Publié le 8 janvier 2024 00:35:00. De nouveaux ETF (fonds négociés en bourse) promettent de démocratiser l’accès au marché du crédit privé, traditionnellement réservé aux investisseurs institutionnels, mais leur liquidité et les risques associés suscitent l’attention des régulateurs.
- Les ETF de crédit privé offrent un potentiel de rendement attractif (6 à 10 %), combiné à la liquidité quotidienne des ETF classiques.
- La disparité entre la liquidité des actifs sous-jacents (prêts privés) et la possibilité de rachat quotidien des ETF pose des questions sur la capacité à faire face à des demandes de vente massives.
- Les autorités de régulation examinent de près les structures de ces fonds, notamment les accords de soutien à la liquidité et les éventuels conflits d’intérêts.
Le marché du crédit privé, qui a connu une croissance significative au cours des deux dernières décennies, est longtemps resté inaccessible aux investisseurs particuliers en raison de son illiquidité et des montants importants requis pour y participer. Les fonds négociés en bourse (ETF) ont révolutionné l’investissement en offrant un accès facile et diversifié à différents secteurs et classes d’actifs. Récemment, une nouvelle catégorie d’ETF a émergé, visant à combler le fossé entre ces deux mondes et à ouvrir le marché du crédit privé à un public plus large.
Ces ETF de crédit privé se présentent comme une opportunité d’obtenir des rendements intéressants, souvent situés entre 6 et 10 %, tout en bénéficiant de la liquidité et de la transparence caractéristiques des ETF traditionnels. Ils permettent aux investisseurs de s’exposer à des prêts aux entreprises et à des stratégies de financement direct, en regroupant dette publique et instruments de crédit privé au sein d’un seul fonds négociable. Cela représente une alternative pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas répondre aux critères stricts d’investissement des fonds privés classiques.
Cependant, cette innovation soulève des inquiétudes. La principale question concerne l’asymétrie de liquidité entre les actifs sous-jacents, qui sont par nature illiquides, et la possibilité pour les investisseurs de racheter leurs parts quotidiennement. En cas de tensions sur les marchés, les fonds pourraient-ils honorer les demandes de rachat sans être contraints de vendre des actifs à perte ou de recourir à d’autres mesures préjudiciables à la valeur du fonds ? Cette problématique est d’autant plus complexe que l’évaluation des titres de créance privés est difficile, en raison de leur faible fréquence de négociation et du risque d’écarts importants par rapport à leur valeur réelle.
Pour pallier ces difficultés, les gestionnaires d’ETF mettent en place des mécanismes de soutien à la liquidité, tels que des accords avec des tiers ou des investissements dans des instruments titrisés comme les obligations de prêt garanties (CLO) ou les sociétés de développement commercial (BDC) et les fonds à capital fixe (CEF) investissant principalement dans des participations à des prêts ou des CLO. Dans certains cas, la même entité est impliquée à la fois dans la fourniture des actifs sous-jacents et dans la garantie de la liquidité, ce qui peut créer des conflits d’intérêts et soulever des questions sur la pérennité de ce soutien en période de crise. Ces accords limitent généralement le volume des rachats autorisés quotidiennement ou hebdomadairement, agissant comme un amortisseur pour gérer les sorties.
Pour l’instant, l’adoption de ces ETF par les investisseurs particuliers reste timide. Malgré un intérêt croissant, les volumes d’investissement sont encore faibles par rapport aux ETF d’obligations ou d’actions traditionnels. Un facteur explicatif est la perception, souvent justifiée, que l’exposition réelle au crédit privé au sein de ces fonds est limitée. Dans certains cas, les allocations au crédit privé ne représentent qu’une faible part du portefeuille, malgré une communication marketing mettant l’accent sur cet aspect.
Les autorités de régulation et les observateurs du marché suivent de près cette évolution. Un examen est en cours pour vérifier la cohérence entre les promesses marketing et la composition réelle des portefeuilles, évaluer les risques liés aux accords de soutien à la liquidité et s’assurer que les investisseurs comprennent bien les risques associés à ces produits. Les décideurs politiques craignent que des investisseurs particuliers, attirés par la perspective de rendements plus élevés, ne sous-estiment le manque de liquidité et les risques de crédit inhérents à ces ETF.
L’avenir de ces ETF dépendra de leur capacité à résister à des périodes de stress sur les marchés et à maintenir leur promesse de liquidité et de rendement. Les investisseurs prudents doivent donc évaluer non seulement les avantages potentiels, mais aussi les risques structurels et opérationnels de ces véhicules, en tenant compte de leur complexité et de leur manque de transparence. Le véritable test viendra lorsque ces ETF seront confrontés à des conditions de marché défavorables et devront prouver leur capacité à protéger les intérêts des investisseurs.
À ne pas manquer
