Home Santé“En 6 jours il y a eu 15.000 candidatures”

“En 6 jours il y a eu 15.000 candidatures”

by Sophie Martin

Un projet de recherche espagnol inédit s’appuie sur une simple goutte de lait maternel pour tenter de prédire le cancer du sein, une initiative qui a suscité un engouement massif auprès des futures mamans. En seulement six jours, plus de 15 000 femmes se sont inscrites pour participer à cette étude prometteuse.

Le projet HERA, coordonné par Javier Cantero, vise à identifier des marqueurs précoces du cancer du sein qui se développent après l’accouchement. Bien que rares, ces tumeurs post-partum sont particulièrement agressives et représentent jusqu’à 60 % des cancers du sein diagnostiqués chez les femmes de moins de 45 ans, un âge où le dépistage par mammographie n’est pas systématique.

L’idée de cette recherche est née il y a une dizaine d’années, à Cordoue, où le Dr Juan de la Haba, oncologue à l’hôpital Reina Sofía et chercheur principal du projet HERA, a été interpellé par une patiente. « Une de mes patientes m’a confié avoir développé un cancer après sa première grossesse et s’inquiétait d’une éventuelle récidive », explique-t-il. Malheureusement, le cancer est réapparu, ce qui l’a motivé à approfondir ses investigations.

Les chercheurs ont constaté que les changements physiologiques du sein liés à la préparation de l’allaitement entraînent une suppression temporaire du système immunitaire, créant un environnement propice à la croissance des cellules tumorales. Ils ont également observé que certains changements moléculaires associés à ces transformations se retrouvent dans le lait maternel.

La première phase du projet, lancée il y a deux ans, a consisté à constituer une biobanque de lait maternel auprès de plus de 3 000 mères andalouses. L’objectif était de préserver ces échantillons pour les analyser rétrospectivement chez les femmes qui développeraient un cancer du sein après l’accouchement.

« Nous avons dû nous rendre dans les hôpitaux, demander aux mères de nous fournir leur lait maternel et de l’extraire sur place », précise Javier Cantero. À ce stade, huit femmes suivies dans le cadre de l’étude sont en cours de traitement.

La deuxième phase du projet, lancée la semaine dernière, propose aux femmes enceintes de toute l’Espagne de recevoir un kit pour prélever et envoyer gratuitement un échantillon de lait maternel à l’Institut Maimónides de recherche biomédicale de Cordoue (Imibic). « Les mères n’ont qu’à demander le kit, qui contient une carte pour déposer trois gouttes de lait maternel de chaque sein », explique M. Cantero. « C’est un peu comme le test du talon des bébés. »

« Nous sommes profondément reconnaissants de cette réponse », se réjouit Javier Cantero. « Cela va nous permettre de réduire le temps nécessaire à la recherche dans cette deuxième phase et, dans cinq ans, nous pourrons obtenir des résultats et vérifier si le lait maternel peut réellement nous aider à prédire le risque de cancer. »

Il est important de souligner que les chercheurs n’ont pas encore la capacité d’évaluer précisément ce risque. Ils espèrent que l’analyse des caractéristiques moléculaires du lait maternel des femmes qui développeront un cancer permettra d’identifier des marqueurs prédictifs et de développer un test de dépistage.

« À l’avenir, il sera possible de suivre de près les femmes qui testent positif et qui, en raison de leur âge, ne sont pas encore éligibles aux programmes de dépistage systématiques », souligne M. Cantero.

En Espagne, les mammographies sont recommandées tous les deux ans pour les femmes âgées de 50 à 69 ans, bien que certaines communautés les proposent à partir de 45 ans. Le faible nombre de cancers du sein diagnostiqués avant cet âge rend le dépistage par mammographie moins efficace. Cependant, les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein bénéficient d’un suivi plus rapproché.

Si le projet HERA aboutit, il permettra d’identifier un deuxième groupe de femmes à risque, qui pourraient bénéficier d’un suivi personnalisé avant l’âge de 45 ans. « Grâce aux programmes de dépistage, au suivi et à l’amélioration des traitements, l’incidence du cancer du sein diminue chez les femmes de plus de 55 ans, mais elle augmente chez les femmes de moins de 45 ans », note M. Cantero.

Le report de l’âge de la première grossesse est l’un des facteurs qui expliquent cette augmentation. L’allaitement maternel offre une protection, mais son efficacité diminue avec l’âge. M. Cantero souligne également l’importance de consulter un médecin en cas de symptômes tels que le rejet du sein par le bébé ou la découverte d’une masse.

La recherche sur le lien entre grossesse et cancer du sein est une initiative pionnière au niveau mondial. « Notre équipe participe depuis trois ans aux conférences internationales sur le cancer pour présenter nos données », conclut-il. Si la capacité prédictive du lait maternel est confirmée, des milliers de femmes pourraient bénéficier d’une stratégie de prévention simple et personnalisée.

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