Home SantéÉvolution technologique : pourquoi les cliniciens doivent élargir leurs sources de données

Évolution technologique : pourquoi les cliniciens doivent élargir leurs sources de données

by Sophie Martin

Les médecins disposent d’une vue incomplète de la santé de leurs patients, se basant principalement sur les dossiers médicaux électroniques (DME) qui ne reflètent pas toujours la réalité vécue. L’intégration de données issues de sources variées, comme les objets connectés et les données administratives, pourrait permettre une approche plus proactive et personnalisée des soins.

Lors d’une consultation classique, le médecin discute des symptômes, donne des conseils et insiste sur l’importance du suivi. Cependant, cette approche, bien intentionnée, s’avère souvent insuffisante. Lors du prochain rendez-vous, le professionnel de santé manque fréquemment d’informations cruciales sur le quotidien du patient : respect des traitements médicamenteux, suivi de la tension artérielle, niveau d’activité physique, etc.

Le DME, outil central de la pratique médicale, constitue en réalité une source d’information limitée. Il documente les échanges cliniques, mais omet souvent des éléments essentiels pour dresser un portrait complet de l’état de santé. C’est un peu comme essayer de comprendre une langue en ne disposant que d’un dictionnaire incomplet, ne couvrant que les lettres de A à M.

Pour une vision plus globale, il est nécessaire d’intégrer d’autres types de données :

  • Données des objets connectés : Les montres intelligentes et les bracelets d’activité physique enregistrent en continu des informations sur l’activité, le rythme cardiaque, le sommeil. Ces données peuvent aider à détecter les premiers signes de dépression, à évaluer l’efficacité des traitements et à surveiller la convalescence après une hospitalisation.
  • Données des réclamations : Les informations relatives aux remboursements de soins permettent de savoir où le patient a consulté, quels médicaments il a obtenus et quelles procédures il a subies, souvent en dehors du suivi habituel avec son médecin traitant. Cela peut révéler des incohérences, comme des prescriptions non exécutées ou des examens redondants, et éviter des dépenses inutiles.
  • Données de communication : Une grande partie des soins se déroule en dehors des consultations, par téléphone, par messagerie sécurisée. Ces échanges contiennent des informations précieuses, comme les difficultés financières du patient ou les effets secondaires d’un traitement.
  • Données d’admission, de sortie et de transfert (ADT) : Ces données, mises à jour en temps réel, permettent de suivre les mouvements du patient entre les différents établissements de soins. Elles facilitent le suivi post-hospitalier et la coordination des soins.

Ensemble, ces données complémentaires permettent de mieux comprendre le patient et de passer d’une approche réactive à une approche proactive. L’intelligence artificielle (IA) et les modèles de langage volumineux (LLM) peuvent jouer un rôle crucial dans l’analyse de ces informations complexes et la fourniture de résumés clairs et pertinents aux médecins.

« Au lieu de passer au crible d’innombrables points de données, les médecins peuvent se voir présenter des informations classées par ordre de priorité, comme un patient qui a récemment manqué un renouvellement de médicament, a montré une baisse de son niveau d’activité et a eu une visite aux urgences la semaine dernière », explique le Dr Mahadevan.

L’enjeu n’est pas d’ajouter de la technologie, mais d’utiliser des outils qui facilitent le travail des médecins et leur permettent de se concentrer sur l’essentiel : la relation avec le patient. Une étude a révélé qu’un médecin généraliste aurait besoin de 26,7 heures par jour pour assurer tous les soins recommandés, incluant la documentation et la gestion des courriels. Une autre a montré qu’un patient sur cinq aux urgences arrive avec un dossier médical plus volumineux que Moby Dick. En moyenne, les médecins consacrent plus de 16 minutes par consultation à naviguer dans le DME au lieu de dialoguer avec le patient.

L’objectif est de permettre une médecine plus intelligente, plus proactive et davantage centrée sur le patient.

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