Home MondeÉlections au Chili 2025 | Kast, Kaiser et Matthei : Les trois candidats de droite en lutte pour accéder au second tour face à Jeannette Jara | Gabriel Boric | Note | MONDE

Élections au Chili 2025 | Kast, Kaiser et Matthei : Les trois candidats de droite en lutte pour accéder au second tour face à Jeannette Jara | Gabriel Boric | Note | MONDE

by Clara Dubois

Publié le 12 novembre 2025 à 03:41:00. La course à la présidence chilienne s’annonce serrée, avec une gauche unifiée face à une droite divisée entre trois candidats, alors que les sondages révèlent une volatilité croissante à quelques semaines du scrutin.

  • La candidate de gauche, Jeannette Jara, arrive en tête des intentions de vote, mais serait battue au second tour par chacun des trois candidats de droite.
  • José Antonio Kast, Evelyn Matthei et Johannes Kaiser se disputent l’électorat de droite, avec une dynamique qui pourrait surprendre au second tour.
  • L’interdiction de publier de nouveaux sondages à partir du 1er novembre rend l’analyse de la campagne plus complexe.

La campagne présidentielle chilienne est marquée par une fragmentation de la droite, avec trois candidats en lice : José Antonio Kast, Evelyn Matthei et Johannes Kaiser. Cette situation contraste avec l’unité affichée du côté de la gauche, où Jeannette Jara est la seule candidate. Les derniers sondages révèlent une course serrée et une volatilité de l’électorat qui rendent le résultat incertain.

Evelyn Matthei, candidate de la coalition Chile Vamos, est celle qui possède le plus d’expérience électorale, se présentant pour la troisième fois à la présidence. Elle avait obtenu 8 % des voix en 2017 et atteint le second tour en 2021, où elle a été battue par l’actuel président Gabriel Boric avec un écart de 12 points de pourcentage.

Durant la campagne en cours, Matthei était initialement considérée comme la favorite pour accéder au second tour, mais Johannes Kaiser a gagné du terrain dans les derniers sondages. Selon l’enquête de Plaza Pública de Cadem du 26 octobre, Jara recueille 27 % des intentions de vote (en hausse d’un point), suivie de Matthei avec 20 % (en baisse de deux points), Kaiser avec 14 % (en hausse de deux points) et Matthei avec 13 % (en baisse d’un point).

Le même sondage indique que Jara perdrait au second tour face à Kast par 12 points (36 % contre 48 %), face à Matthei par 13 points (33 % contre 46 %) et face à Kaiser par 5 points (36 % contre 41 %).

La candidate chilienne à la présidentielle Jeannette Jara, de la coalition Unidad por Chile, prend un selfie avec un partisan, le 3 novembre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).

La candidate chilienne à la présidentielle Jeannette Jara, de la coalition Unidad por Chile, prend un selfie avec un partisan, le 3 novembre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).

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Une autre enquête, menée par Critérios de la Agenda, confirme la tendance, attribuant 27 % des préférences à Jara (en baisse d’un point), 23 % à Matthei (stable) et 15 % à Kaiser (en hausse de deux points en une semaine et de cinq points en trois semaines). Matthei progresse également, passant de 13 % à 14 % en une semaine.

Au second tour, Matthei serait imposée à Jara par 18 points (51 % contre 33 %), Matthei la battrait également par 14 points (45 % contre 31 %). Kaiser obtiendrait 41 % des préférences contre 34 % pour Jara.

Critérios de la Agenda a également interrogé les personnes interrogées sur leur pronostic quant au prochain président du Chili, et 36 % pensent que ce sera Kast, suivi de Jara avec 30 %.

Il est important de noter que, depuis le 1er novembre, une interdiction de publier de nouvelles enquêtes est en vigueur, ce qui rend impossible la mesure de l’impact du dernier débat du 10 novembre.

Kaiser pourrait surprendre

Johannes Kaiser, candidat à la présidence du Parti national libertaire, prend la parole lors d'un événement de campagne. (EFE/Elvis González).

Johannes Kaiser, candidat à la présidence du Parti national libertaire, prend la parole lors d’un événement de campagne. (EFE/Elvis González).

