Publié le 7 décembre 2025 à 11h31. Des chercheurs américains ont identifié un mécanisme moléculaire qui permet aux cellules cancéreuses du sein de s’adapter et de survivre dans des conditions environnementales défavorables, ouvrant potentiellement de nouvelles voies thérapeutiques.
- Les cellules cancéreuses modifient rapidement leur activité génétique en réponse au stress, activant des programmes de survie.
- Une équipe de l’Université Rockefeller a découvert un « interrupteur » moléculaire impliquant le complexe Mediator et la protéine MED1.
- La désacétylation de MED1 favorise la résistance des cellules cancéreuses aux conditions défavorables et à certains traitements.
Les cellules cancéreuses, confrontées à un environnement hostile caractérisé par un manque d’oxygène et des ressources limitées, font preuve d’une capacité d’adaptation remarquable. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Nature Chemical Biology, révèle comment ces cellules parviennent à prospérer dans de telles conditions, en modifiant rapidement la façon dont elles utilisent leurs gènes.
Les cellules normales du corps réagissent également aux pressions environnementales en ajustant leur activité génétique pour survivre. Cependant, le défi est encore plus grand pour les cellules cancéreuses qui évoluent au sein d’un microenvironnement tumoral particulièrement difficile, marqué par le stress chimique et thermique. Paradoxalement, elles parviennent non seulement à survivre, mais aussi à activer des gènes qui soutiennent la croissance tumorale et la propagation du cancer à d’autres organes, un processus appelé métastase.
Jusqu’à récemment, les mécanismes précis permettant à ces conditions difficiles de se transformer en avantage pour les cellules cancéreuses restaient mal compris. L’équipe de l’Université Rockefeller, aux États-Unis, a mené des recherches pour comprendre comment les cellules cancéreuses réagissent au stress et a découvert un « interrupteur » moléculaire qui les aide à modifier l’activité des gènes afin de mieux résister et se développer plus rapidement. Enquête.
Au cœur de cette découverte se trouve le complexe Mediator, un vaste coactivateur transcriptionnel composé d’environ 30 sous-unités, qui travaille en étroite collaboration avec l’ARN polymérase II (Pol II), l’enzyme responsable de la copie des informations génétiques de l’ADN vers l’ARN messager. La sous-unité MED1, au sein de Mediator, est essentielle au fonctionnement de Pol II dans de nombreux types de cellules et joue un rôle majeur dans le cancer du sein positif aux récepteurs d’œstrogènes (ER+), l’une des formes les plus courantes de cette maladie.
Des recherches antérieures du Laboratoire de biochimie et de biologie moléculaire de l’Université Rockefeller avaient déjà montré que l’interaction du récepteur des œstrogènes avec MED1 stimule l’activation des gènes tumoraux et peut contribuer à la résistance aux thérapies. Les chercheurs se sont alors interrogés sur le rôle potentiel de MED1 dans l’adaptation au stress.
Ils ont étudié un type de modification post-traductionnelle des protéines appelée acétylation – l’ajout d’un groupe acétyle qui peut modifier l’activité d’une protéine – un processus de plus en plus associé au développement de tumeurs, aux métastases et à la résistance au traitement. Après avoir confirmé que MED1 est acétylé, ils ont testé ce qui se passe avec cette modification dans des conditions de stress cellulaire, en exposant les cellules à l’hypoxie (manque d’oxygène), au stress oxydatif (accumulation de molécules réactives pouvant endommager les structures cellulaires) et au stress thermique.
Ils ont observé que dans ces contextes, une protéine appelée SIRT1 supprime les groupes acétyle de MED1. Ce processus, appelé désacétylation, permet à MED1 d’interagir plus efficacement avec Pol II et augmente la capacité de la cellule à activer les gènes protecteurs impliqués dans la survie. Pour vérifier si la désacétylation est un simple effet secondaire ou un facteur clé, l’équipe a créé une version mutante de MED1 dépourvue de six sites d’acétylation, empêchant ainsi la protéine d’être acétylée.
Cette variante a été introduite dans des cellules de cancer du sein ER+ dont MED1 endogène avait été éliminé par CRISPR, une technologie d’édition génétique. Les résultats ont été sans équivoque : que la désacétylation de MED1 soit naturelle, induite par le stress, ou génétiquement programmée, les cellules avec MED1 désacétylé ont formé des tumeurs qui se sont développées plus rapidement et étaient plus résistantes aux conditions défavorables.
Les auteurs concluent que l’alternance entre acétylation et désacétylation de MED1 fonctionne comme un commutateur de régulation transcriptionnelle, aidant les cellules cancéreuses à reprogrammer rapidement leurs gènes lorsque l’environnement devient hostile, ce qui favorise à la fois leur survie et leur prolifération. Dans le cancer, en particulier dans les formes ER+, cette voie semble être détournée ou amplifiée pour favoriser une croissance cellulaire anormale.
D’un point de vue thérapeutique, ce mécanisme pourrait devenir une cible. Si ce commutateur transcriptionnel est bloqué, la tumeur pourrait perdre une stratégie essentielle d’adaptation au stress. Les chercheurs soulignent toutefois que cette découverte représente une première étape fondamentale dans la compréhension de la biologie des tumeurs et que des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si et comment elle peut être traduite en thérapies efficaces, y compris dans d’autres types de cancer qui reposent sur une reprogrammation génétique induite par le stress.
Source: Actualités.ro
Étiquettes : cancer, étude, Traitement
Date de publication : 7 décembre 2025 11h31
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