Publié le 28 décembre 2025 06:39:00. Le Kosovo se dirige vers de nouvelles élections législatives sans perspective de gouvernement stable, après l’échec des négociations de coalition suite aux précédentes échéances. L’impasse politique menace de bloquer des fonds européens essentiels et de compromettre les progrès économiques du pays.
- Le parti Vetevendosje devrait conserver sa position de force politique principale au Kosovo.
- L’absence de majorité absolue et le rejet mutuel entre les partis d’opposition rendent la formation d’une coalition gouvernementale improbable.
- Les tensions persistantes avec la Serbie, notamment dans le nord du Kosovo, compliquent la situation politique et freinent l’intégration européenne du pays.
Les élections anticipées au Kosovo s’annoncent sans grande surprise, selon l’expert en Europe du Sud-Est Florian Bieber de l’Université de Graz. « Il semble clair que Vetevendosje redeviendra le parti le plus fort », a-t-il déclaré à ORF.at, soulignant toutefois l’absence d’enquêtes fiables pour étayer ces prévisions. La fragmentation du paysage politique, avec plus de 24 groupes politiques – dont 18 partis – en lice, ne laisse entrevoir aucun challenger capable de détrôner le parti de l’actuel Premier ministre Albin Kurti.
La domination de Kurti au sein de son parti et sur la scène politique kosovare s’explique en partie par la faiblesse de l’opposition. Si Vetevendosje (environ 41 %) reste le parti le plus important, le Parti démocratique du Kosovo (PDK, 22 %), la Ligue démocratique du Kosovo (LDK, 18 %) et l’Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK, environ 7 %) jouent également un rôle. Cependant, aucun de ces partis ne parvient à s’imposer comme une alternative crédible, et ils sont plus unis dans leur opposition à Kurti que par une convergence idéologique.
L’incapacité à former un gouvernement après les dernières élections a déjà paralysé le fonctionnement des institutions kosovares pendant plusieurs mois. L’élection du président du Parlement, Dimal Basha, a pris plus de 60 séances, environ huit mois après le scrutin. Kurti n’a finalement reçu le mandat de former un gouvernement qu’en octobre, mais son projet a échoué à obtenir le soutien du Parlement, conduisant à la dissolution de l’assemblée et à la convocation de nouvelles élections.
Cette impasse politique a des conséquences économiques concrètes. Aucun budget pour 2026 n’a été adopté, bloquant ainsi la ratification de cinq accords internationaux, notamment avec l’Union européenne et la Banque mondiale, pour un montant total d’un milliard d’euros. Ces fonds restent donc gelés, entravant les réformes et les projets d’infrastructures.
Malgré ces difficultés, le Kosovo a connu une reprise économique sous la direction de Kurti. Le taux de chômage est passé de 25 % en 2020 à 10,7 % l’année dernière, et le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 4,4 % en 2024, avec une croissance prévue de 3,9 % pour l’année en cours.
La situation est d’autant plus préoccupante que les tensions avec la Serbie se sont accrues ces dernières années. L’incident de Banjska, en septembre 2023, où une force paramilitaire serbe a attaqué la police kosovare, faisant un mort et trois blessés, a illustré la fragilité de la situation dans le nord du Kosovo, une région à majorité serbe où Belgrade continue d’exercer une influence importante. Vedran Dzihic, expert de l’Europe du Sud-Est à l’Institut autrichien de politique internationale (OIIP), souligne que la Serbie soutient des groupes nationalistes, parfois liés à la criminalité, pour maintenir ses revendications territoriales sur le Kosovo.
Kurti a tenté de renforcer la présence de l’État kosovar dans le nord et de démanteler les structures parallèles informelles, ce qui a exacerbé la résistance de la minorité serbe et irrité les partenaires occidentaux qui plaident pour une plus grande autonomie pour cette région. Cette politique a contribué à l’isolement international du Kosovo. L’Union européenne a imposé des sanctions en 2023 après l’installation de maires albanais dans les municipalités du nord à majorité serbe, suspendant temporairement l’accord de stabilisation et d’association, ainsi que les fonds européens et les projets en cours. Les États-Unis ont également suspendu le dialogue stratégique avec le Kosovo en septembre.
Le principal point de discorde reste la question de l’autonomie des Serbes du Kosovo. Bruxelles exige la mise en œuvre de l’Association des municipalités serbes (ASM), prévue dans l’accord international de 2013, mais Prishtina hésite à accorder une autonomie trop large à cette minorité. Les Serbes souhaitent une autonomie juridiquement garantie, tandis que les Kosovars privilégient une association plus souple des communautés serbes. Kurti s’oppose fermement à toute concession significative en matière de pouvoirs politiques à la minorité serbe, et le dialogue avec Belgrade est au point mort.
Selon Florian Bieber, l’Union européenne estime que les parties serbe et kosovare profitent du statu quo et des tensions. Malgré tout, Kurti réaffirme son engagement envers l’Union européenne et son objectif d’adhésion, soulignant que le Kosovo « n’a pas d’alternative » à l’UE. Il a récemment assuré que les préparatifs en vue de l’adhésion se poursuivraient.
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