Selon l’analyste international Francisco Belaunde Matossian, le candidat libertaire Johannes Kaiser pourrait créer la surprise dimanche. « C’est une possibilité réelle. Les écarts se sont considérablement réduits et Kaiser a réussi à se positionner plus à droite que Kast », a-t-il déclaré.

Le spécialiste observe que, bien que Matthei ait tenté de modérer son discours par rapport à 2021, cette stratégie pourrait se retourner contre elle. « Kast a évité les sujets controversés comme la défense de la dictature de Pinochet ou ses déclarations sur les femmes. Il a préféré se concentrer sur la sécurité, l’économie et l’immigration. Mais Kaiser a justement repris ces sujets que Kast avait laissés de côté et les a abordés de manière beaucoup plus radicale », explique-t-il.

Cette radicalité, selon lui, s’inscrit dans un phénomène plus large qui touche aujourd’hui plusieurs démocraties occidentales. « Dans de nombreux pays, les jeunes et les secteurs populaires votent pour l’extrême droite, comme ils le faisaient auparavant pour l’extrême gauche. Le mécontentement à l’égard de la politique traditionnelle, l’insécurité et la migration poussent une partie de l’électorat vers des options plus radicales. Le Chili ne fait pas exception », souligne l’analyste.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles la droite chilienne n’a pas réussi à s’unir autour d’un seul candidat, Belaunde estime que les différences idéologiques sont inconciliables. « Les extrêmes ont rarement tendance à parvenir à un consensus. Ce qui se passe à droite actuellement rappelle les vieilles querelles de la gauche marxiste : chaque groupe pense représenter la pureté idéologique et finit par se diviser. Kast, Matthei et Kaiser se disputent pour savoir qui incarne le mieux l’essence de la droite, mais cette concurrence fragmente le bloc », analyse-t-il.

En perspective du second tour, l’expert estime que les chances sont favorables à la gauche. « Les sondages montrent que n’importe lequel des trois candidats de droite surpasserait Jara aujourd’hui. La seule chance qu’elle aurait de gagner serait d’affronter Kaiser, car une partie de l’électorat modéré pourrait s’abstenir, voire voter pour lui par défaut », indique-t-il.

Enfin, Belaunde prévient que même si les dirigeants de droite pourraient appeler à l’unité lors d’un éventuel second tour, cela ne garantit pas un vote unifié. « Les électeurs ne suivent pas toujours les directives de leur parti. Il est probable que beaucoup ne voudront pas voter pour Kaiser s’il atteint le second tour. Dans ce scénario, Jeannette Jara aurait une petite fenêtre d’opportunité. Mais petite », conclut-il.

Que proposent Kast, Kaiser et Matthei ?

Le candidat chilien à la présidentielle José Antonio Kast du Parti républicain s'exprime lors d'une conférence de presse pour présenter ses propositions sur la protection des frontières et les mesures contre l'immigration clandestine. (Photo de Raul Bravo / AFP).

Le candidat chilien à la présidentielle José Antonio Kast du Parti républicain s’exprime lors d’une conférence de presse pour présenter ses propositions sur la protection des frontières et les mesures contre l’immigration clandestine. (Photo de Raul Bravo / AFP).

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Matthei a axé sa campagne sur un message de sécurité, d’austérité budgétaire et de croissance économique, cherchant à projeter une image de fermeté et d’expérience face à la progression de Kaiser et à la consolidation de la candidature de Jara.

Le programme de Matthei s’articule autour de trois piliers : ordre, liberté et progrès économique. Sa proposition la plus emblématique est le « Plan de relance territoriale », qui envisage le déploiement de forces armées et de carabiniers pour reprendre le contrôle des zones où règnent le crime organisé et la violence rurale. Elle propose également de durcir les sanctions, d’accroître la capacité pénitentiaire et de moderniser le système judiciaire.

En matière d’immigration, elle propose de fermer les frontières à l’immigration irrégulière grâce à une infrastructure renforcée avec des murs, des capteurs et une technologie de surveillance, en plus d’expulser tous les étrangers impliqués dans des crimes. Elle cherche également à qualifier la migration clandestine de délit.

