un médicament peut être décourageant, mais cela ne signifie pas que votre traitement a échoué. Cela signifie simplement que vos besoins ont évolué et qu’une nouvelle approche est nécessaire.
Parlez à votre médecin
Le choix du bon médicament pour l’AOH ne se limite pas à la gestion des effets secondaires. Vous et votre médecin prendrez également en compte :
- Votre âge.
- La fréquence de vos crises et leurs déclencheurs.
- La disponibilité du médicament et sa couverture par votre assurance maladie.
- La facilité d’auto-administration du médicament.
- Votre intérêt à participer à un essai clinique pour un nouveau traitement.
- Vos autres médicaments et vos problèmes de santé chroniques.
Ces facteurs peuvent changer au fil du temps. Il est donc essentiel de travailler avec un immunologiste en qui vous avez confiance. Si vous rencontrez des effets secondaires liés au traitement de l’AOH, n’hésitez pas à en parler à votre médecin. Il pourra vous guider et vous aider à trouver la solution la plus sûre et la plus adaptée.