Publié le 30 septembre 2024 15:23:00. L’essor de l’intelligence artificielle, conjugué à une utilisation massive des écrans, suscite l’inquiétude d’un neuropsychologue néerlandais quant à ses effets délétères sur le développement cognitif et émotionnel des jeunes, et plus largement, sur les capacités intellectuelles des adultes.
- Une exposition prolongée aux écrans, notamment via les réseaux sociaux et les jeux vidéo, peut entraîner une forme d’engourdissement mental et une perte de motivation.
- Le cerveau, constamment stimulé par des récompenses rapides et faciles, risque de sous-performer et de voir ses connexions neuronales affaiblies.
- La pratique régulière d’une activité physique et intellectuelle est essentielle pour préserver la santé cognitive et retarder l’apparition de troubles neurodégénératifs.
L’utilisation excessive des écrans, un phénomène déjà préoccupant avec l’avènement du smartphone et des réseaux sociaux, pourrait s’aggraver avec le développement de l’intelligence artificielle (IA), alerte Erik Scherder, professeur de neuropsychologie clinique à l’Université Vrije (VU) d’Amsterdam. Selon lui, les enfants et les adultes passent désormais entre 9 et 18 heures par jour, voire plus, devant un écran, une situation qu’il juge « vraiment préoccupante ».
Le professeur Scherder explique que l’attention des jeunes est captée par des plateformes comme TikTok et Snapchat, où le contenu est présenté sous forme de jeux ou de défis, une stratégie également utilisée dans la publicité. Il estime que près de 70 % du contenu auquel ils sont exposés est généré par l’IA, les attirant de plus en plus vers les écrans et les éloignant des activités physiques et mentales. Il les décrit comme des « zombies numériques ».
Un smartphone offre un flux constant de récompenses au cerveau. Chaque courte vidéo amusante sur TikTok ou YouTube maintient l’attention pendant environ 30 secondes avant d’en proposer une autre, créant un cycle de gratification facile et sans effort. « C’est infini et il n’y a pas de frein », souligne le neuropsychologue.
Cette surstimulation numérique peut conduire à ce qu’il appelle une « pourriture du cerveau » (brainrot en anglais). Des heures passées à regarder passivement des vidéos entraîneraient un engourdissement, un sentiment de vide mental, un manque d’intérêt et un sentiment d’insatisfaction. Stress, anxiété et perte de sens seraient également des conséquences possibles. De plus, le développement du langage, de l’empathie et de la motivation pourrait être compromis.

Pour lutter contre ce phénomène, le professeur Scherder recommande la règle des 20-20-2 pour les enfants : après 20 minutes devant un écran, regarder pendant 20 secondes un objet situé à environ 6 mètres (20 pieds) pour soulager la fatigue oculaire, puis passer 2 heures à jouer à l’extérieur.
Pour les adultes, il suggère de se lancer dans des activités qui mettent le cerveau au défi, comme résoudre des problèmes complexes liés à l’IA. « Ce n’est pas que je m’inquiète des efforts cognitifs des programmeurs d’IA », précise-t-il, « mais la pratique montre que la plupart des gens préfèrent faire le travail, ce qui est généralement un bon résultat. »
« Quiconque passe trop de temps devant un écran devient sombre, plus anxieux et impulsif. »
Erik Scherder, professeur à la VU
Selon le professeur Scherder, l’IA, en effectuant le travail intellectuel à notre place, conduit à une « sous-utilisation » du cerveau. Les réseaux neuronaux, qui jouent un rôle essentiel dans la régulation des émotions, s’affaiblissent, entraînant une perte de contrôle émotionnel et une plus grande vulnérabilité à l’anxiété et à l’impulsivité.
Il va même jusqu’à évoquer une forme de « démence numérique », où les symptômes de la démence apparaissent chez les jeunes en raison du manque de stimulation cognitive. « Ce que vous n’utilisez pas disparaît avec le temps », explique-t-il. « Cela s’applique à la masse musculaire, mais aussi au cerveau. Certaines connexions neuronales peuvent disparaître si elles ne sont pas utilisées. »
Le professeur Scherder souligne que l’inactivité physique contribue également à ce déclin cognitif. L’activité physique améliore la circulation sanguine vers le cerveau et stimule la production de neurotrophines, des nutriments essentiels pour les neurotransmetteurs. « La version actuelle de l’Homo sapiens ne bouge principalement que ses doigts », déplore-t-il.

Pour inverser cette tendance, le professeur Scherder insiste sur l’importance de l’activité physique régulière, même modérée. Il encourage à marcher, à faire du vélo, à jardiner ou à effectuer des tâches ménagères. Il recommande également de lire et de se lancer dans des défis intellectuels. Il fait référence au défi des trente jours organisé par la Brain Foundation du 1er au 30 octobre, qui invite à se mettre au défi physiquement et mentalement.
« Après une journée de dur labeur, les parents sont déjà heureux que les enfants soient calmes avec une tablette. »
Erik Scherder, professeur à la VU
Enfin, il souligne le rôle crucial des parents et des enseignants dans la stimulation cognitive des enfants et des adolescents, en les encourageant à sortir de leur zone de confort et à développer leur réserve cognitive, un facteur essentiel de résilience tout au long de la vie.