En économie, elle propose une forte réduction des dépenses publiques. De plus, Kast propose une réduction de l’impôt sur les sociétés de 27 % à 23 %, et même 20 % dans des cas spécifiques, avec une politique de « budget base zéro » pour éliminer les programmes publics inefficaces. Elle promet une réduction d’impôt de 6 milliards de dollars pendant les 18 premiers mois du gouvernement.

Johannes Kaiser pose pour une photo lors d'un entretien avec l'AFP à bord de son bus de campagne à Los Vilos, au Chili, le 6 novembre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).

Johannes Kaiser pose pour une photo lors d’un entretien avec l’AFP à bord de son bus de campagne à Los Vilos, au Chili, le 6 novembre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).

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Kaiser concentre sa proposition sur des sujets tels que la sécurité, le contrôle de l’immigration et la défense de l’identité nationale. Il propose une politique de tolérance zéro contre la criminalité, le trafic de drogue et l’immigration irrégulière. Il promet de fermer les frontières nord avec des barrières physiques et technologiques, d’étendre les pouvoirs des forces armées dans les tâches d’ordre intérieur et de durcir les sanctions pour les crimes violents.

En matière économique, il propose de réduire considérablement la taille de l’État, de passer de 25 ministères à 9 et de réduire l’impôt sur les sociétés pour encourager l’investissement privé. Il propose une réforme fiscale régressive qui cherche à « libérer les entreprises du fardeau de l’État » et un programme d’austérité qui comprendrait des coupes massives dans les dépenses publiques.

Kaiser s’oppose à l’avortement sous toutes ses formes et rejette les politiques de diversité sexuelle dans les écoles et les organisations publiques. En éducation, sa proposition la plus commentée est de réformer le système d’admission scolaire, de restaurer la sélection au mérite, d’éliminer ce qu’il appelle « l’endoctrinement idéologique » et de rendre aux parents le contrôle du contenu éducatif. En parallèle, il propose de promouvoir l’enseignement technique et de réduire la gratuité des frais universitaires.

Kaiser considère que les politiques écologiques actuelles « ralentissent le développement » et propose d’assouplir les réglementations environnementales pour faciliter l’exploitation des ressources naturelles, notamment l’extraction du lithium et du cuivre.

La candidate chilienne à la présidentielle Evelyn Matthei, de la coalition Chile Vamos, prend la parole lors d'un débat organisé par le secteur des affaires au Centre métropolitain d'événements de Santiago, le 14 octobre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).

La candidate chilienne à la présidentielle Evelyn Matthei, de la coalition Chile Vamos, prend la parole lors d’un débat organisé par le secteur des affaires au Centre métropolitain d’événements de Santiago, le 14 octobre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).

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Le programme de Matthei comporte trois axes centraux : sécurité, reprise économique et bien-être social.

En termes de sécurité, elle propose la construction de cinq nouvelles prisons —trois d’entre elles de haute sécurité—, l’expulsion de 3 000 000 d’étrangers condamnés et la création d’une police militaire des frontières pour renforcer le contrôle de l’immigration. Elle propose également d’augmenter le nombre de carabiniers, de moderniser les infrastructures pénitentiaires et de durcir les sanctions contre le crime organisé.

En économie, Matthei cherche à réactiver la croissance et à encourager l’investissement privé avec une réforme fiscale favorable aux entreprises. Elle propose de réduire l’impôt sur les sociétés de 27 % à 23 %, et à moyen terme même 18 %, avec des taux préférentiels pour les petites et moyennes entreprises. Elle promet également de créer un million d’emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes, et d’éliminer la soi-disant « permissologie » qui, selon elle, ralentit les projets d’investissement et génère de la bureaucratie.

En matière sociale, elle propose une crèche universelle financée par un fonds public-privé, des améliorations de la formation initiale et un plan « Femme marche calmement » pour garantir la sécurité dans les espaces publics.

En matière de santé, elle promet de réduire les listes d’attente et d’accélérer la construction d’hôpitaux grâce à des alliances avec le secteur privé, dans le cadre de l’appel « prévoir 30-30-30 » qui prévoit 30 hôpitaux prêts d’ici 2030, 30 en construction et 30 en conception.

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